Genève«Inacceptable que des gens dorment dans la rue!»
Le conseiller d’Etat Thierry Apothéloz veut débloquer 4,5 millions pour reloger les 200 personnes privées de structures d’accueil d’urgence depuis vendredi.
- par
- Jérôme Faas

Le conseiller d’Etat Thierry Apothéloz, chef du Département de la cohésion sociale.
«Il est inacceptable que des gens dorment dans la rue dans une ville aussi riche que la nôtre!» Le conseiller d’Etat Thierry Apothéloz refuse que 200 personnes se retrouvent sans hébergement depuis vendredi 1er avril. Alors qu’un froid polaire s’est abattu sur Genève, ces sans-abri se retrouvent sans solution à cause du manque de financement des associations qui les logeaient jusqu’alors. Ce dimanche, l’élu a donc annoncé son plan: il va proposer au Conseil d’Etat d’avancer tout de suite aux associations l’argent nécessaire à une ouverture permanente des lieux d’accueil. Puis il veut envoyer la facture aux communes, «à moins qu’elles se décident immédiatement à exercer une compétence qui est la leur» en vertu de la loi.
Une avance de 4,5 millions
«Depuis quelques années, la Ville veut cesser la politique du thermomètre et assurer un accueil douze mois sur douze. Mais son budget ne prévoit que la saison hivernale. Il y a une nécessité de mettre 4,5 millions pour faire le joint entre le 1er avril et le 1er octobre. Mon souhait est de confier directement cette somme aux associations. Il était hors de question que je reste à attendre que les choses se passent alors que rien ne se passe!»
«Un jeu néfaste où le premier qui bouge perd»
L’élu socialiste juge que la situation est bloquée parce que ni la Ville, qui a engagé 15,6 millions pour l’accueil hivernal en 2022, ni les autres municipalités, qui ont amené 1 million par le biais de l’association des communes genevoises (ACG), ne veulent faire le premier pas au bénéfice de l’autre partie. Il parle d’un «jeu néfaste où le premier qui bouge perd. On ne peut pas faire ça sur le dos des plus vulnérables. Cela ne va pas.»
Un dispositif pas si simple à ressusciter
Thierry Apothéloz pense pouvoir débloquer l’argent mercredi, si le Conseil d’Etat puis la Commission des finances valident son projet. En revanche, il ne sait pas quand les structures d’accueil pourraient rouvrir, étant donné que le personnel qui y était affecté se trouve désormais dans la nature. Alain Bolle, le président du Collectif d’associations pour l’action sociale, peine également à répondre. «Cela me semble possible dans des délais relativement courts, mais en tout cas pas jeudi. Nous avons dû licencier pour la troisième fois. Aujourd’hui, certains collaborateurs sont au chômage, d’autres en vacances. Il faut reprendre contact avec eux, signer de nouveaux contrats avec les hôtels…»
«On n’a tiré aucun enseignement de 2019»
L’homme fait par ailleurs part de son dépit et de sa colère. «Pourquoi a-t-il fallu attendre qu’il neige, comme en 2019», pour que les lignes bougent? «Cette année-là, on avait dû monter 200 tentes, bricolées avec des bénévoles, et on n’en a tiré aucun enseignement. La situation était parfaitement prévisible. C’est dramatique. Aujourd’hui Thierry Apothéloz fait du sauvetage à la place des communes, qui ne font rien. Nous avions invité l’ACG à visiter nos structures, et rien. On nous a juste renvoyés à une hypothétique audition.»
Les associations ont prévu de se réunir lundi pour définir le dispositif à venir, chiffrer leurs besoins et «rassembler d’autres partenaires».