«WikiLeaks»: Israël a poussé les Etats-Unis à la fermeté
Actualisé

«WikiLeaks»Israël a poussé les Etats-Unis à la fermeté

Les Etats-Unis ont été très fortement incités à la fermeté à l'égard de l'Iran, à la fois par Israël et les pays du Golfe, le roi d'Arabie saoudite soutenant même l'option militaire.

Les documents diplomatiques américains obtenus par le site «WikiLeaks» et publiés dimanche soir par plusieurs grands journaux mondiaux, révèlent la très grande inquiétude d'Israël face au programme nucléaire iranien, mais aussi des pays arabes.

Le roi Abdallah d'Arabie saoudite aurait été de très loin le plus direct dans ses pressions sur les Etats-Unis, selon ces documents.

Le souverain «a appelé fréquemment les Etats-Unis à attaquer l'Iran pour mettre fin au programme nucléaire du pays», dit ainsi le 17 avril 2008 l'ambassadeur saoudien aux Etats-Unis Adel al-Jubeir cité par des documents issus d'ambassades américaines.

Influence iranienne en Irak

Le roi a conseillé aux Américains «de couper la tête du serpent» auquel il compare l'Iran et a souligné que travailler avec les Etats- Unis pour combattre l'influence iranienne en Irak était une priorité stratégique de son gouvernement, selon cette source citée par les quotidiens britannique, américain et français The Guardian, New York Times et Le Monde.

«Ce programme doit être stoppé», insiste le roi de Bahrein Hamad ben Issa Al-Khalifa le 1er novembre 2009 en recevant le général américain David Petraeus, selon le document cité par Le Monde. «Le danger de le laisser se poursuivre est supérieur à celui de le stopper», ajoute-t-il à propos du programme nucléaire iranien.

Réagissant suite à ces fuites, un conseiller gouvernemental saoudien qui a demandé à ne pas être nommé a dit à l'AFP: «Tout cela est très négatif. Ce n'est pas bon pour bâtir la confiance».

Israël contre la main tendue

Les Israéliens, de leur côté, ont exprimé des doutes nombreux lors de leurs discussions avec des responsables américains sur l'intérêt de la politique de la main tendue à Téhéran que le président Barack Obama avait cherché à instaurer en mars 2009, dans un message aux dirigeants et au peuple iraniens.

Un télégramme américain relate ainsi une conversation le 1er décembre 2009 entre Amos Gilad, directeur des affaires politico- militaires au ministère israélien de la Défense, et Ellen Tauscher, la sous-secrétaire d'Etat américaine.

«Se penchant sur sa boule de cristal», écrit la responsable américaine, «Gilad dit qu'il n'est pas certain que l'Iran ait décidé de fabriquer une arme nucléaire, mais que l'Iran est déterminé à avoir l'option d'en construire une».

La diplomatie de la main tendue du président Barack Obama, appelée «engagement stratégique avec l'Iran», «c'est une bonne idée, mais il est bien clair que cela ne marchera pas», poursuit M. Gilad, selon ce télégramme.

L'Iran veut gagner du temps

Dans un autre télégramme daté du 18 novembre 2009, les observations suivantes sont faites par la diplomatie américaine: «Un représentant du Mossad (service secret israélien) affirme que Téhéran comprend qu'en réagissant positivement à l'engagement (américain, ndlr), l'Iran peut continuer à jouer la montre».

«Du point de vue du Mossad, l'Iran ne fera rien d'autre que d'utiliser des négociations pour gagner du temps. De telle sorte qu'en 2010-2011, l'Iran aura la capacité technologique de fabriquer une arme nucléaire», affirme ce télégramme.

L'attitude russe sur le dossier iranien est par ailleurs, pour les Israéliens, «un mystère», note encore un télégramme américain. En revanche, les documents montrent que la France est clairement partisane de la fermeté. Jean-David Lévitte, le conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, qualifie l'Iran d'»Etat fasciste», dans une discussion le 16 novembre 2009 avec un responsable américain.

«Vies menacées»

La Maison Blanche a aussitôt condamné «dans les termes les plus forts» la publication «irresponsable et dangereuse» de ces documents, affirmant que l'initiative de «WikiLeaks» pourrait faire courir des risques mortels à des individus.

«Que ce soit clair, de telles révélations font courir des risques à nos diplomates, aux membres de la communauté du renseignement, et aux gens du monde entier qui font appel aux Etats-Unis pour les aider à promouvoir la démocratie et un gouvernement transparent», a affirmé le porte-parole du président Barack Obama, Robert Gibbs.

Condamnation aussi du côté du Pentagone, qui a dénoncé le fait que des documents avaient été «illégalement obtenus» par WikiLeaks, et affirmé avoir pris des mesures pour éviter que cette mesure n'ait lieu à nouveau.

(afp)

Ton opinion