Conflit israélo-palestinien - Israël pilonne la bande de Gaza, plus de 100 morts
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Conflit israélo-palestinienIsraël pilonne la bande de Gaza, plus de 100 morts

«Ces bombardements étaient complètement fous, comme dans les jeux vidéo»: vendredi, déluge de feu nocturne d’Israël vers l’enclave palestinienne.

Une explosion illumine le ciel à la suite d'une frappe aérienne israélienne sur Beit Lahia dans le nord de la bande de Gaza, le 14 mai 2021.

Une explosion illumine le ciel à la suite d'une frappe aérienne israélienne sur Beit Lahia dans le nord de la bande de Gaza, le 14 mai 2021.

AFP

Israël pilonne vendredi la bande de Gaza avec des frappes aériennes et des tirs d’artillerie dans cette enclave palestinienne densément peuplée, où l’escalade militaire en cours depuis lundi avec les islamistes du Hamas au pouvoir a fait plus de 100 morts.

L’armée israélienne a multiplié les bombardements «pour infliger des dommages sévères aux tunnels» qui permettent aux combattants et dirigeants du Hamas, qui a tiré des centaines de roquettes vers Israël, de circuler à travers la bande de Gaza à l’abri des caméras de l’Etat hébreu, voire de traverser côté israélien pour tenter par exemple d’y prendre des otages, a-t-elle indiqué. Les frappes ont continué dans la matinée vendredi, l’aviation ayant notamment ciblé «une brigade terroriste» prête à tirer des roquettes vers Israël, selon l’armée.

Depuis le début lundi de ce nouveau cycle de violences, 119 Palestiniens, parmi lesquels 31 enfants, ont été tués dans la bande de Gaza, et 830 personnes ont été blessées, selon les autorités locales. En Israël, où le bouclier antimissile «Dôme de fer» a intercepté environ 90% des quelque 1.800 roquettes tirées cette semaine, le bilan est passé à neuf morts et des centaines de blessés.

Face aux tirs d’artillerie de chars massés le long de l’enclave sous blocus israélien et ceinte d’une épaisse barrière hypersécurisée, des centaines de Gazaouis ont quitté leur maison, ont indiqué des témoins.

«Film d’horreur»

«Ces bombardements étaient complètement fou, comme dans les jeux vidéos. C’était un vrai film d’horreur», a dit Muhammad Najib, 16 ans, un habitant de Gaza pour lequel «il ne pourra jamais y avoir» de paix avec Israël. Au total, l’armée a dit avoir frappé 150 cibles au cours d’un déluge de feu nocturne, doublé de salves de roquettes de la part du Hamas vers des villes israéliennes du sud comme Sderot, Ashkelon et Beersheva, dans le désert du Néguev. A Gaza, des dizaines de maisons ont été détruites dans la nuit, notamment dans le nord du micro-territoire, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Sur le front diplomatique, le Conseil de sécurité de l’ONU se réunira dimanche pour aborder le conflit, le secrétaire général Antonio Guterres ayant appelé à une «cessation des hostilités». Compte tenu des risques liés aux attaques aériennes, plusieurs compagnies internationales parmi lesquelles KLM, British Airways, Virgin, Lufthansa et Iberia ont annulé leurs vols vers Israël.

Feu vert pour les réservistes

L’armée israélienne avait massé jeudi chars et véhicules blindés le long du territoire palestinien, d’où les troupes israéliennes s’étaient retirées unilatéralement en 2005. Le ministère de la Défense a donné le feu vert à l’armée pour mobiliser au besoin des milliers de réservistes. Peu après minuit, le porte-parole de l’armée avait annoncé que des soldats israéliens étaient désormais dans le territoire de Gaza, avant de revenir sur ses propos en évoquant «un problème de communication interne».

Et pour ajouter à la confusion, trois roquettes ont été tirées jeudi soir du Liban vers Israël mais sont tombées en Méditerranée, selon l’armée. D’après une source militaire libanaise, les projectiles ont été tirés d’un secteur proche d’un camp de réfugiés palestiniens.

