Genève: Impossible de déménager sans abandonner sa crèche

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GenèveImpossible de déménager sans abandonner sa crèche

Dans un contexte de pénurie de places de garde, les familles ne peuvent changer de commune sans perdre leur crèche. Les mairies tergiversent.

par
Maria Pineiro
Pour garder sa place en crèche, il ne faut pas déménager hors de sa commune.

Pour garder sa place en crèche, il ne faut pas déménager hors de sa commune.

Getty Images/iStockphoto

«On cherche un nouvel appartement, mais uniquement dans notre commune, ce qui rend la tâche difficile», raconte une jeune maman carougeoise. Pour elle et sa famille, il ne s’agit pas là d’une coquetterie. «Nous avons obtenu de la place en crèche pour nos deux enfants à la rentrée scolaire. Si nous quittons la commune, nous devrons nous réinscrire dans une nouvelle institution et nous n’avons aucune garantie d’avoir une solution de garde en septembre.»

Dans un canton qui connaît un taux de vacance du logement dramatiquement bas et un manque de places en crèche, fonder une famille ou l’agrandir vire souvent au casse-tête. Et pour cause, ce sont les Municipalités qui financent la politique de la petite enfance et, dans l’immense majorité des cas, réservent ces places à leurs habitants. Résultat des courses: déménager dans une autre commune est synonyme de perte de la place de crèche.

Une proposition tombée dans l’oubli

Les parents dans ce cas sont pléthore et le problème connu. À tel point que des élus de la Ville de Genève ont tenté d’introduire davantage de souplesse. Mais le texte, proposé début 2020, végète depuis dans l’ordre du jour du Conseil municipal. Il devrait être discuté d’ici à l’été ou, plus probablement, à l’automne.

Et pourtant, faute d’unanimité, nulle révolution n’est attendue. La motion originale prévoyait que la Ville «fasse œuvre de pionnière» en laissant la possibilité aux enfants dont la famille a quitté la commune d’y finir leur parcours préscolaire. Mais, face à l’opposition d’Esther Alder, alors magistrate chargée de la petite enfance, cette invite a été abandonnée. Il est désormais demandé à l’Exécutif de la Ville de porter la problématique auprès de l’Association des communes genevoises (ACG) afin que «ces discriminations particulièrement angoissantes pour les parents cessent».

Rééquilibrer les capacités financières

«Nous privilégions nos communiers», confirme Gilbert Vonlanthen. Le président de l’ACG et maire de Bernex indique néanmoins que les mairies genevoises font généralement preuve d’une certaine souplesse: «En cas de déménagement, les enfants peuvent, en principe, finir l’année.» L’élu explique que les communes, pour l’heure, font face à un obstacle que constitue le déficit de places en crèche, «cela malgré des investissements très conséquents» dans cette politique publique à l’échelle de l’ensemble des communes. «L’idéal serait de pouvoir répondre à la majeure partie de la demande à l’échelle du territoire. Mais la réalisation de cet objectif nécessiterait un soutien plus fort du canton.» Dans cette attente, Gilbert Vonlanthen milite pour une révision de la péréquation financière «en vue d’une redistribution plus égalitaire des richesses entre les communes pour mettre en œuvre un socle commun de prestations sociales».

Changement de ton à l’Exécutif

En 2020, la Verte Esther Alder s’était opposée à lancer la Ville seule sur ce projet par peur que les parents en liste d’attente ne comprennent pas le changement. Une position que ne semble pas partager la conseillère administrative Christina Kitsos, qui a repris la petite enfance depuis mi-2020 et qui avait, à l’époque, soutenu la motion. «Toutes les mesures qui pourront être prises pour faciliter la vie des familles qui déménagent dans la région genevoise doivent être soutenues.» Elle indique également porter cette thématique auprès de la Fondation pour le développement de l’accueil préscolaire, au sein duquel les communes genevoises sont représentées. Par ailleurs, d’ici à 2028, la Ville de Genève entend mettre à disposition 700 places de crèche supplémentaires.

Idem sur Vaud

Le canton de Vaud connaît peu ou prou le même régime que Genève. Le territoire est divisé en 31 réseaux d’accueil de jour. «Les places sont destinées aux habitants de la ou des communes intégrées», explique David Payot, municipal lausannois chargé de la Direction enfance, jeunesse et quartiers. En cas de déménagement, les familles obtiennent généralement un délai avant de devoir quitter la crèche. À Lausanne, il est de trois mois, durant lesquels les familles payent la garde au tarif plein.

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