Interview des Young Gods
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Interview des Young Gods

Les Young Gods, Al Comet, Franz Treichler et Bernard Trontin ont répondu à nos questions entre deux morceaux. lors de leur répétition au Romandie, mercredi 9 mai.

Comment cela se fait-il que vous êtes ici aujourd'hui à répéter au Romandie ?

F : Parce que le Romandie nous accueille gentiment. On est en tournée depuis un moment mais c'est un petit peu hybride. On a fait il y a deux semaines des concerts rock comme celui-ci et entre deux on a fait des concerts acoustiques. Du coup, parfois on a besoin de répéter, de revoir certaines choses parce que là c'est le début d'une grande tournée qui va nous amener jusqu'aux festivals de cet été donc on fait encore un peu des changements. Et c'est toujours cool de pouvoir répéter dans le club dans lequel tu vas jouer donc c'est vraiment gentil à eux de nous accueillir.

Est-ce quelque chose que vous faites souvent ?

F : Avant une tournée, on essaye de le faire à chaque fois. On l'a déjà fait au Fri-Son, à L'Usine et au Bikini Test par le passé. C'est bien de pouvoir tester les effets et l'étalonnage des volumes entre les morceaux sur un vrai système dans une salle de concert.

B : C'est aussi pour que l'ingénieur du son et l'éclairagiste qui nous suivent sur la tournée puissent répéter.

Est-ce que votre show dans une salle comme le Romandie ou le Bikini Test et sur une scène comme celle du paléo est le même ou diffère-t-il ?

F : A priori cela devrait être la même chose. Cela dépendra juste du temps de concert.

Vous avez fait de nombreux disques et faites énormément de concerts, qu'est-ce que vous préférez entre les deux ?

A : Ce qui est bon c'est de passer de l'un à l'autre.

F : Heureusement qu'on fait plus de live que de disques. (Rires.) Mais personnellement je préfère la scène. Je trouve que le studio c'est toujours une tentative de recréer l'énergie qui se dégage sur scène, l'euphorie qu'il y a entre le groupe et le public. Petit à petit on a commencé à prendre le studio comme une expérience en soi, à faire de la recherche de son et de la création en studio, ce que j'aime bien faire aussi. Mais je crois que mon truc c'est vraiment la scène.

B : C'est un sentiment que l'on partage tous, moi je m'ennuie plus vite dans un studio que sur une scène. (Rires.)

F : Le contact direct c'est vraiment quelques chose de fort dans notre «métier». Dans d'autres formes de spectacles comme de la danse ou du théâtre, il n'y a pas cette immédiateté, ce rapport entre le public et le groupe. Et ça c'est quelque chose de grandiose. En studio c'est beaucoup plus abstrait.

Cela fait vingt ans qu'est sorti votre premier album, quel est le bilan de votre carrière ?

F : C'est un peu un rêve de gamin. Quand j'avais 17 ans, c'est ce que j'avais envie de faire et, comme les autres, je me suis acharné. On a le privilège d'avoir une équipe qui tourne depuis vingt ans et qui a envie de faire ça vraiment. C'est quelque chose qu'il faut chérir.

B : J'ajouterais qu'on est moins dans une période de bilan qu'il y a deux ans quand on avait sorti notre best of. Là, qu'on le veuille ou non, on doit réécouter des anciens morceaux de différentes périodes en choisissant ce qu'on veut faire ressortir. Maintenant on vient de sortir un nouvel album et on a déjà des nouveaux projets en tête donc on a l'impression de repartir dans une nouvelle énergie.

Justement, qu'est-ce qui vous donne la force et la motivation de continuer ?

A : C'est comme un apprentissage permanent. Comme si à chaque fois une nouvelle porte s'ouvrait sur quelque chose de nouveau à explorer. Il y a toujours quelque chose de nouveau à apprendre et du coup c'est tout le temps intéressant.

F : On se fait aussi parfois des peurs. Justement, notre répertoire acoustique, on l'a un peu fait pour se botter les fesses. Mais c'est vraiment le rapport avec les gens que l'on a sur scène qui nous motive surtout. L'euphorie qui se passe lors des concerts est une motivation indescriptible.

Comment ont été perçus vos concerts acoustiques ?

