Actualisé 21.07.2015 à 22:07

Nucléaire iranienIsraël ne se résigne pas malgré les assurances

Le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter a rencontré mardi à Jérusalem Benjamin Netanyahu pour tenter de calmer ses inquiétudes sur l'accord nucléaire iranien.

Les deux hommes se sont salués d'une longue poignée de main avant de commencer leur entretien, mais sans faire aucune déclaration. Cette rencontre s'est tenue au dernier jour de la visite du secrétaire américain en Israël, première étape d'une tournée régionale destinée à rassurer les alliés des Etats-Unis dans la région. Nombre d'entre eux sont en effet inquiets de l'accord conclu récemment avec l'Iran.

A son arrivée en Jordanie mardi soir, M. Carter a souligné que les Etats-Unis et Israël «ont un engagement commun pour contrer l'influence pernicieuse de l'Iran dans la région». Il a admis que Netanyahu «a fait clairement savoir qu'il est en désaccord avec nous (les Etats-Unis) à propos de l'accord sur le nucléaire iranien. Mais des amis peuvent être en désaccord», a nuancé Ashton Carter.

Netanyahu a pour sa part réaffirmé lors d'une rencontre en fin de journée avec le chef du gouvernement italien Matteo Renzi qu'il avait exposé à Carter les raisons de son opposition à l'accord. «Je lui ai dit qu'il représentait de grandes menaces pour Israël, le Moyen-Orient, l'Europe et le monde», a-t-il déclaré à la presse.

Cet accord «va permettre à l'Iran d'être un pays au seuil de tout un arsenal nucléaire d'ici une décennie. A ce moment-là, en vertu de l'accord, l'Iran pourra construire des centrifugeuses et enrichir de l'uranium autant qu'il le voudra», a ajouté Benjamin Netanyahu.

Aucune résignation

La vice-ministre israélienne des Affaires étrangères, Tzipi Hotovely, avait réaffirmé plus tôt qu'Israël ne se résignait pas à l'accord avec l'Iran. Cette confirmation intervient au lendemain du feu vert donné à l'unanimité par le Conseil de sécurité de l'ONU à cet accord conclu entre l'Iran et les cinq membres permanents du Conseil (Etats-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni), plus l'Allemagne.

«Cet accord est mauvais et nous continuerons de nous battre pour changer les choses», a-t-elle dit devant la commission parlementaire des Affaires étrangères et de la Défense. «Nous ne devons pas penser que notre combat est inutile, nous devons continuer d'influencer les Américains et d'éviter la levée des sanctions», a-t-elle ajouté.

Rassurer Israël

Carter avait déjà indiqué lundi que les Etats-Unis étaient prêts à muscler leur coopération militaire avec Israël, citant la défense anti-missiles ou la sécurité informatique, lors d'une rencontre avec son homologue israélien Moshé Yaalon. Il a également assuré qu'Israël, considérée comme la seule puissance nucléaire de la région mais qui maintient l'ambiguïté sur son armement, restait «la pierre angulaire» de la politique américaine au Moyen-Orient.

Mais Israël n'est pas prêt, pour le moment, à discuter de compensations américaines sous la forme d'une aide militaire accrue. Ses efforts sont encore concentrés sur un échec ou au moins un affaiblissement de l'accord, soulignent les commentateurs.

«Les Israéliens ne peuvent pas le dire aussi clairement mais ils ne peuvent pas coopérer avec les Américains concernant les compensations avant le vote du Congrès américain sur l'accord», estime Eytan Gilboa, professeur à l'université de Bar-Ilan, spécialiste des relations israélo-américaines.

Le Congrès américain a soixante jours pour se prononcer, et Netanyahu, qui compte de nombreux alliés parmi les parlementaires républicains, a lancé des appels pour que ces derniers le rejettent, y compris dans une série d'interviews aux chaînes de TV américaines.

Compensations

Les Etats-Unis fournissent actuellement à Israël environ 3 milliards de dollars d'aide militaire par an, sans compter le financement d'autres projets, comme le système de défense anti-missiles Dôme d'acier. «La signature de l'accord avec l'Iran va pousser Washington à accroître son assistance militaire à Israël mais aussi à ses alliés arabes de la région», estime Eytan Gilboa.

«C'est problématique parce que les Etats-Unis initient ainsi une course aux armements conventionnels d'une ampleur sans précédent depuis au moins deux décennies», souligne encore l'expert. (ats)

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