Actualisé 13.09.2018 à 06:39

Genève

Intime de Maudet à la police: soupçons et faits

Simon Brandt a été parachuté à la police juste après le début du scandale du voyage. Les syndicats craignent qu'il soit un cheval de Troie.

de
Jérôme Faas
Il est de notoriété publique que Pierre Maudet, président PLR du Conseil d'Etat (à gauche) et Simon Brandt, député PLR (à droite), sont très proches.

Il est de notoriété publique que Pierre Maudet, président PLR du Conseil d'Etat (à gauche) et Simon Brandt, député PLR (à droite), sont très proches.

Keystone / Laurent Guiraud - TDG

La coïncidence alimente la suspicion des syndicats de police: le 11 mai, l'affaire du voyage de Pierre Maudet à Abu Dhabi éclatait. Le 15 mai, le Ministère public annonçait avoir ouvert à ce propos une procédure pénale contre inconnu. Et ce même 15 mai, Simon Brandt, un très proche du conseiller d'Etat, l'homme qui écrit ses discours, intégrait la police à un poste décrit comme très sensible par les représentants du personnel.

Le syndicat de la police judiciaire a rendu son soupçon public le 30 août sur son site internet. «Comment ne pas croire par ailleurs - lorsqu'il (ndlr: Pierre Maudet) offre récemment à l'un de ses plus proches conseillers, sans postulation préalable, le poste d'analyste au service de la sécurité de l'information police (SSIP) - ce, après que le scandale ait (sic) éclaté - qu'il cherche à mieux connaître, respectivement à contrôler les informations dont disposerait peut-être la police contre lui?»

«Accès à toutes les données sensibles»

«Il n'y a pas plus stratégique que le SSIP pour imposer un homme de confiance, juge Marc Baudat, le président de l'UPCP, le syndicat de la gendarmerie. Ce service a accès à toutes les données sensibles des policiers. Toutes les investigations qu'ils mènent en utilisant un programme police y laissent une trace.» Alors que Pierre Maudet reste le conseiller d'Etat chargé d'une police susceptible d'enquêter sur lui, les syndicats s'inquiètent.

Travaux sociologiques

Interrogée quant au poste de Simon Brandt et aux circonstances de son attribution, la cheffe de la police Monica Bonfanti a répondu via le service de presse. Celui-ci explique que l'homme ne travaille pas au SSIP, mais à la Direction stratégique de la police. «Il est chargé de réaliser différentes analyses et études» pour son compte - des travaux d'ordre sociologique. Comment un phénomène, par exemple les violences faites aux femmes ou l'antispécisme, évolue-t-il? Comment d'autres pays y répondent-ils? etc.

Proposé par Pierre Maudet

Le poste de Simon Brandt n'a pas été mis au concours car «il a été transféré avec son unité budgétaire en provenance du secrétariat général du département» de la Sécurité, où il exerçait jusqu'alors comme collaborateur scientifique. Bref, il ne coûtait rien à la police, qui n'a pas repourvu un poste vacant mais a sauté sur l'occasion puisque la Direction stratégique «se trouvait en sous-effectif». Et le service de presse de préciser: «M. Maudet a simplement proposé son collaborateur à la commandante de la police. Comme M. Brandt remplissait les conditions du poste, il a été déplacé.» Politologue de formation, il dispose en effet «du niveau de formation et des compétences requises» pour ses nouvelles fonctions.

Une affaire de mètres carrés

Pourquoi les syndicats de police affirment-ils alors que Simon Brandt oeuvre pour le compte du Service de la sécurité de l'information police (SSIP)? Car par manque d'espace aux affaires stratégiques, selon nos informations, sa place de travail se situe physiquement dans le bureau du SSIP. Et il y serait administrativement rattaché. Il ne jouirait pourtant d'aucun des droits informatiques des employés du SSIP. «Il n'a évidemment pas accès au contenu des enquêtes», affirme le service de presse.

La condition pour siéger au Parlement

Et pourquoi Simon Brandt, intime de Pierre Maudet, a-t-il choisi de quitter sa proximité directe au département (DS) pour rejoindre la police? Renseignements pris, parce qu'il a été élu député PLR le 15 avril, et qu'il se trouvait dans l'obligation de quitter son poste au secrétariat général du DS pour avoir le droit de siéger. La loi interdit en effet aux hauts fonctionnaires et aux proches des conseillers d'Etat d'intégrer le Grand Conseil. Or, formellement, la nouvelle législature débutait le 15 mai. Une nouvelle coïncidence à l'avantage, cette fois, de Simon Brandt, qui avait plaidé avec succès son dossier devant la commission des droits politiques avant cette date, soit avant que n'éclate le scandale qui met aujourd'hui en péril la carrière du président du Conseil d'Etat.

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