Actualisé 02.02.2015 à 18:20

ValaisIls soutirent des millions à leurs clients

Escroquerie, abus de confiance: deux individus ont soutiré près de 14 millions de francs à une cinquantaine de victimes. Leur procès s'est ouvert lundi à Sion.

Le procureur a requis 50 mois de peine privative de liberté contre chacun des deux accusés principaux, un Français domicilié en Espagne et un Suisse domicilié à Sion. Le premier «apparaît comme le cerveau de cette vaste arnaque». Mais il n'a aucun antécédent pénal contrairement au second, raison pour laquelle le procureur a requis la même peine.

Les deux acolytes se sont rendus coupables d'escroquerie par métier, d'abus de confiance, de faux dans les titres. Sur l'impulsion du Français, les deux hommes créent une société financière. Ils font miroiter des rendements de 14 à 20%. Beaux parleurs, ils ont pu convaincre plusieurs clients avec des informations trompeuses sur leur société.

Aucun investissement

Les montants versés par les clients n'ont jamais été investis. Ils ont été utilisés pour verser les revenus prétendus et donner l'impression de rendement des investissements promis. Au passage, les deux complices ont prélevé des honoraires: 2,6 millions pour l'un, 3,1 millions pour l'autre jusqu'en 2009.

En définitive, ils ont pu démontrer que les rendements correspondaient aux promesses. A partir de là, le bouche à oreille a joué son rôle. Jusqu'à l'arrivée de l'inévitable grain de sable, a imagé le procureur. En l'occurence la Finma. En 2006, elle signifie aux deux acolytes qu'ils ne peuvent pas opérer à titre professionnel sur des avoirs de clients sans autorisation. Autorisation qu'ils n'ont pas.

Homme de paille

Les deux compères ont immédiatement transféré le portefeuille de clients vers une société qu'ils avaient créée une année auparavant à Londres. A sa tête un jeune homme sans formation, véritable homme de paille à qui les deux hommes promettent formation et salaire régulier. Il joue le jeu sans poser de questions et se retrouve aussi au banc des accusés.

Le comportement de ce troisième prévenu a contribué à léser de nouveaux clients, a estimé le procureur. Pour complicité d'escroquerie, il a requis 240 jours-amende à 10 francs par jour. Au bout du compte, la débâcle de la société londonienne laisse une ardoise de 13,6 millions de francs auprès de 62 clients européens, français pour la plupart.

Le ministère public a en revanche retiré ses griefs à l'encontre de l'expert comptable qui avait contrôlé la comptabilité de la société sédunoise. Les réponses apportées lors des interrogatoires du matin ont convaincu le procureur que rien ne pouvait être retenu à son encontre.

Où est l'argent?

Les avocats des parties civiles se sont rangés à l'avis du procureur. L'un d'eux, défendant une retraitée française qui a tout perdu, a demandé une peine plus sévère encore contre les deux accusés principaux. Les parties civiles se sont surtout demandé où était passé le reste de l'argent entre l'ardoise de 13,6 millions de francs et les quelque 6 millions d'honoraires prélevés.

L'avocate du responsable de la société londonienne a demandé l'acquittement pour son client. «On ne peut pas l'accuser d'escroquerie», a-t-elle lancé. Son client n'avait «aucun moyen de prendre sur lui de tout stopper» alors que les premiers doutes se sont insinués dans son esprit alors qu'il a été interrogé par la Finma, alors Commission fédérale des Banques (CFB), en automne 2008.

Le procès se poursuit mardi avec les plaidoiries des défenseurs des deux accusés principaux. (ats)

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