Actualisé 22.01.2014 à 08:15

HaïtiInquiétante épidémie de choléra

Le développement de l'infection en Haïti risque d'empirer et de gagner d'autres pays si on ne réunit pas des fonds supplémentaires pour la prévention, s'alarme l'ONU.

L'ONU a besoin de 400 millions de dollars sur deux ans pour maîtriser l'épidémie.

L'ONU a besoin de 400 millions de dollars sur deux ans pour maîtriser l'épidémie.

Dans un entretien avec l'AFP, le coordinateur de la lutte contre le choléra en Haïti Pedro Medrano a prédit «une situation très grave» si on n'investit pas massivement avant le début de la saison des pluies, en mai, pour acheter des antibiotiques ou des cachets pour purifier l'eau et pour embaucher du personnel.

L'épidémie a dàjà fait plus de 8330 morts depuis octobre 2010 et a infecté plus de 680'000 personnes. Une enquête des Centres américains de prévention et de contrôle des maladies a conclu en juin 2011 que le choléra avait été introduite par des Casques bleus népalais dont les déjections avaient pollué une rivière au nord de Port-au-Prince. L'ONU a toujours refusé de reconnaître officiellement sa responsabilité.

Quelque 65'000 nouveaux cas ont été recensés en 2013. C'est le chiffre le plus faible depuis le déclenchement de l'épidémie mais plus de 550 personnes infectées sont mortes, selon l'ONU. Si le financement n'augmente pas, le nombre des cas pourrait doubler en 2014 et le bilan des morts quadrupler, affirme Pedro Medrano. «Si nous ne faisons pas les investissements nécessaires maintenant, il y aura cette année peut-être 180'000 cas supplémentaires et jusqu'à 2000 décès», prédit-il.

Mexique, Cuba et République dominicaine

La souche de choléra présente en Haïti, originaire de l'Asie du sud, a déjà été signalée au Mexique, à Cuba et en République dominicaine, où elle a provoqué quelques décès. Un seul cas de choléra apparu dans un port du Pérou dans les années 1990 avait suffi pour répandre la maladie dans 18 pays d'Amérique latine et faire 10'000 morts, rappelle Pedro Medrano, qui a le rang de sous-secrétaire général et a été nommé en octobre dernier.

Celui-ci appelle à un «plan Marshall pour l'eau et l'assainissement» en Haïti, pays de 10 millions d'habitants parmi les plus pauvres du monde, accablé par une série de catastrophes naturelles et par l'instabilité politique.

L'ONU a lancé un appel de fonds de 2,2 milliards de dollars sur dix ans en faveur d'Haïti mais il faudrait pouvoir rassembler 400 millions de dollars en deux ans pour maîtriser l'épidémie et améliorer les infrastructures afin de prévenir un retour du choléra, estime encore Pedro Medrano. «C'est essentiel et on ne peut pas attendre dix ans pour s'occuper de tout le pays. Il faut investir massivement dans la purification de l'eau, l'assainissement, les toilettes», affirme-t-il.

Plainte déposée à New York

Des avocats ont porté plainte en octobre dernier à New York au nom des victimes du choléra en Haïti, réclamant à l'ONU des centaines de millions de dollars de dommages et intérêts. «Nous sommes présents en Haïti et notre lutte contre le choléra n'a rien à voir avec cette plainte ni avec la responsabilité ou non de l'ONU», affirme Pedro Medrano. «Nous aurons le temps d'en discuter après. Pour l'instant, nous nous préoccupons de l'épidémie parce que des gens meurent.»

Il explique que plusieurs organisations humanitaires privées ont dû abandonner Haïti par manque de moyens et que de nombreux gouvernements, croyant cette crise terminée, préfèrent donner de l'argent pour la Syrie, la République centrafricaine, les Philippines ou le Soudan du Sud.

Les centres de traitement menacés

Du coup les quelque 200 centres de traitement du choléra créées en Haïti sont menacés: «Si ces centres n'ont plus de ressources ou pas assez de personnel, que va-t-il advenir? Les gens qui viennent de loin pour se faire soigner vont trouver porte close.»

Olivier Shulz, chef de mission de Médecins sans frontières (MSF) en Haïti, ne se hasarde pas à prédire un nombre de victimes mais reconnaît que la prévention est essentielle à l'approche de la saison des pluies.

MSF, qui a dû accroitre sa présence l'an dernier pour pallier le départ d'autres organisations humanitaires, traite aujourd'hui dix nouveaux cas par jour. Mais à la saison des pluies, ce chiffre peut dépasser la centaine, explique Olivier Shulz. «Le mois de mai arrive très très vite, les pluies arrivent très vite et tout le monde alors se met à parler de prévention.» (afp)

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