Contresens mortel: «J'ai détruit une vie. C'est moi qui devais mourir»
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Contresens mortel«J'ai détruit une vie. C'est moi qui devais mourir»

Il avait tué un homme en roulant à contresens sur l'A1: un Français a été jugé, mercredi. Il a raconté les drames qu'il a traversés depuis l'enfance.

par
Abdoulaye Penda Ndiaye

D. a multiplié les infractions en cette aube du 10 août 2011: ivresse qualifiée, conduite sans ceinture, vol d'usage, circulation malgré un retrait de permis, violation grave des règles de la circulation. Et au bout de ce sombre tableau, une vie arrachée: celle d'un père de famille africain qui avait pris la route pour se rendre au travail.

Qui est donc ce réceptionniste français de 53 ans établi dans la Broye? Pour mieux cerner sa personnalité, il faut plonger dans les tumultes, les tourments et les deuils qui ont marqué son enfance. «Nous étions une fratrie de sept. Ma mère nous a quittés pour un autre homme. A 8 ans, j'ai été placé dans un centre. J'en ai connu six», raconte-t-il. Deux autres drames vont survenir avant ses 11 ans. «Ma sœur a été violée et tuée par un sadique qui lui a planté plus de 30 coups de couteau et mon père est mort accidentellement.» Ironie du sort, «le père était aussi alcoolisé lors du drame», ajoute l'avocat.

Dans les années 1990, D. s'installe en Suisse. Il a une compagne et rêve de fonder une famille. Pour donner l'amour qu'il n'a pas connu. «Mais tout s'écroule quand il apprend sa stérilité», glisse l'avocat. D. baisse ses yeux au regard éteint: «J'ai détruit une vie et une famille. C'est moi qui devais mourir.» La femme de la victime, elle, pleure son mari. «Mon fils aîné souffre de l'absence de son père. Mais mon bébé, lui, n'avait qu'un mois quand son père est mort. Il ne le connaîtra jamais.»

Condamné pour homicide par négligence

Le Tribunal d'Yverdon a infligé mercredi à D. une peine de 36 mois de prison, dont 18 ferme. Un délai d’épreuve de quatre ans lui a été accordé. Selon la Cour, la culpabilité de cet homme – qui en est à sa cinquième condamnation pour ivresse au volant – est «lourde». Il devra aussi payer quelque 200000 fr. pour dédommager la famille de la victime et supporter les frais de justice. Le drame avait eu lieu sur l’autoroute, à la hauteur de Chavornay. D. roulait à contresens avec une alcoolémie de 1,89‰.

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