15.03.2020 à 15:49

«J'ai confiance dans le secteur automobile»

Le directeur d'Auto Suisse, Andreas Burgener, explique pourquoi l'infrastructure de recharge nuit à la percée de la mobilité électrique en Suisse.

de
Dieter Liechti
15.3.2020
Andreas Burgener est le directeur d'auto-suisse, l'association regroupant les importateurs officiels d'automobiles.

Andreas Burgener est le directeur d'auto-suisse, l'association regroupant les importateurs officiels d'automobiles.

En passant de 1,7% en 2018 à 4,2% l'an passé, la part de marché des véhicules 100% électriques (BEV) a plus que doublé en un an. Êtes-vous satisfait de ce résultat?

Absolument. La tendance va dans le bons sens.

L'objectif d'Auto Suisse est d'augmenter la part de marché des véhicules électriques et des hybrides rechargeables à 10% en 2020, ce qui devrait donc être facilement réalisable?

On avisera début 2021 si cela était facile à réaliser.

Cette année marque le lancement de nombreuses voitures électriques de toutes catégories. À quel niveau la mobilité électrique peut-elle encore échouer?

Au niveau de l'infrastructure de recharge. Je pense ici avant tout aux locataires dans les grands immeubles. Si nous offrons des solutions à ce niveau, la mobilité électrique en Suisse pourra connaître un véritable succès, encore plus grand qu'actuellement à l'échelle internationale. Car plus de 60% des ménages suisses vivent en location.

Malgré le changement, la mobilité dans son ensemble et la voiture en particulier sont pointées du doigt comme étant les grands responsables du changement climatique. À juste titre?

Non. Au niveau mondial, plus de 40% des émissions de CO2 sont dues à la production d'électricité et de chaleur et moins de la moitié de ces émissions sont générées par le trafic routier. En Suisse, la perception est faussée car, fort heureusement, nous n'avons pas de centrale à charbon et moins d'industries lourdes que dans d'autres pays.

Le président d'Auto Suisse, François Launaz, va même jusqu'à parler d'une «guerre des Verts contre la voiture». Êtes-vous d'accord avec lui?

Certains cercles écologistes de gauche veulent fortement restreindre, voire rendre impossible la mobilité individuelle, quel que soit le système de motorisation utilisé. Donc oui, je partage son avis.

Les adversaires de la voiture prennent en première ligne pour cible les SUV. À raison?

Non, la consommation en carburant d'un SUV est à peine plus élevée que celle d'une limousine de taille comparable. C'est ce qu'ont révélé les tests réalisés par la revue allemande spécialisée «auto, motor und sport». De plus, ces modèles sont construits parce qu'il y a une demande, et non l'inverse.

De quels arguments et surtout de quels actes l'industrie et le lobby automobiles disposent-ils pour invalider les accusations contre la voiture?

La mobilité individuelle contribue en grande partie à l'essor économique de la Suisse. Près de 3/4 des trajets personnels sont effectués en voiture. En parallèle, les véhicules deviennent de plus en plus sécurisés, plus propres et plus performants. Avec notre action «Mon AUTOgraphe», nous voulons rappeler au grand public ces développements et d'autres faits.

Malgré, ou justement à cause des attaques, l'industrie automobile est littéralement «sous tension». L'avenir appartient-il réellement aux voitures électriques?

À l'heure actuelle, la motorisation électrique est la plus efficace sur le plan énergétique, surtout en milieu urbain. Elle marque également des points en ville, grâce à sa conduite silencieuse et à la récupération d'énergie en décélération.

Des avantages qui ne servent à rien pour un trajet de Zurich à Genève.

Dit de cette manière, c'est faux. Car, grâce à la rapidité de recharge, il devient de plus en plus facile d'utiliser les voitures électriques pour effectuer de longues distances, même si leur performance demande encore à être améliorée. C'est pourquoi de nombreux constructeurs continuent de se développer en prenant différentes directions, bien que les moteurs électriques soient, pour le moment, les mieux à même de respecter les dispositions en matières de CO2.

Quelles sont les autres solutions?

Diverses formes d'hybrides sont très intéressantes, la pile à combustible, bien que cette dernière sera d'abord utilisée dans le domaine du transport de marchandises. Elle est encore trop chère pour être utilisée pour les véhicules de tourisme.

Le pape de l'automobile, Ferdinand Dudenhöffer, qualifie le succès de Tesla de «folie. Cela montre que le futur de l'industrie automobile se décide dans la Silicon Valley», dit-il. Et qu'en est-il de l'industrie automobile en Europe?

J'ai entièrement confiance dans le secteur automobile européen, mais également nippon ou coréen. Ces industries clés ont le savoir-faire et les moyens pour garantir un avenir plein de succès.

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