Actualisé 09.09.2009 à 11:09

Crise économiqueIls vendent leurs bijoux pour faire face

En période de crise, la vente ou la mise en gage de ses biens constitue souvent une solution temporaire pour boucler les fins de mois.

Si le phénomène n'a pas encore explosé, il se fait déjà ressentir. Et de manière surprenante chez des gens plutôt fortunés.

Administrateur de l'un des trois monts-de-piété existants en Suisse, la Caisse publique genevoise de prêts sur gages, Jean Métrailler a constaté au cours des derniers mois une hausse des prêts importants. Ils sont contractés par des personnes disposant d'une certaine fortune mais qui font face momentanément à des difficultés de liquidité, parce que, suppute-t-il, elles ne souhaitent pas vendre leurs positions en bourse.

Ces personnes déposent auprès de l'institution genevoise principalement des bijoux et montres de grande valeur et obtiennent en échange un prêt qui peut se monter jusqu'à 20'000 francs. La somme correspond à 10% de la valeur à neuf de l'objet, précise M. Métrailler.

A Lugano, Giovanni Santoro, directeur de l'Istituto prestiti su pegno, fait le même constat. Le nombre de personnes plutôt fortunées à avoir recours aux services de son mont-de-piété, qui accorde des prêts pour plus d'un million de francs au total chaque mois, a augmenté entre 30 et 40% au cours des sept derniers mois.

Bientôt tout le monde

«Contrairement à ce qu'on aurait pu attendre», ce ne sont donc pas les gens de modeste condition qui ont davantage recours aux prêts en cette période de crise, se réjouit M. Métrailler. Mais la situation peut rapidement changer et lorsque ce sera le cas, «c'est que ça ira vraiment mal».

Un avis que partage Urs Lusti, directeur de la caisse de prêt affiliée à la Banque cantonale zurichoise. Il s'attend à ce que ses «clients», déjà plusieurs douzaines par jour, soient de plus en plus nombreux au cours des prochains mois, lorsque les premières victimes de la crise n'auront plus droit au chômage.

«On vient chez nous en dernier recours», lorsque tous les autres moyens ont été utilisés, relèvent les trois responsables. Pour l'heure, et contrairement à ses homologues genevois et luganais, M. Lusti n'a toutefois pas constaté de hausse d'un type particulier de clientèle.

Vente d'or en hausse

La vente directe de bijoux est également en plein essor. Yves Rochat, patron de la plate-forme de rachat bijouxor.ch, constate une hausse de ses activités. «On voit arriver des gens avec un demi kilo de bijoux haut de gamme», raconte-t-il.

Si un lien avec la crise est probable, il note aussi que vendre ses bijoux ou l'argenterie héritée de la grand-mère est devenu de manière générale plus courant. En raison de changements sociaux mais aussi d'une «médiatisation du sujet» et de l'envolée des prix des matériaux précieux.

Le kilo d'or, qui atteignait les 12'000 francs à la fin des années 1990, se négocie aujourd'hui autour des 32'000 francs. Vendre les bijoux que l'on ne porte plus est devenu plus rentable, ce qui a créé un marché, explique M. Rochat, qui rachète à 19,50 francs le gramme d'or 18 carrats, soit 19'500 francs le kilo. Les montants de ses achats varient entre 200 et 17'000 francs.

Occasions recherchées

Installé à Engwilen dans le canton de Thurgovie, Peter Hagen est prêt à racheter à peu près tout ce qu'on lui propose, des bijoux aux voitures. Lui aussi a constaté au cours des derniers mois une hausse des offres qui lui parviennent, mais «c'est souvent de la marchandise de mauvaise qualité».

«Les gens qui avaient l'habitude d'acheter tous les six mois le dernier cri en matière de télévision et de revendre l'ancienne attendent désormais», remarque Gilles Gétaz, propriétaire des magasins «speedy-cash», présents à Berne, Bienne et Neuchâtel. La marchandise vendue dans ses commerces est donc de moins bonne qualité mais ce phénomène est compensé par une hausse du nombre de personnes à la recherche d'occasions.

Note aux rédactions: encadré suit

(ats)

Trois monts-de-piété en Suisse

La Suisse ne compte que trois monts-de-piété, l'activité de prêteur sur gages étant strictement réglementée. Ceux de Genève et Zurich ont été créés au XIXe siècle afin de venir en aide de manière temporaire aux personnes dans le besoin. Le troisième, à Lugano, date de 1997.

Les articles 907 et suivants du code civil stipulent que nul ne peut exercer le métier de prêteur sur gages sans l'aval d'un gouvernement cantonal. L'autorisation peut en outre n'être délivrée qu'à des établissements publics et à des entreprises d'utilité générale.

C'est le cas de la Caisse Publique de Prêts sur Gages à Genève, fondée en 1872 et garantie par l'Etat. Sa mission est de «dépanner» des personnes à court terme par le biais d'un prêt, explique son administrateur Jean Métrailler.

Les prêts sont garantis par un objet, en général un bijou ou une montre, déposé en gage et qui sera vendu aux enchères si son propriétaire n'arrive pas s'acquitter de sa dette. Mais selon Urs Liesti, directeur de la caisse de prêt affiliée à la Banque cantonale zurichoise, également fondée en 1872 et qui peut être déficitaire, 95% des emprunteurs récupèrent leur bien.

La grande majorité des prêts oscillent entre 200 et 500 francs, selon M. Métrailler. Quant aux taux d'intérêts et aux frais administratifs perçus, ils varient d'un mont-de-piété à l'autre. Mais ils restent bas, confirmant ainsi le rôle «social» des institutions.

Un objectif qui n'a pas changé depuis le XIVe siècle, lorsque le système a été développé en Italie par des frères franciscains. Le terme de mont-de-piété vient d'ailleurs de l'italien: monte di pietà, soit «crédit de pitié», selon le Petit Robert. /ats

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