Mayotte (F): Ils payaient leurs indics avec de la drogue
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Mayotte (F)Ils payaient leurs indics avec de la drogue

Un policier et un gendarme ont été condamnés à de la prison pour avoir mis sur le marché des stupéfiants confisqués.

(Image d'illustration).

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photo: AFP

Tout est parti de la mort d'une jeune femme de 19 ans, Roukia, dont le corps avait été retrouvé le 15 janvier 2011 à moitié enfoui au nord de Mamoudzou, le chef-lieu de Mayotte. L'autopsie avait révélé un décès par overdose d'héroïne, fait rarissime sur cette île de l'océan indien où les drogues dures sont quasi-inexistantes.

Son amant, chez qui Roukia était morte, avait rapidement été arrêté. Il avait reconnu lui avoir fourni la drogue, qu'il croyait être de la cocaïne. Il avait ensuite tenté d'enterrer le corps.

L'affaire avait fait grand bruit quand un indicateur de la police, d'origine comorienne, en situation irrégulière à Mayotte, avait révélé au juge que la drogue qui avait tué la jeune femme provenait du Groupement d'Intervention régional (GIR) de Mayotte, unité composée de policiers et de gendarmes chargés de la lutte contre l'immigration clandestine et les produits stupéfiants.

Cette drogue était, selon le témoin, fournie à des indics, en échange de leur coopération. La révélation de ces méthodes, ainsi que du fait que les forces de l'ordre avaient recours aux informations données par des immigrés clandestins en échange de titres de séjour, avait fait scandale. Lors du procès, d'un policier et d'un gendarme, fin novembre, le procureur Joël Garrigue avait dénoncé une «chaîne de responsabilité» au sein du GIR.

Mercredi, devant le tribunal correctionnel de Mayotte, l'acquisition de produits stupéfiants n'a pas été retenue contre le policier. Mais celui-ci a toutefois été condamné à 2 ans d'emprisonnement dont 1 an ferme, notamment pour homicide involontaire, détention et complicité d'importation de stupéfiants. Il lui était notamment reproché d'avoir caché à ses supérieurs l'existence de cette drogue, issue d'un trafic entre Les Comores et Mayotte, qu'il n'avait pas mise sous scellés et pour laquelle il n'avait dressé aucun procès-verbal.

Le gendarme, qui avait remis la drogue à un indic, a été condamné à 1 an d'emprisonnement, dont 6 mois ferme, pour homicide involontaire et acquisition, détention et complicité d'importation de stupéfiants.

Lors de l'audience, la défense des deux prévenus avait insisté sur l'absence de certitude quant à la nature de la drogue qui a tué Roukia, affirmant que rien ne prouvait qu'il s'agissait de celle qui avait transité par le GIR.

Dans cette affaire, l'indic qui avait écoulé la drogue, a été condamné à 2 ans d'emprisonnement dont 1 an ferme, notamment pour homicide involontaire, et acquisition, détention et cession de drogues. Un complice qui l'avait aidé à revendre l'héroïne a été relaxé pour l'homicide involontaire mais condamné à 1 an d'emprisonnement dont 6 mois avec sursis, pour acquisition, détention, offre ou cession et usage de stupéfiants.

Enfin, l'amant de la jeune femme, qui lui avait fourni la drogue, a été condamné à la plus lourde peine, 5 ans de prison ferme, reconnu coupable d'homicide involontaire, d'acquisition, offre ou cession et usage de produits stupéfiants en récidive, mais aussi de recel de cadavre et destruction de preuves. Absent lors du délibéré, il est sous le coup d'un mandat d'arrêt.

Une femme, qui était l'employeur de l'amant au moment des faits, a été reconnue coupable de recel de cadavre et destruction de preuves et condamnée à 4 mois d'emprisonnement ferme. Elle avait aidé son employé à se débarrasser du corps de Roukia et de ses affaires. (nxp/afp)

(NewsXpress)

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