06.07.2020 à 13:42

Tennis

«J'ai cherché sur Google comment me suicider»

Robin Söderling a raconté l'enfer de sa dépression à une radio suédoise. Un témoignage puissant.

de
Mathieu Aeschmann
Robin Söderling a retrouvé le sourire après une longue traversée du désert.

Robin Söderling a retrouvé le sourire après une longue traversée du désert.

KEYSTONE

Robin Söderling restera à jamais l'homme d'un impossible exploit: déboulonner la statue Rafael Nadal de son socle du court Philippe Chatrier. C'était en mai 2009, une semaine avant que le Suédois ne s'incline en finale de Roland-Garros contre Roger Federer. Douze mois plus tard, le frappeur de Tibro retrouvait la finale du «French» (défaite contre Nadal) avant de finir la saison No 4 mondial. Ce sera la dernière qu'il disputera entièrement. Malgré quatre titres en 2011, Söderling disparaît en effet des radars au milieu de l'été, officiellement à cause d'une mononucléose.

On sait désormais que Robin Söderling souffrait en réalité de dépression. Il s'en est ouvert au micro de la radio publique suédoise Sveriges Radio . «Il n'y avait que trois joueurs contre lesquels j'acceptais de perdre (ndlr: Federer, Nadal, Djokovic). Il fallait que je batte absolument les autres. Sinon je me voyais comme un raté.» Une pression qui prend une ampleur insupportable juste après son dernier titre à Bastad, conquis en finale face à David Ferrer.

Paralysé à New York

Quelques semaines plus tard, l'US Open marque un point de rupture. «Je ne faisais que pleurer. J'étais sur mon lit à l'hôtel, et dès que je songeais à entrer sur un court, j'étais en panique. J'ai compris que peu importe ma volonté, je ne pouvais pas. Même si on me mettait un pistolet sur la tempe.» Les semaines qui suivent se transforment en enfer. La preuve avec cet aveu choc: «J'ai cherché sur Google comment me suicider.»

Envies suicidaires? Faites-vous aider!

Selon Stopsuicide.ch, la problématique du suicide est un sujet complexe et multiple qui ne peut s'expliquer au travers d'une réponse unique. Cette association vise à briser le tabou qui englobe le suicide afin de réfléchir aux différents moyens permettant de mettre en oeuvre une aide concrète destinée aux jeunes en souffrance.

D'autres structures comme La Main Tendue (composez le 143) et la Ligne d'aide pour jeunes (147) sont également disposées à aider.

Dans cet entretien, Robin Söderling fait remonter les premiers signes de la maladie à la saison de son coup d'éclat, en 2009. Comme si son accession au très haut niveau s'était accompagnée d'un poids chaque jour plus difficile à supporter. «Je sentais une angoisse constante, ça me rongeait de l'intérieur. Je m'asseyais dans mon appartement et regardais dans le vide, sans comprendre. Le moindre bruit me mettait en panique. Quand le téléphone sonnait, je tremblais de peur.»

Avertir la jeune génération

Si le double finaliste de Roland-Garros a finalement accepté de s'ouvrir sur l'ampleur du mal qui l'a rongé, c'est avant tout pour inviter les autres malades de dépression à prendre la parole. Et pour inviter les jeunes sportifs d'élite à ne pas s'enfermer dans leur quête de performance.

«On parle rarement des problèmes psychologiques dans l'élite du sport mondial, regrette le Suédois. C'est pour cela que je voulais me confier. À ceux qui dédient leur vie au sport et à leurs parents, je dis qu'il faut s'entraîner dur, mais dans la sérénité. Faites du sport, rêvez, mais même si vous réussissez, assurez-vous d'avoir autre chose à côté, d'avoir une vie.»

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