Hippisme: «Ils préfèrent manger avec des fourchettes en or»
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Hippisme«Ils préfèrent manger avec des fourchettes en or»

Steve Guerdat n'est pas tendre avec des promoteurs d'hippisme et la fédération internationale (FEI) qu'il accuse de dénaturer le sport.

par
duf

Les voix de quelques cavaliers de l'élite internationale se font de plus en plus fortes, depuis plusieurs mois, pour décrier les dérives (ou du moins jugées telles) prêtes à frapper le saut d'obstacles. Après l'assemblée générale du Club des cavaliers de saut (IJRC), en décembre dernier à Genève, où de vives critiques avaient été émises à l'encontre de la future nouvelle formule qui sera mise en place dès les prochains Jeux olympiques et Jeux équestres mondiaux, les athlètes montent à nouveau aux créneaux.

Le Jurassien Steve Guerdat fait à nouveau partie des plus vifs détracteurs, qui s'affichent de plus en plus nombreux. En cause? La nouvelle formule du Global Champions Tour (GCT), un lucratif circuit mis sur pieds par l'ancien cavalier néerlandais Jan Tops, désormais promoteur et marchand de chevaux, avec la bénédiction du président de la FEI, le Belge Ingmar De Vos. La contradiction, pour la fédération internationale, se situe dans le fait qu'elle a cette année réduit le nombre d'invitations à des cavaliers hors classement mondial, afin de réduire les abus de «pay cards», ces wild cards remises contre espèces sonnantes et trébuchantes à des concurrents généralement de moindre niveau, mais disposant de moyens confortables.

60% de «pay cards» sur le GCT

Or, le GCT, qui se disputera en 15 actes répartis autour de la planète, fera justement l'inverse, passant de 30 à 60% d'invités à leurs événements. Le reste des sésames sera réservé au top 15 mondial (au lieu du top 30), à quatre cavaliers du pays organisateur et une wild card de la FEI. Pour participer à la fête, les autres athlètes devront faire partie d'une équipe affiliée à la Champions League, dont l'adhésion vaut 2 millions d'euros par an. Une pratique jusqu'alors interdite par la FEI, qui a visiblement changé son fusil d'épaule pour accorder un passe-droit à Jan Tops. Du coup, le risque est de se retrouver très vite avec un excès de cavaliers moins bien cotés, mais suffisamment riches (ou appartenant à des équipes fortunées) pour prendre part aux compétitions. Sans négliger que les épreuves de la League compteront pour le classement mondial, qui risque d'être faussé par les points inscrits par des cavaliers les moins talentueux inscrits sur «pay cards».

De quoi rendre furieux Steve Guerdat et nombre de ses pairs, qui se mobilisent avec l'IJRC et la fédération européenne. «Je suis un peu choqué de voir que deux anciens ennemis jurés sont tout d'un coup les meilleurs amis du monde», a confié le Jurassien au magazine «L'Eperon», à propos de l'entente Tops-FEI. «Même si les problèmes sont faits pour être résolus et que les hommes sont capables de s'entendre malgré les problèmes, je trouve qu'on est un peu vite passés d'une interdiction totale (ndlr: de la formule payante) à un accord total, préparé en secret. Je suis à la fois effrayé et attristé», a poursuivi le champion olympique de 2012. «Parce que j'ai l'impression qu'on est en train de perdre notre sport. C'est un moment très grave pour l'avenir de l'hippisme, qui devrait être ouvert aux plus talentueux, pas seulement aux plus riches. Avec cette formule, on n'aurait que 15 à 18 cavaliers autorisés à monter grâce à leur classement et leur talent dans ces compétitions.»

«Plus rien à foutre»

Guerdat regrette surtout «l'incompréhensible» volte-face de la FEI, «censée protéger le Sport avec un grand ''S''», qui autorisera désormais le Global Champions Tour, dont ne font pas partie les quatre épreuves du Grand Chelem (Aix-la-Chapelle, Calgary, Genève, Bois-le-Duc), à écrire ses propres règles. «On est encore quelques cavaliers et organisateurs à se battre pour les produits de la FEI (les championnats, les Coupes des Nations et les Coupes du monde), alors qu'eux n'en ont plus rien à foutre. Ils préfèrent aller manger avec des fourchettes en or à la table de Monsieur Tops, qui a simplement été beaucoup plus malin que les autres.»

Le cavalier français Kevin Staut, lui aussi champion olympique (par équipe), s'est également joint aux réactions de Steve Guerdat. «Jan Tops a proposé une bonne formule, il a un très bon produit et c'est normal qu'il avance de son côté, mais le problème c'est que la FEI ne joue pas son rôle d'arbitre. Le Global va devenir de plus en plus sectaire, il sera de plus en plus difficile de rentrer dedans», a-t-il regretté dans les colonnes de «L'Eperon». «Jan a fait avancer le sport, il a mis les choses en compétition, mais la FEI ne protège pas le sport!» Une partie de ces cavaliers s'est réunie mardi à Berne - en même temps qu'avait lieu aux Pays-Bas la conférence de presse d'ouverture du GCT, en présence du président De Vos - et le fera à nouveau le 20 mars à Lausanne, où quelques athlètes réclameront un entretien à la FEI.

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