Islamabad libère plus de 3000 personnes
Actualisé

Islamabad libère plus de 3000 personnes

Sous la pression internationale, Pervez Musharraf donne quelques nouveaux signes d'assouplissement au Pakistan, sans renoncer à réprimer l'opposition et la presse.

Le gouvernement a annoncé mardi la libération de plus de 3000 personnes interpellées depuis l'instauration de l'état d'urgence. Mais le jour même, quelque 150 journalistes étaient arrêtés lors d'une manifestation à Karachi.

Selon le porte-parole du ministère de l'Intérieur Javed Iqbal Cheema, 3.416 personnes, parmi lesquelles des avocats et des militants politiques, ont été relâchées ces derniers jours alors que plus de 2.000 personnes restent en détention. «Le processus a commencé. D'autres encore sont relâchés aujourd'hui», a-t-il dit, et ceux qui restent en détention «seront bientôt libérés». Le porte-parole du ministère a toutefois précisé que cela pourrait prendre plus de temps pour ceux sur lesquels pèsent des charges pénales.

Pervez Musharraf est parti mardi pour une visite en Arabie saoudite, allié proche, et devait s'entretenir de la crise politique avec le roi Abdallah, selon la présidence qui précisait qu'il ne compte pas rencontrer l'ancien Premier ministre Nawaz Sharif, renversé en 1999 par le coup d'Etat du général Musharraf et exilé dans le royaume saoudien. Des responsables saoudiens ayant requis l'anonymat ont toutefois déclaré à l'Associated Press que les autorités tentaient d'arranger une rencontre entre les deux hommes.

Ces derniers jours, le général-président est revenu sur les mesures les plus impopulaires prises depuis qu'il a instauré l'état d'urgence le 3 novembre dernier. M. Musharraf est en effet soumis à une intense pression de son allié américain, qui réclame la libération des responsables de l'opposition et la fin des restrictions visant les médias. Washington l'exhorte également à renoncer à l'uniforme et démissionner de son poste de chef de l'armée.

Ses adversaires pensent aussi que maintenant qu'il a obtenu ce qu'il voulait -assurer son maintien à la tête de l'Etat-, Pervez Musharraf va assouplir l'état d'urgence. La Cour suprême, purgée par ses soins des magistrats les plus indépendants, a en effet validé de fait sa réélection lundi, en rejetant les recours déposés par l'opposition. Cette décision ouvre la voie à son retrait de la tête de l'armée peut-être d'ici la fin du mois et peut-être à la levée prochaine de l'état d'urgence, décrété officiellement en raison de la montée de l'insurrection islamiste armée.

«Tout le pays a été soumis à la loi martiale rien que pour obtenir cette décision», juge Ahsan Iqbal, chef de l'un des deux principaux partis d'opposition pakistanais, le parti de Nawaz Sharif (PML-N, Ligue musulmane du Pakistan). Maintenant qu'il l'a obtenue, Pervez Musharraf pourrait faire des concessions, estime-t-il.

Les libérations ont été annoncées quelques heures après la décision de la Cour. Mais nombre de responsables de l'opposition restent derrière les barreaux, comme l'ancienne star du cricket Imran Khan, qui a entamé lundi une grève de la fin pour protester contre l'état d'urgence.

Et pendant que certains sortent des centres de détention, d'autres y entrent. La police a ainsi arrêté quelque 150 journalistes mardi après des affrontements avec les forces de l'ordre lors d'une manifestation contre l'état d'urgence à Karachi, dans le sud du pays, selon des témoins. Un journaliste de l'Associated Press faisait partie du groupe encerclé par les forces de l'ordre au Press Club de Karachi après avoir été dispersé à coups de matraques. Selon des témoins, au moins deux manifestants ont été blessés à la tête.

A Hyderabad, 23 journalistes ont été interpellés alors qu'il tentaient de manifester contre les restrictions qui pèsent sur la presse, d'après Ali Hassan, un journaliste local présent au rassemblement.

Dans la même temps, dans la province de Sindh, toujours dans le sud du pays, 300 personnes, dont des avocats, des militants des droits de l'Homme et des partisans de l'ancienne Première ministre Benazir Bhutto, devenue la principale rivale de Pervez Musharraf, ont été libérés, mais d'autres demeurent en détention, selon un responsable de la province Ghulam Mohammed Mohtarem. Benazir Bhutto elle-même avait retrouvé sa liberté de mouvement en fin de semaine dernière après avoir été assignée à résidence pour la deuxième fois depuis son retour d'exil en octobre. (ap)

Ton opinion