Actualisé 02.07.2015 à 08:37

Vaud«J'ai été condamné, mais je ne suis pas emprisonné»

Un Camerounais doit purger 6 mois ferme depuis l'été passé. L'administration et la justice ont un regard opposé sur sa dangerosité.

de
Abdoulaye Penda Ndiaye

L'administration et la justice ont un regard opposé sur sa dangerosité. Poursuivi pour une tentative de meurtre à l'endroit de l'amant de son ex-épouse qui a eu lieu en janvier 2011, Roger* a été condamné à 30 mois de prison, dont 24 assortis d'un sursis . Le verdict a été prononcé en août 2014 par le Tribunal d'Yverdon. Depuis, rien. «Je ne sais pas ce qui se passe, je n'ai reçu aucune notification», s'étonne le Camerounais de 66 ans, père de cinq enfants mineurs.

La préventive et depuis rien

Depuis les faits, Roger* n'aura passé que quelques jours de prison préventive. Il s'est présenté libre à l'audience. Ce qui, aux yeux des autorités judiciaires, laisse supposer qu'il ne représente pas un danger pour la société. A cause de la surpopulation carcérale (voir encadré), l'administration hiérarchise les entrées en prison en fonction du risque immédiat encouru par la société. Le fait d'être sur une «liste d'attente» laisse présager que l'ex-cadre du ministère des affaires étrangères du Cameroun et ex-employé du Centre de requérants de Vallorbe (photo) n'est pas dangereux.

Décision de renvoi notifiée en mars

Mais en dehors de ses déboires judiciaires, Roger a aussi un litige avec l'administration vaudoise. Le 31 mars, le Service de la population a refusé le renouvellement de son autorisation de séjour et lui a imparti un délai de trois mois pour quitter la Suisse. Roger a recouru contre cette décision. La Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal a confirmé, le 9 juin, la décision de renvoyer le retraité camerounais dans son pays . Parmi les motifs de la révocation de son titre de séjour, les juges mentionnent «une peine privative de longue durée ou une atteinte grave et répétée à la sécurité et à l'ordre publics».

Roger s'étonne de cette situation: «Pour les uns, je suis tellement dangereux qu'il faut m'expulser. Pour les autres, je ne le suis pas assez pour aller en prison.»

* Prénom d'emprunt.

Etablissements surpeuplés refusent détenus

«Nous envoyons les convocations au fur et à mesure des places disponibles.» Les propos d'Anthony Brovarone, porte-parole du Service pénitentiaire vaudois, illustrent la réalité de la surpopulation carcérale. Même si, depuis 2012, quelque 250 places supplémentaires ont été créées dans le canton, le cas de Roger n'est pas anecdotique. «Un de mes clients a été condamné pour des cambriolages en série. Il a attendu plus d'une année avant de purger sa peine», signale une avocate vaudoise. «L'Etat se garde de le crier sur les toits, mais il n'a pas les moyens de sa politique», déplore un défenseur.

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