Afrique du Sud: Ils voulaient tuer Mandela pour déclencher la guerre
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Afrique du SudIls voulaient tuer Mandela pour déclencher la guerre

La justice sud-africaine a condamné mardi à 35 ans de prison les leaders d'un groupe d'extrême-droite blanc pour un attentat contre l'ancien président Mandela, qui avait fait un mort en 2002.

Les vingt extrémistes jugés, parmi lesquels d'anciens universitaires, médecin, officiers et âgés aujourd'hui de 32 à 74 ans, avaient prévu un attentat le jour où Mandela, premier président noir du pays (1994-1999), devait inaugurer une école en octobre 2002.

Selon ces militants de la suprématie de la «race blanche», nostalgiques de l'apartheid, l'attentat devait déclencher la violence interraciale et créer les conditions d'un coup d'Etat.

«Ils avaient comme objectif de renverser le gouvernement par des moyens non constitutionnels dont la violence», a souligné le juge Eben Jordaan durant les deux derniers jours du procès, avant de prononcer des peines allant de 10 à 35 ans de réclusion.

«Haute trahison»

Pour ce procès hors norme, le premier pour des faits de «haute trahison» depuis l'avènement de la démocratie en Afrique du Sud en 1994, l'audience était sous haute surveillance policière, deux des accusés ayant à deux reprises organisé leur évasion en 2006 et 2011.

Les cinq membres les plus lourdement condamnés dont le cerveau du groupe, Mike du Toit, 52 ans, «étaient poursuivis pour haute trahison, meurtre, tentative de meurtre et complot en vue d'assassiner Nelson Mandela», a précisé le parquet. Il leur reste quinze ans de prison à purger, toutes les peines prononcées ayant été assorties de dix ans de sursis.

«Ils ont failli réussir (à tuer Mandela, ndlr). C'était à deux doigts», a précisé un enquêteur, Tollie Vreugdenburg, durant l'audience.

Hélicoptère salvateur

Selon le parquet, le Boeremag avait construit et placé une bombe artisanale au bord de la route que devait emprunter la voiture de Mandela en déplacement dans une école du Limpopo. Ce plan avait échoué et la bombe ne fut jamais activée, Nelson Mandela ayant finalement utilisé un hélicoptère comme il le faisait fréquemment pour ses longs déplacements.

Boeremag avait en revanche revendiqué neuf explosions à la bombe qui s'étaient produites dans la nuit du 29 au 30 octobre dans le quartier populaire à majorité noire de Soweto, au sud-ouest de Johannesburg, visant une mosquée et des gares, arrêts de bus et voies de chemin de fer. Une femme avait été tuée dans son sommeil par un tronçon de rail projeté par une explosion et son compagnon avait été blessé.

Poches d'extrémistes

L'existence d'un courant extrémiste ou séparatiste, nostalgique de la suprématie blanche et de l'ordre de l'apartheid est une réalité en Afrique du Sud mais qui représente une minorité au sein de la communauté afrikaner qui forme environ la moitié des 9% de Sud-Africains blancs.

Les Afrikaners sont les descendants des colons hollandais et français huguenots du XVIIe siècle. L'autre partie de la communauté blanche descend des colons britanniques.

Si les Sud-Africains blancs ont perdu le pouvoir politique, leurs intérêts économiques ont été ménagés depuis l'instauration d'une démocratie multiraciale. L'africanisation des noms de rue et de localités, la priorité accordée aux Noirs sur le marché du travail ou les échecs du gouvernement actuel continue cependant d'attiser un certain malaise.

Boeremag aurait compté de 30 à 3'000 membres selon les sources, mais «il n'existe plus rien de tel», selon Johan Potgieter de l'Institut des études de sécurité (ISS, Pretoria). «Il reste des poches d'extrémistes de droite, des ultra racistes mais je crois que l'Afrique du Sud est sur le bon chemin», a-t-il dit. (ats)

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