Allemagne: «Ils pensent que tous les étrangers sont horribles»
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Allemagne«Ils pensent que tous les étrangers sont horribles»

La communauté turque de Cologne dit désormais sa crainte des amalgames après les agressions du Nouvel An.

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Cologne renforce sa sécurité à la fin de l'année. (12 décembre 2016)

Cologne renforce sa sécurité à la fin de l'année. (12 décembre 2016)

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Un Irakien et un Algérien ont été condamnés jeudi à Cologne à un an de prison avec sursis pour leur implication dans les agressions sexuelles commises le soir de la Saint-Sylvestre. Il s'agit des premières condamnations dans le cadre de cette affaire. (Jeudi 7 juillet 2016)

Un Irakien et un Algérien ont été condamnés jeudi à Cologne à un an de prison avec sursis pour leur implication dans les agressions sexuelles commises le soir de la Saint-Sylvestre. Il s'agit des premières condamnations dans le cadre de cette affaire. (Jeudi 7 juillet 2016)

Keystone
Arrêté jeudi à Kreuzlingen (TG), l'un des principaux suspects des agressions sexuelles du réveillon du Nouvel-An à Cologne (D) a demandé l'asile en Suisse à la mi-avril. (29 avril 2016)

Arrêté jeudi à Kreuzlingen (TG), l'un des principaux suspects des agressions sexuelles du réveillon du Nouvel-An à Cologne (D) a demandé l'asile en Suisse à la mi-avril. (29 avril 2016)

AFP

Alors que l'Allemagne a accueilli 1,1 million de demandeurs d'asile en 2015, beaucoup disent redouter que cet afflux record ne vienne réactiver les tensions à Cologne, une ville de l'ouest de l'Allemagne de plus d'un million d'habitants, riche d'une expérience migratoire remontant aux années 1960 et pionnière du multiculturalisme.

Les agressions sexuelles commises ce soir-là contre des centaines de femmes, imputées à des migrants présentés souvent comme arabes par la police, ne sont pas une surprise pour Mihriban Findik, 40 ans, originaire de Turquie et arrivée en Allemagne il y a 23 ans. «Ce qui est arrivé est horrible» et maintenant «certains Allemands pensent que tous les étrangers sont horribles».

Mère célibataire, elle travaille dans un débit de tabac dans le quartier populaire et immigré de Kalk, et doit souvent repousser les avances des hommes. «Il y a beaucoup d'étrangers ici. Ils n'ont pas de femme; certains boivent trop; ils fument du 'hash'. Les hommes entrent et demandent: 'Tu veux venir avec moi?' Il faut dans ce cas que je rigole, sinon j'ai des ennuis».

La police «nous a abandonnés»

«Certains viennent de pays où les femmes sont voilées. Ici, ils voient des femmes en jupes et deviennent fous. C'est de pire en pire. Je n'avais pas peur, mais maintenant, oui», poursuit-elle.

Beaucoup de migrants, originaires de Turquie et installés de longue date en Allemagne, disent être la cible de délits, exactement comme le reste de la population, sur fond de montée de l'insécurité. L'Allemagne compte près de 3 millions d'habitants d'origine turque, une des plus grandes diasporas au monde. Plusieurs centaines de milliers vivent à Cologne et dans sa région.

«La police voit tout, mais ne fait rien. Elle nous a abandonnés», dénonce, sous couvert d'anonymat, le propriétaire turc d'un kiosque.

«Cela s'est aggravé depuis deux ans; la rue n'est plus sûre», explique le quinquagénaire, qui vit en Allemagne depuis trente ans. «Je n'ai aucun problème avec les réfugiés. Ils peuvent rester, assure-t-il, se disant, en revanche, plus réservé en ce qui concerne les migrants d'Afrique du Nord, arrivés il y a plusieurs années en Allemagne.

Dans la banlieue nord de la ville, se trouve le quartier de Chorweiler. Les antennes satellites ornent les balcons des tours où vivent plus d'une centaine de nationalités.

Atmosphère pesante

Depuis les incidents du Nouvel An, l'atmosphère est plus pesante, explique Ijaz Khan, 29 ans, né en Allemagne. Une sensation encore plus palpable quand il se rend en ville, où il travaille dans un bar: «Pour certains, j'ai l'air de venir d'Afrique du Nord (...) dans le train, des gens regardent les places libres à côté de moi», mais ne s'assoient pas, «croyant probablement que je pourrais être l'un de ceux» qui ont participé aux violences, dit-il à l'AFP.

«A Cologne, nous avons toujours très bien vécu ensemble. C'est un peu comme un grand village. Mon meilleur ami est allemand. L'intégration a fonctionné relativement bien ici. Il y a beaucoup de mariages mixtes», poursuit-il.

«Mais les incidents (de Cologne) ont ébranlé tout cela (...) Il n'y a plus de bombe lacrymogène» dans les magasins, car «les femmes ont tout acheté», poursuit-il.

«La police a fermé les yeux pendant des années», dénonce Ijaz: «certains viennent de pays où tout est interdit et pense qu'ici tout va bien, que les policiers sont sympathiques (...) Ils ont pensé qu'ils pouvaient faire ce qu'ils voulaient», conclut le jeune homme. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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