Actualisé 01.10.2012 à 15:45

Kid Koala «12 bit Blues»«J'ai réalisé ce disque comme un millefeuille»

Le Canadien vient de déposer dans les bacs «12 bit Blues». Il nous explique en détail comment il l'a conçu.

de
Fabien Eckert
Le Canadien, 39 ans, a été le premier nord-américain à signer sur le label britannique Ninja Tune.

Le Canadien, 39 ans, a été le premier nord-américain à signer sur le label britannique Ninja Tune.

Pourquoi avoir choisi des influences de blues?

Je pense que tous les genres actuels découlent du blues. Le rock, la jazz ou le hip-hop. J'avais déjà exploré le rock dans un de mes précédents albums. J'aime le fait de remonter à ses racines. Le blues est en quelque sorte la mère de toute la musique d'aujourd'hui.

Comment avez-vous enregistré cet album?

D'abord je l'ai tout fait de manière analogique, dans mon studio. Avec des vieux samplers, des instruments vintage ou des platines usées. J'adore le vintage. Du coup, chacun de mes titres dégage une atmosphère particulière. Comme un craquement de vinyle ou un son particulier qui provient de tel instrument datant des années 1980. Ça procure une chaleur et un côté humain. Et puis il y a également le scratch qui est un peu ma marque de fabrique.

Ou classe-t-on ce disque?

Je dirais que c'est du blues réalisé avec des instruments provenant du hip-hop. Les platines vinyles ou les samplers par exemple. Quant aux rythmes, ils sont clairement bluesy.

Êtes-vous un grand nostalgique?

Absolument. Chaque DJ que j'ai rencontré à une partie de lui qui regarde vers le futur et l'autre vers le passé. L'histoire est très importante. Pour être un bon musicien, tu ne dois pas ignorer ce qui a été fait avant. C'est intéressant pour moi de trouver des connections entre le présent, le passé et le futur. Et puis je m'intéresse au paranormal. Je pense que toutes les vieilles machines sur lesquelles je bosse ont une âme. Et ça se ressent dans le son qu'elle produisent. J'adore connaître leur histoire.

Que pensez-vous des jeunes producteurs qui n'ont besoin que d'un ordinateur pour composer un titre?

C'est génial! Aujourd'hui tu peux faire un titre devant un verre de vin! (rires) Tu n'as pas besoin de tout ce dont je dispose dans mon studio. Mais ce n'est pas ce qui m'intéresse. Pour ma part, je suis plus dans une recherche scientifique. Je suis curieux de savoir quel micro a été utilisé pour telle prise de voix ou dans quel studio ont été enregistrées telles percussions.

Vous construisez vos morceaux briques après briques...

Exactement. Pour moi c'est comme une sorte de millefeuille. J'ajoute une couche sonore à chaque fois. J'ai enregistré les titres en une ou deux prises maximum.

A quel moment savez-vous que votre titre est bon et qu'il ne faut plus rien lui ajouter?

Simplement je travaille au feeling. Tu sais, c'est comme un peintre abstrait. Il sait intuitivement quand plus rien de ne doit être ajouté à sa toile.

D'ou tirez-vous toutes ces voix que vous avez ajoutées sur vos titres?

Ma collection de disques est divisée en sections. J'ai par exemple des sons de bois, de cuivres ou de cordes. Et j'ai toute la catégorie des dialogues. Cette section est classée par sexe, âge et année. Au total, je dois avoir plus de 20'000 disques dans lesquels je pioche. C'est comme un chercheur d'or. Je creuse et je m'arrête quand j'ai trouvé une pépite.

Revenons au disque. Le rythme de «2bit blues» rappelle un peu celui de «La Grange» de ZZ Top...

(Rires.) Oui, c'est vrai mais ce n'était pas volontaire. Il est super entraînant et up-tempo et très communicatif. C'est quelque chose d'assez courant dans le blues ou le blues rock.

Par contre l'ensemble est assez down-tempo. Comment allez-vous le muscler pour le live?

Je ne propose pas seulement une expérience sonore mais aussi visuelle. Je scratche sur trois platines et je dispose de 6 pads-samplers sur lesquelles je travaille. Ceci me permet d'offrir une bonne dose d'énergie supplémentaire. Je me balade aussi avec un stock d'une centaine de vinyles pour les concerts. Du coup, je crois que le public est heureux de voir un DJ caler sa plaque est bosser par-dessus. Je ne suis pas ce genre de DJ qui mixe avec un ordinateur tout en consultant ses mails ou son Facebook. Et je vais utiliser des marionnettes sur scène. Certaines mimeront le scratch ou les chants. C'est un peu comme Puppetmastaz à la différence que les miennes ne rappent pas. Il y aura aussi trois danseurs avec moi. Ce sera vraiment très dynamique. C'est donc une production complète et pas seulement un DJ set. C'est une des plus grosses que j'ai faite jusqu'à aujourd'hui. J'espère surprendre les gens.

Vous ne craignez pas de devoir proposer toujours plus en live et de tomber dans les superlatifs?

Ça ne dépend pas que de moi. Nous, on s'éclate avec ce qu'on a aujourd'hui. Tu sais je n'ai jamais été intéressé à enregistrer des hits qui me permettraient de jouer dans des stades. Je n'ai pas grandi avec la musique commerciale qui passait à la radio.

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