Yverdon-les-Bains (VD): «J'ai pu dire à papa combien je l'aimais»
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Yverdon-les-Bains (VD)«J'ai pu dire à papa combien je l'aimais»

Un chirurgien est accusé d'homicide par négligence après le décès d'un patient opéré à Payerne en 2011. La fille du défunt évoque la mémoire de son père.

par
Abdoulaye Penda Ndiaye
Le Tribunal d'Yverdon va dire si le chirurgien a agi selon les règles de l'art ou pas.

Le Tribunal d'Yverdon va dire si le chirurgien a agi selon les règles de l'art ou pas.

La procureure Magali Bonvin a beau enchaîner les questions, le prévenu de 53 ans martèle toujours la même phrase: «Le patient n'avait pas de fièvre, sa tension artérielle était normale, son pouls était normal.» Accusé d'homicide par négligence sur un homme de 77 ans qu'il a opéré à la vésicule biliaire trois jours avant son décès, en juin 2011, l'ancien médecin-chef de l'hôpital de Payerne se dégage de toute responsabilité. «J'étais de garde mais on ne m'a pas téléphoné pour me parler d'une évolution défavorable», a-t-il avancé mercredi à la Cour.

Après l'intervention chirurgicale, le patient, qui avait un passé médical chargé, était nauséeux, avait le ventre ballonné et se plaignait de douleurs urinaires. Fallait-il l'opérer de nouveau? Le transférer au CHUV, qui dispose d'un plateau technique supérieur à celui des hôpitaux régionaux? Un scanner post-opératoire a révélé la présence d'une importante quantité de bile dans le ventre du malheureux. L'accusé soutient avoir demandé la prise en charge du patient aux soins intensifs mais ce service aurait estimé que cela n'était pas nécessaire. Au sein de l'hôpital, alors miné par des dissensions internes, les versions divergent.

«Les infirmières? Moi, j'ai trois FMH»

Que pense le prévenu des affirmations de quelques infirmières sur les douleurs du patient? «Ce sont des infirmières. Moi j'ai trois diplômes FMH», lance-t-il avec condescendance. Et le radiologue, qui aurait jugé nécessaire une seconde intervention chirurgicale? «Lui, il examine des clichés. Moi, le patient», a-t-il poursuivi avec dédain. Alors qu'il se met à évoquer diverses possibilités ayant pu causer la mort du patient, la procureure lui demande s'il se croyait au casino. «Non, je n'ai pas fait des études de croupier», bondit l'ancien médecin-chef de l'hôpital de Payerne.

Un professeur soleurois entendu comme expert va aussi en prendre pour son grade. «Il fallait trouver et corriger au plus vite la cause de la péjoration de la santé du patient», a-t-il déclaré avant d'ajouter que, pour lui, une nouvelle opération s'imposait. Arborant le même air méprisant, l'accusé passe de nouveau à la charge: l'expert «verse dans la science-fiction avec des affirmations loufoques».

Accusé mais victime?

Mais une fois que le Tribunal a voulu aborder sa situation financière, le chirurgien qui évolue désormais dans le privé, se départit de son allure patricienne et se met à crier misère. A cause de cette affaire judiciaire, rappelle-t-il, les autorités vaudoises lui avaient infligé des restrictions dans l'exercice de son métier. Ce qui aurait par conséquent fait péricliter ses affaires. Mais il n'a pu fournir aucun document sur les finances de son cabinet. Autre incongruité de l'audience d'hier, l'accusé se souvient avec exactitude de la date de ses prises de fonction dans diverses structures hospitalières romandes mais pas de celle de son... mariage.

Du droit mais aussi de l'émotion

Après avoir poussé plusieurs réactions de désapprobation face à l'attitude et les propos du chirurgien, une des filles du défunt a fait entrer de l'émotion dans l'austère salle d'audience. «J'ai vu mon père à l'hôpital. Il avait très mal. Mais, avant son départ, j'ai pu lui dire combien je l'aimais.»

Le procès se poursuit jeudi avec les plaidoiries des avocats et le réquisitoire de la procureure.

Eminents spécialistes aux avis divergents

C'est la parole d'un éminent professeur de l'hôpital de Soleure contre celle du boss de la chirurgie hépato-biliaire pancréatique au CHUV. Pour le premier, le prévenu n'a pas été assez réactif face à l'état alarmant du patient. Le second, lui, estime que le scanner était suffisant. Une réaction conforme à celle effectuée par l'accusé, qui fut son collègue au CHUV. «Si les paramètres vitaux ne sont pas touchés, il n'y a pas d'urgence à opérer», a-t-il laissé entendre.

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