«Interdiction de se dissimuler le visage»: Initiative inutile et même pas féministe: le Conseil fédéral dit non

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«Interdiction de se dissimuler le visage»Initiative inutile et même pas féministe: le Conseil fédéral dit non

Le gouvernement a lancé la campagne autour de l’initiative «Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage», en prenant soin d’éviter tous les pièges tendus par les initiants.

par
Yannick Weber
Selon le gouvernement, il n’y a qu’une trentaine de femmes qui portent un niqab. Les autres sont des touristes.

Selon le gouvernement, il n’y a qu’une trentaine de femmes qui portent un niqab. Les autres sont des touristes.

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La conseillère fédérale Karin Keller-Sutter a lancé ce mardi la campagne contre l’initiative «Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage». Pendant les quinze minutes de sa présentation, elle n’a à aucun moment parlé de questions de civilisation, de féminisme ou d’autre principe moral soulevé par le comité d’initiative. Le ton était très terre-à-terre et rationnel.

La ministre a commencé par expliquer que l’initiative était, aux yeux du gouvernement, inutile. «En Suisse, il y a une vingtaine ou une trentaine de femmes qui portent le niqab, et aucune qui ne porte la burqa, ce qui ne justifie pas de modifier la constitution. En dehors de celles-ci, il s’agit de touristes des pays arabes et cette initiative n’a donc rien à voir avec des questions d’intégration», a-t-elle estimé.

Il faut doucher les espoirs des antimasques: la loi prévoit des exceptions à l’interdiction de se dissimuler le visage, notamment pour «des questions de santé». 

Il faut doucher les espoirs des antimasques: la loi prévoit des exceptions à l’interdiction de se dissimuler le visage, notamment pour «des questions de santé».

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Pour le Conseil fédéral, la compétence sur la question revient par ailleurs aux cantons. Enfin, de façon encore plus froidement réaliste, Karin Keller-Sutter a remarqué que les touristes concernées sont fortunées et qu’accepter l’initiative peut les détourner de la Suisse comme destination. «Cela aurait des conséquences économiques alors que la période est déjà difficile». Autrement dit: les bénéfices seraient bien trop faibles vis-à-vis des inconvénients.

Si le peuple rejette l’initiative, un contre-projet indirect concocté à Berne entrerait en vigueur: celui-ci contraindra toute personne «à montrer son visage aux autorités lorsque c’est nécessaire pour son identification».

Si on veut parler de féminisme, il y a des questions qui sont bien plus prioritaires que celle-ci

Karin Keller-Sutter, conseillère fédérale

Questions féministes

Interrogée par un journaliste, Karin Keller-Sutter a dit avoir «beaucoup de compréhension pour l’argument féministe, mais seulement là où il est pertinent», a-t-elle dit. Elle a renvoyé à une étude de l’Université de Lucerne sur la question du voile intégral en Suisse. «Celle-ci montre que ces femmes ne correspondent pas aux idées reçues que ce sont leurs maris ou leurs pères qui les y contraignent», dit-elle. Enfin, pour elle, une politique féministe passe par des dossiers qui sont plus prioritaires, comme par exemple les crèches ou les violences conjugales, a-t-elle cité.

Partis divisés

L’initiative lancée par le Comité d’Egerkingen créé des discussions au sein de tous les partis. Lundi, les Vert’libéraux vaudois ont par exemple émis une recommandation de vote pour le «Non», tout en étant transparent sur les votes de ses membres: 40% se sont déclarés en faveur de l’initiative. «24 heures» relevait pour sa part les divisions sur le sujet au sein du Parti socialiste, où certaines figures disent soit soutenir l’initiative, soit ne pas la combattre, soit projeter de voter blanc.

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