Suisse - Infiltration chez les complotistes: le journaliste obtient gain de cause

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SuisseInfiltration chez les complotistes: le journaliste obtient gain de cause

Le Conseil Suisse de la presse déclare cette pratique admissible, si les informations récoltées ainsi sont d’un intérêt public évident et qu’il n’a pas été possible de les obtenir autrement.

Chloé Frammery est l’une des deux personnes ayant saisi le Conseil suisse de la presse dans le cadre d’un reportage de heidi.news.

Chloé Frammery est l’une des deux personnes ayant saisi le Conseil suisse de la presse dans le cadre d’un reportage de heidi.news.

ge.ch

Entre septembre et octobre 2020, le site heidi.news a publié un reportage en huit épisodes intitulé «Au cœur de la complosphère» et qui raconte, de l’intérieur, la vie d’un groupe d’adeptes des théories dites du complot, en Suisse romande.

Pour enquêter, le journaliste s’est fait annoncer auprès des personnes interviewées en taisant les raisons réelles de sa présence parmi eux et en travestissant divers éléments biographiques. L’opération a duré près de deux mois, à l’été 2020. Après la parution, le journaliste avait par ailleurs été la cible d’injures racistes et Reporters sans frontières lui avait apporté son soutien.

Le Conseil suisse de la presse (CSP) a été saisi par le conseiller national Jean-Luc Addor (UDC/VS) puis par l’une des figures mentionnées dans le reportage, la genevoise Chloé Frammery. Ils contestaient notamment l’usage de pareille méthode de dissimulation, qu’ils jugent contraire à la déontologie.

Plainte rejetée

Si la «Déclaration des devoirs et des droits du/de la journaliste» réprouve effectivement l’usage de «méthodes déloyales», elle prévoit néanmoins des exceptions suivant lesquelles la récolte d’informations sous couverture apparaît, selon les circonstances, comme un moyen d’enquête légitime et conforme aux règles déontologiques. Elle l’est alors à la double condition que les informations récoltées présentent un intérêt public prépondérant, et qu’elles n’aient pas pu être obtenues par une méthode plus loyale.

Le CSP estime qu’en l’occurrence, la connaissance de l’intérieur d’un mouvement tel que celui qui a été décrit par le média en ligne présentait en soi un intérêt public prépondérant, compte tenu notamment du contexte particulier de la pandémie et de l’existence de mouvements semblables à l’étranger. Il juge en outre qu’une partie des informations livrée par le reportage ne pouvait être portée à la connaissance du public sans le travail sous couverture. La plainte est donc rejetée peut-on lire dans un récent communiqué du CSP.

(comm/jbm)

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