Vaud: Ils tentent en vain de se marier depuis 2012
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VaudIls tentent en vain de se marier depuis 2012

Une Canadienne et un Syrien, parents d'un petit de 3 ans, n'arrivent pas à s'unir à cause d'un imbroglio administratif.

par
Abdoulaye Penda Ndiaye
Dlo et Vicky voulaient se marier avant la naissance de leur fils. Trois ans après, ils n'y arrivent toujours pas.

Dlo et Vicky voulaient se marier avant la naissance de leur fils. Trois ans après, ils n'y arrivent toujours pas.

photo: Kein Anbieter/DR

«Carla et moi, c'est du sérieux», avait lancé un ancien président français. Dlo Ali, un Kurde syrien manageur adjoint d'une grande pizzeria lausannoise, peut dire la même chose de Vicky Tremblay, pâtissière canadienne. C'est sur les sentiers virtuels du Net que leurs chemins se sont croisés pour la première fois en 2009.

Après trois ans d'échanges, la Canadienne de 22 ans a fait d'une pierre deux coups en trouvant un stage en Suisse. «C'était surtout pour pouvoir vivre avec mon amour que je suis venue ici», sourit la jeune femme à l'accent québecois. «Nous avons eu un coup de foudre», poursuit-elle. Dès 2012, le couple emménage à Lutry et entame les démarches du mariage. L'idylle se déroule sans nuage mais le ciel de l'administration vaudoise n'est pas tout aussi dégagé. Pour l'union, il faut notamment un certificat de célibat et une copie du passeport. Mais Dlo Ali (25 ans), permis F, est arrivé en Suisse sans passeport en 2006 avec ses parents et ses deux frères, après un long périple maritime, du Liban à l'Italie.

«Comment aller au Canada sans passeport?»

«L'état-civil nous a conseillé d'aller nous marier au Canada. Mais comment y aller sans document de voyage? Le consulat de mon pays traîne les pieds pour m'établir des papiers parce que je suis kurde maktumin, une communauté discriminée par le régime de Bachar el-Assad. Même si je vais risquer ma vie en Syrie pour un document, je ne l'obtiendrai pas. (ndlr: lire ci-contre)»

Contacté, le consulat de Syrie à Genève n'a pas voulu s'expliquer.

Etrangers chez eux

Selon l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés, plus de 120 000 Kurdes ont été déchus de la nationalité syrienne en 1962 sous prétexte qu'ils seraient arrivés de Turquie et d'Irak. Leurs descendants, les Ajanib et les Maktumin, sont traités comme des apatrides: pas de droits civiques, pas de documents de voyage et pas d'astreinte au service militaire. Le système d'Etat est encore plus dur avec les Maktumin. Ils peuvent juste obtenir une attestation délivrée par le chef de lalocalité où ils résident.

Etre apatride, la solution?

Que ce soit pour les autochtones ou les étrangers: des documents officiels sont nécessaires avant un mariage civil en Suisse. Un réfugié sans possibilité d'avoir un passeport peut formuler une demande d'apatridie au Secrétariat aux migrations, à Berne. «En cas de réponse positive, la Suisse produit un document permettant à cet étranger sous sa protection de voyager», explique Frédéric Rouyard, porte-parole du Service vaudois de la population. «Mais, tempère-t-il, ce n'est pas nécessairement suffisant pour l'état-civil».

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