Lausanne: Innocent, il est tout de même condamné
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LausanneInnocent, il est tout de même condamné

Un avocat a été puni pour un excès de vitesse alors que la photo du radar montre clairement qu'il n'était pas au volant.

par
Christian Humbert

Alain-Valéry Poitry, 65 ans, est bien décidé à faire valoir ses droits. Condamné par la préfète de l'ouest lausannois à 150 francs d'amende pour un excès de vitesse commis en 2014, l'avocat et ex-syndic de Nyon peut prouver qu'il n'était pas au volant puisque ce n'est pas lui qui figure sur la photo du radar. La machine, qui avait flashé sa Mercedes à 92 km/h au lieu de 80 km/h à Crissier un après-midi d'octobre, a en effet immortalisé un jeune homme.

Dans une lettre qu'elle lui a adressée, en février dernier, la préfète a d'ailleurs reconnu qu'il ne s'agissait pas de lui. «Force est de constater que vous n'êtes pas le conducteur de ce véhicule, la photo radar mettant en évidence un conducteur jeune», lui a-t-elle écrit. Pour autant, elle l'a tout de même condamné au nom d'un article tiré de la Loi sur les amendes d'ordre qui stipule que «si l'auteur est inconnu, l'amende est infligée au détenteur».

Alain-Valéry Poitry a fait appel de cette condamnation. Lundi, il s'est donc retrouvé devant le Tribunal de police de Lausanne, où il a défendu un principe sacré: «Vous ne pouvez pas condamner quelqu'un qui n'a rien fait». L'avocat, qui dit ignorer qui se trouvait au volant lors de l'infraction, refuse de dénoncer ses deux fils, leurs amis ou des amis d'amis, autant de personnes auxquelles il assure prêter son automobile.

«Ce n'est pas à moi de dénoncer le coupable»

«Ce n'est pas à moi de faire l'enquête, d'établir la culpabilité d'untel ou d'untel. Je suis auxiliaire de la justice comme avocat, pas auxiliaire de la police comme citoyen. Condamner un innocent n'a aucun effet préventif puisque l'auteur de l'infraction n'est même pas recherché», a-t-il expliqué à «20 minutes». Il n'a pas dit autre chose au juge unique du tribunal: «Ce n'est pas à moi de dénoncer le coupable.»

Ses deux fils majeurs, susceptibles d'avoir conduit le jour de l'excès, ont refusé de venir témoigner dans un procès impliquant leur père. Le président tient pourtant à les voir. «Vous serez surpris», lui a rétorqué Alain-Valéry Poitry. Le juge compte sur lui pour inciter ses enfants à se déplacer lors d'une prochaine audience sans qu'il ne soit nécessaire de délivrer un mandat d'amener. Le magistrat estime que si l'un des fils s'est rendu coupable de l'infraction, il doit assumer sa faute.

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