Les affrontements en cours ont été déclenchés après un barrage de roquettes du Hamas tirées vers Israël en «solidarité» avec les plus de 700 Palestiniens blessés dans des heurts en fin de semaine dernière et lundi avec la police israélienne sur l’esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est, secteur palestinien illégalement occupé par Israël depuis 1967 selon l’ONU. Ces heurts sur l’esplanade, troisième lieu saint de l’islam, avaient suivi plusieurs jours de vives tensions et de heurts à Jérusalem-Est, dus principalement aux menaces d’expulsion de familles palestiniennes d’un quartier de la Ville sainte au profit de colons juifs.

Deuxième front

Le conflit est doublé d’une escalade entre Arabes et Juifs dans plusieurs villes mixtes d’Israël, un niveau de violence jamais atteint depuis des décennies selon la police israélienne. Près de 1000 membres de la police aux frontières ont été appelés en renfort dans ces villes, théâtres d’émeutes depuis mardi avec des échanges de coups de feu, et plus de 400 personnes, Juifs et Arabes, ont été arrêtées ces trois derniers jours.

Jeudi soir, un homme a ouvert le feu à l’arme semi-automatique sur un groupe de Juifs, blessant une personne à Lod, près de Tel-Aviv, selon un témoin et la police qui a fait état dans la soirée d’une synagogue incendiée et de 43 arrestations. Des groupes israéliens d’extrême droite ont affronté dans des villes les forces de sécurité et des Arabes israéliens, descendants des Palestiniens restés sur leur terre à la création d’Israël en 1948. «Nous ne tolérerons pas l’anarchie», a prévenu le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, affirmant jeudi que le déploiement de soldats dans ces villes était une «option».

Berlin et Vienne soutiennent Israël

L’Allemagne a estimé vendredi que les tirs de roquettes des islamistes du Hamas vers Israël étaient des «attaques terroristes» et prévenu qu’elle ne tolèrerait pas de «manifestations antisémites» sur son sol. «Quiconque attaque une synagogue, quiconque endommage des symboles juifs montre qu’il ne s’agit pas de la critique d’un État, de la politique d’un gouvernement, mais d’une agression et de haine contre une religion et ceux qui y appartiennent», a déclaré lors d’une conférence de presse Steffen Seibert. «Ceux qui utilisent ces manifestations pour crier leur haine des Juifs abusent du droit de manifester», a fustigé le porte-parole. «Notre démocratie ne tolérera pas les manifestations antisémites», a-t-il prévenu.

Le Conseil central des juifs d’Allemagne a réclamé mercredi une meilleure protection des institutions juives dans le pays après que des drapeaux israéliens ont été brulés devant deux synagogues en lien avec les affrontements armés israélo-palestiniens. Des rassemblements en soutien aux Palestiniens sont prévus samedi à Berlin.

De son côté, l’Autriche a hissé vendredi sur des bâtiments officiels le drapeau israélien en signe de «solidarité» face aux «attaques» dirigées «depuis la bande de Gaza» par «le Hamas et d’autres groupes terroristes». «Je condamne avec la plus grande fermeté les attaques contre Israël depuis la bande de Gaza», écrit le chancelier conservateur Sebastian Kurz dans une déclaration transmise à l’AFP. «Israël a le droit de se défendre contre ces attaques. Pour témoigner de notre entière solidarité (...), nous avons hissé le drapeau israélien» sur les locaux de la chancellerie et du ministère des Affaires étrangères, a-t-il ajouté.

La Chine a accusé elle vendredi les États-Unis «d’ignorer la souffrance des Palestiniens», après que Washington eut bloqué une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU consacrée au conflit au Proche-Orient. Les États-Unis, principal allié diplomatique d’Israël, ont refusé qu’une réunion virtuelle publique consacrée au conflit israélo-palestinien se déroule vendredi, mais finalement accepté qu’elle ait lieu dimanche. La Chine, qui préside ce mois-ci le Conseil de sécurité, a en revanche pris la défense des Palestiniens dans l’enceinte onusienne, où elle utilise fréquemment son droit de véto pour bloquer les motions visant ses alliés, comme la Syrie.

(AFP)

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