Genève: Immeuble squatté et rue bloquée après une manif
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GenèveImmeuble squatté et rue bloquée après une manif

Dénonçant la spéculation immobilière et la gentrification, 2000 personnes ont manifesté samedi dans les rues de la cité de Calvin. En soirée, la rue de la Coulouvrenière a été investie.

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nxp/mpo

Samedi soir, après la manifestation qui a réuni quelque 2000 personnes à Genève, une centaine d'entre eux ont occupé un immeuble vide au 40 rue de la Coulouvrenière. Les manifestants ont bloqué les accès de l'avenue à l'aide de pots et de barricades. Vers 21h, une fête à même la rue s'y déroulait encore.

Dans un communiqué publié sur le site Renversé, un groupe dénommé «prenons la ville» a revendiqué cette occupation. «Il est temps de prendre des mesures concrètes pour sortir les immeubles vides de l'abandon !». Le texte dénonce un immeuble «laissé vide depuis sa construction en 1990». D'après le communiqué, l'immeuble aurait déjà fait l'objet de trois occupations, suivies d'évacuations par les forces de l'ordre.

La police a confirmé l'occupation du bâtiment, mais n'a pas souhaité se prononcer sur la stratégie qu'elle entendait adopter.

«Complicité des autorités»

La manifestation de samedi après-midi avait réuni plus de 30 organisations. «Cette ville nous est enlevée peu à peu», a déclaré Pablo Cruchon, secrétaire général de Solidarités, avant le départ du cortège. Et de mettre en cause les logiques spéculatives et la répression de l'Etat. Selon lui, le combat pour se réapproprier la ville passe par la contestation de la propriété privée et l'occupation d'un maximum de lieux.

Au nom du collectif des associations d'habitants de quartier, Françoise Bloch a réclamé un rééquilibrage territorial: «La gentrification repousse les logements abordables en périphérie. Nous voulons une ville de qualité pour tous.» Alors que la ville se densifie, les grands projets immobiliers du canton - les Grands Esserts, les Cherpines - sont sous-densifiés «avec la complicité des autorités».

Fumigènes de couleur

Très compact et bruyant, le cortège est parti de la rue du Mont-Blanc pour rejoindre le centre alternatif de l'Usine. De nombreux jeunes y ont pris part, surtout en tête où ils étaient habillés en noir, une partie du visage cachée par un foulard. Des fumigènes de couleur ont été allumés pendant tout le parcours.

«Pas de quartier pour les banques» et «Leur campagne commence, nos luttes continuent», pouvait-on lire sur les premières banderoles, en allusions aux élections cantonales d'avril. Presque en bout de cortège, le maire de la Ville de Genève Rémy Pagani portait la banderole de Solidarités dont le slogan était: «Exproprions et occupons!»

Doigts d'honneur

En solidarité avec le peuple kurde, les manifestants se sont assis sur le pont du Mont-Blanc au son des sirènes. Ils ont dénoncé les bombardements qui ont lieu à Afrin, en Syrie. Puis, sans transition, ils sont repartis en scandant: «A bas l'Etat, les flics, les proprios».

La manifestation a été très remarquée dans les Rues-Basses, la zone piétonne commerçante de Genève bondée en ce samedi après-midi. Tout d'un coup, une quinzaine de policiers en tenue de combat se sont placés entre le cortège et le stand de campagne de Genève en Marche, le nouveau parti d'Eric Stauffer, tandis que des doigts d'honneur s'élevaient du côté des manifestants.

Vide depuis 30 ans

Près de l'Usine, le collectif «Prenons la ville» a exigé la mise à disposition du bâtiment situé au 40 rue de la Coulouvrenière pour en faire un centre culturel et du logement. Vide depuis sa construction en 1990, cet édifice a été squatté à trois reprises. Une banderole avec la mention «Pas de réaction: occupation» a été déployée depuis le toit sous les applaudissements.

En fin d'après-midi, le collectif invitait les manifestants à rester dans la rue et à faire la fête toute la soirée. Mis à part quelques tags et des affiches collées sur des vitrines, la police n'a relevé aucun incident. (nxp/mpo/ats)

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