Actualisé 17.05.2011 à 14:46

Lausanne

«J'ai sauté du balcon dans le but de me tuer!»

Au lendemain de sa tentative de suicide, Yordanos, une requérante d'asile paniquée à l'idée d'être expulsée de Suisse, se confie à «20 minutes» depuis son lit d'hôpital.

de
Grégoire Corthay

Yordanos a survécu à sa chute du balcon du 3e étage de l'appartement qu'elle occupait dans un immeuble du «Foyer du Lac», un centre qui accueille des requérants d'asile à Estavayer-le-Lac. Hospitalisée au CHUV, l'Erythréenne de 21 ans souffre de multiples fractures mais son pronostic vital n'est pas engagé.

«Je voulais en finir! Je ne suis pas tombée accidentellement. C'est vraiment par désespoir, lorsque j'ai vu arriver la police, que j'ai décidé de sauter», explique la jeune fille au physique de fillette (1m30 pour environ 30kg), en accueillant quelques visites, mardi en fin de matinée au 14e étage du CHUV.

Comment se sent-elle? «Physiquement, je souffre énormément. J'ai très mal aux jambes, au dos et au bassin. Ce qui m'inquiète, c'est surtout que je ne sens plus une de mes jambes», poursuit-elle, esquissant malgré tout un sourire.

«On peut remercier le Seigneur!»

«C'est un miracle qu'elle ait survécu! Elle a fait une chute de près de 10 mètres. Elle aurait pu se taper la tête en premier. On peut remercier le Seigneur!», confie Elsa, une compatriote de 34 ans qui partageait sa chambre. Comme Yordanos, elle est chrétienne orthodoxe et très croyante.

«Cela faisait plusieurs jours que Yordanos était dans un état de stress très fort. Elle pleurait souvent. Elle dormait pratiquement plus et lorsqu'elle trouvait le sommeil, elle faisait des cauchemars. Elle m'a raconté qu'elle voyait dans son sommeil des policiers qui venaient l'embarquer en lui passant les menottes et en lui bandant les yeux», poursuit-elle.

«Tout s'est passé très vite!»

Elsa était dans l'appartement lundi quand les forces de l'ordre ont fait irruption. Elle revient sur l'intervention: «Quand les policiers sont arrivés vers 4h du matin, je dormais. Yordanos, elle, les avaient apparemment vus arriver depuis la fenêtre. Ils ont ouvert la porte avec une clé qu'ils avaient et ont allumé la lumière en quête de Yordanos. Celle-ci s'était réfugiée sur le balcon et a sauté. Tout s'est passé très vite et je n'ai rien pu faire», poursuit-elle.

«C'est une fille qui a déjà été expulsée deux fois de Suisse vers l'Italie dont une fois de façon assez violente. Avant de l'embarquer dans un avion, la police l'avait menottée, lui avait attaché les pieds et bandé les yeux. Cela l'avait vraiment traumatisée. A chaque fois, qu'elle a été expulsée, elle est revenue en Suisse», explique l'interprète érythréenne qui lui a aussi rendu visite.

D'autres tentatives de suicide

«Ce qui est arrivé est horrible. La grande question, c'est pourquoi avoir agi ainsi alors qu'on savait que cette fille était très fragile. J'avais rendez-vous lundi après-midi à 14h avec elle à l'hôpital de Fribourg pour un bilan de santé», précise-t-elle.

Egalement présent, le Dr Amrani, le médecin-psychiatre qui la suit depuis plusieurs mois était aussi de passage au CHUV. Soulagé de voir qu'elle avait survécu, il ne comprend pas l'attitude des autorités fédérales. «J'ai indiqué aux autorités que Yordanos avait un très haut potentiel suicidaire. Ce risque s'était d'ailleurs concrétisé à deux reprise. Yordanos m'avait appelé en février pour me dire «au revoir». Elle avait projeté de sauter du pont de Zaehringen à Fribourg. J'avais réussi à la dissuader in extremis. Quelques temps plus tôt, elle avait voulu s'ouvrir les veines avec un couteau. Après chacune de ces tentatives, elle avait fait quelques semaines à l'hôpital psychiatrique de Marsens (FR)».

«L'Italie fait très peur aux Erythréennes»

Il souligne que ce n'est pas le fait de quitter la Suisse qui l'effrayait le plus, mais celui de retourner en Italie: «Ce pays fait très peur aux Erythréennes. Yordanos ne me l'a jamais dit mais je pense qu'elle a dû être abusée là-bas».

«Concernant l'intervention de lundi, je ne veux accabler personne. La police cantonale a fait son travail, le service de la population aussi. La seule personne à qui je pourrais en vouloir, c'est le juriste de l'Office des migrations (ODM) qui a signé son ordre d'expulsion et qui n'a pas jugé bon de tenir compte de mes rapports médicaux. S'il ne me faisait pas confiance, estimant que je n'étais pas objectif, il suffisait de demander un autre avis médical avant de l'expulser!», conclut le Dr Amrani.

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