Actualisé 13.07.2012 à 15:44

EspagneIls prennent la pause café pour revendiquer

A l'heure de la pause café, vêtus de chemises portant les mots «un jour, j'ai eu des droits sociaux», ils descendent dans les rues de Madrid, pour crier «non»

«NO», le mot d'ordre des manifestants espagnols.

«NO», le mot d'ordre des manifestants espagnols.

A l'heure de la pause café, vêtus de chemises portant les mots «un jour, j'ai eu des droits sociaux», ils descendent dans les rues de Madrid, profitant du moindre instant libre pour crier «non» aux durs sacrifices qui attendent les fonctionnaires espagnols.

Depuis mercredi et l'annonce par le chef du gouvernement de droite Mariano Rajoy d'un plan d'économies de 65 milliards d'euros jusqu'en 2014, les petites manifestations pullulent dans toute l'Espagne, aux portes des ministères et des administrations.

Préjugé sur le poste de fonctionnaire

Ils sont arrivés au travail de bonne heure. Puis vers onze heures, ils s'échappent pour la pause réglementaire d'une demi-heure, descendent dans la rue pour crier leur malaise. «Même si les gens pensent que nous ne travaillons pas», lance Nuria Rodriguez, fonctionnaire régionale de 35 ans.

Elle a deux enfants, un poste intérimaire qui s'achève en septembre. Elle rejoindra alors les 24,44% de chômeurs espagnols. Son mari travaille dans une entreprise où un plan social est en cours.

Dans une nuée de petites pancartes portant ce seul mot «NO», les coups de sifflets et les insultes adressées au gouvernement comme aux autorités régionales, ils étaient quelques centaines rassemblés vendredi matin sur la place de la Puerta del Sol, devant le siège du gouvernement régional de Madrid. «A chaque fois, on nous réduit un peu plus le salaire», lance Nuria. Peu lui importe de donner son nom, précisément parce qu'elle sait qu'elle a perdu son travail. Certains sont plus réticents, craignant des représailles.

D'autres bloquaient pendant ce temps la grande avenue centrale de Madrid, le Paseo de la Castellana, ou se regroupaient devant le Palais de la Moncloa, le siège du gouvernement.

Et tous se retrouveront dans les rues le 19 juillet pour une grande journée de manifestations. Car après une réduction de leur salaire de 5%, en 2010, ils sont aujourd'hui l'une des cibles du nouveau plan de rigueur qui les prive de la prime de Noël, équivalente à un mois de salaire.

Pour les employés du ministère de l'Education, rassemblés devant le bâtiment, tout près de la Puerta del Sol, ces nouvelles coupes sont «une agression».

Pompiers et policiers ont aussi rejoint les manifestants. L'un d'eux, Jesus Garcia Pineda, 40 ans, le rappelle: «Nous, les policiers, sommes contre les coupes budgétaires».

la Garde civile rejoindrait le mouvement

Représentant syndical de la Confédération espagnole de la police, il souligne qu'un policier «gagne 20% de moins aujourd'hui qu'avant les premières coupes».

Même la Garde civile a annoncé qu'elle rejoindrait le mouvement. Comme le rappelle Jesus Garcia Pineda, «il y a des familles qui ne bouclent pas les fins de mois».

«La police va faire respecter la loi», et remplir ainsi sa mission, «mais les policiers, individuellement, vont manifester», ajoute-t-il, mettant en garde contre «une baisse de niveau de la sécurité publique» à cause de la rigueur.

Deux employés du ministère de l'Education, Antonio Guisado, 55 ans, membre du syndicat Comisiones Obreras (CCOO), et Vicente Gonzalez, 52 ans, de l'UGT, regrettent eux «la perte des droits et la perte de l'Etat providence».

Liberté durant le temps de pause

«Nous perdons le droit à la santé, à l'éducation, c'est toute la société qui est touchée», affirment-ils.

La chemise d'Antonio Guisado porte les mots: «Le vendredi, les coupes», rappelant le Conseil des ministres hebdomadaire. Celui-là justement qui ce vendredi devait approuver le plan d'économies. «Le vendredi, c'est la récompense», plaisante Vicente.

La pause café s'achève. Les sifflets se taisent. Ils rangent les pancartes, puis regagnent sagement leur poste de travail, le «non» résonnant dans leurs oreilles, avec les mêmes mots aux lèvres: «Nous devons lutter tous ensemble». (afp)

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