Homicide de Cheyres (FR) - Impassible, le tueur de Samantha risque la prison à vie
Publié

Homicide de Cheyres (FR)Impassible, le tueur de Samantha risque la prison à vie

Le procès de R., qui avait tué son amie d’enfance âgée de 19 ans en 2017, s’est ouvert lundi à Granges-Paccot. Le mobile du crime et la cause de la mort restent flous. Le verdict sera prononcé mercredi.

par
Lauren von Beust
Le corps de Samantha, dénudé, avait été retrouvé en janvier 2018 par un promeneur, au bord du lac de Neuchâtel. Disparue deux mois auparavant, la Genevoise avait 19 ans.

Le corps de Samantha, dénudé, avait été retrouvé en janvier 2018 par un promeneur, au bord du lac de Neuchâtel. Disparue deux mois auparavant, la Genevoise avait 19 ans.

VQH

Une photo de Samantha trônait auprès de sa famille, lundi à l’ouverture du procès de R., Genevois de 25 ans, et ami d’enfance de la victime de 19 ans, qui a causé la mort de cette dernière, le 22 novembre 2017 à Cheyres (FR). Le procureur général adjoint Raphaël Bourquin a plaidé l’assassinat et a requis la prison à vie. L’accusé était également jugé pour vol, actes d’ordre sexuel commis sur une personne incapable de résistance et, subsidiairement, atteinte à la paix des morts, pornographie dure et infraction à la loi sur les stupéfiants.

Rappel des faits

Le corps de Samantha avait été découvert ligoté à Cheyres, dans une zone marécageuse au bord du lac de Neuchâtel, le 17 janvier 2018. Deux jours plus tard, un Genevois âgé alors de 21 ans, avait été interpellé. L’ami d’enfance avait admis rapidement être l’auteur de l’homicide, survenu le 22 novembre 2017. L’autopsie n’a pu déterminer la cause ni le moment de la mort, compte tenu de l’état de décomposition du corps. Les hypothèses privilégiées sont l’hypothermie et la noyade, et non pas le coup de maillet que lui avait asséné le prévenu derrière l’oreille.

Presque impassible, le prévenu a certes exprimé lundi des regrets, sans toutefois expliquer clairement ce qu’il avait fait à Samantha ce soir-là, invoquant les effets de l’alcool et des stupéfiants qu’il avait alors consommés. L’ombre demeure aussi autour du mobile du crime: sentimental – Samantha, pour laquelle il éprouvait des sentiments, se serait refusée à lui le soir de l’homicide – ou financier – le prévenu disait avoir prêté de l’argent à la jeune femme pour l’aider à toucher un héritage, dont il a compris par la suite que celui-ci n’existait pas.

Héritage bidon

Les deux Genevois s’étaient souvent entraidés financièrement par le passé. Selon des messages que se sont échangés Samantha et celui qui allait plus tard causer sa mort, ce dernier lui avait remis quelques 10’000 francs près de deux ans avant le crime, destinés à payer les formalités pour toucher un héritage de la mère de la victime, soit disant décédée. C’est ce qu’avait fait croire Samantha à l’accusé.

La jeune femme avait alors promis à son ami d’enfance 450’000 francs, soit le tiers du prétendu pactole qu’elle recevrait. Ce dernier avait finalement su que tout cela n’existait pas, trois mois avant le drame. Lors de son procès, lundi, il a d’ailleurs reconnu avoir éprouvé «une certaine colère» à ce moment-là. L’accusé a assuré n’avoir eu aucune autre intention ce soir du 22 novembre 2017 que de discuter de cette histoire d’héritage avec Samantha, alors qu’ils n’avaient plus abordé le sujet depuis quelques mois.

«Couchée sur la tombe de sa fille»

Présente à l’audience, la grand-mère de Samantha a dépeint sa petite-fille comme «altruiste, polie et courtoise» et qui «avait horreur de la violence». «Elle avait vécu des abus pendant son enfance, elle n’a pas été reconnue comme victime par la justice, et pour cela, elle était en souffrance», explique-t-elle. Interrogée sur la mère de Samantha, la grand-mère de cette dernière a répondu qu’elle était «détruite à la suite de ce drame, elle a perdu sa fille unique», confiant que celle-ci avait plusieurs fois été «retrouvée dans le cimetière la nuit, couchée sur la tombe de sa fille». La mère de la jeune fille n’a pu être présente lundi au procès pour raisons médicales.

Mobile sentimental ou financier?

Pour rappel, l’enquête a permis d’établir que le prévenu avait convaincu la jeune femme de venir en train depuis Genève jusqu’à Cheyres. À cette occasion, l’accusé, qui travaillait là-bas à l’époque du drame, s’était muni d’un maillet et de serre-câbles. Au bord du lac de Neuchâtel, c’est à la suite d’un différend d’ordre pécuniaire ou sentimental donc, que la jeune fille avait voulu regagner la gare, et c’est à ce moment que le prévenu l’avait frappée avec son maillet, puis entravée au moyen de serre-câbles autour des poignets et des jambes. La jeune homme avait finalement abandonné sa victime inconsciente, mouillée et ligotée, alors que la température était comprise entre 5 à 8 degrés. Bien que le corps de la jeune Genevoise ait été retrouvé dénudé et son soutien-gorge coupé au devant, l’accusé a nié lundi s’être livré à des attouchements.

«Je demande de retenir l’hypothèse selon laquelle il l’a abandonnée en pensant qu’elle était encore vivante», a déclaré Raphaël Bourquin, qui a requis la prison à vie. Il a souligné l’absence de scrupules du prévenu. Pour le représentant du Ministère public, des actes sexuels ont eu lieu, l’accusé ayant voulu assouvir ses pulsions. Il considère que Samantha s’est refusée à lui le soir du drame. Le procureur général adjoint considère qu’il y a eu préméditation et que l’homme qui a causé la mort de la jeune fille a fait usage du lien de confiance qu’il avait avec la victime pour l’attirer dans un lieu désert et lui tendre un piège. Le verdict sera prononcé mercredi.

«Adulte esseulé»

La défense a plaidé l’homicide involontaire ou le meurtre par dol éventuel et demande de retenir la noyade comme cause du décès. Pour Me Telmo Vicente, l’acte du prévenu «n’est pas le fait d’un monstre dénué de toute dignité morale, mais celui d’un adulte esseulé», qui a agi «dans la colère» et «sous l’emprise de l’alcool». Toutefois, il ne conteste pas la peine privative de liberté pour son client. «On ne fait pas venir sa future victime dans un endroit, proche de son lieu de travail. Un tel plan aurait été suicidaire», a ajouté l’avocat du prévenu qui, lui, réfute la préméditation.

Ton opinion