F : Au début, on avait plutôt fait cela pour un événement particulier et finalement, la sauce a tellement bien pris qu'on en a fait toute une tournée Suisse avec une vingtaine de dates. On va d'ailleurs essayer d'en faire un disque ou un DVD d'ici à la fin de l'année. On aimerait aussi tourner sous cette forme à l'étranger.

C'est assez marrant parce que finalement c'est la même musique mais présenté autrement. On joue la plupart du temps dans des endroits où les gens sont assis donc c'est plus intime, il n'y a pas le côté physique des autres lives, mais il reste le côté psyché, planant. Cela permet aussi d'ouvrir nos concerts à un autre public, des jeunes de 8 à 14 ans qu'on n'a pas l'habitude voir dans nos concerts.

B : Cela nous donne aussi l'occasion de casser la formule du trio, ce qu'on fait de temps en temps, notamment dans Woodstock où on a rajouté trois musiciens. Cela nous permet de développer des chose qu'on ne peut pas faire en trio et ça amène du sang neuf aussi au niveau de l'inspiration. On adore la formule du trio, je trouve ça magique mais la remettre en question soit en acoustique soit en collaborant avec d'autres musiciens cela nous plaît aussi. On aime bien casser cette formule et voir après ce que cela donne.

Justement, vous avez un projet avec le groupe de rap Dälek, que pouvez-vous nous en dire ?

F : C'est une commande du festival des Eurockéennes, ce sont eux qui nous ont proposé de faire un projet commun. On a dit assez spontanément oui. On n'a pas beaucoup d'atomes crochus avec le hip-hop clinquant gangsta rap style MTV, mais Dälek ne sont pas du tout dans ce délire, ils ont une identité différente et tant au niveau musical qu'au niveau des textes, je trouve cela vraiment bien. Pour l'instant on s'est mutuellement vus en concert et on s'est rencontrés pour parler du projet et mettre nos idées en commun. Mais on commencera de travailler sérieusement seulement depuis le mois de juin à Nanterre, en banlieue parisienne. Mais on est assez confiants puisque humainement on s'entend bien.

L'idée de base est que les Young Gods réinterprètent les chansons de Dälek avec eux et vice versa. Et on va encore créer quatre morceaux inédits ensemble. On ne sera pas tout le temps les sept musiciens sur scène mais il y aura tout le temps un mélange. On aimerait aussi bien ramener l'aspect acoustique. C'est en tout cas un challenge.

Et cela va peut-être déboucher sur un album ?

F : On va en tout cas enregistrer les live. Pour l'instant on n'a pas d'idées précises mais on aime bien garder une trace de ce qu'on fait. On va se produire sous cette formule sur 7 ou 8 dates et après on verra ce qu'on en fera.

Vous considérez-vous comme révolutionnaires ?

F : Peut-être quand on a commencé. Le sampling en 1985 était une révolution en soi. Nous, on l'a utilisé d'une manière assez radicale, au contraire d'autres groupes. C'était notre unique source de son en dehors de la batterie et de la voix. Donc c'était radical mais peut-être pas révolutionnaire. Pour nous, le rock ne doit pas forcément être basse-batterie-guitare. Mais plusieurs autres groupes ont aussi essayé de sortir le rock de ses propres clichés. Je n'irai donc pas jusqu'à révolution. On est peut être pionnier dans l'utilisation du sampling dans la musique. C'est vrai qu'à l'époque, quand les gens venaient nous voir sans s'être renseignés sur nous, ils cherchaient le guitariste partout. Les fans de metal au début considéraient qu'un groupe sans guitariste ne pouvait pas être rock mais les esprits on bien évolué.

A : Le rock est déjà une révolution à la base, avant de devenir quelque chose de commercial et plus cadré.

B : Ce qui est marrant c'est que, comme l'a dit Frantz, au début les gens se demandaient où était le guitariste. Alors que dernièrement il est arrivé le contraire. C'est tellement devenu commun de sampler des trucs plutôt que de les jouer, qu'un mec est venu en nous disant «Ouais c'est du fake, on croit que ce sont des samples, mais j'ai vu que Frantz avait une guitare, il joue pour de vrai!» Donc la tendance c'est totalement inversé, la bienséance est l'inverse de ce qu'elle était il y a dix ans.

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