Actualisé 09.04.2019 à 14:00

France«J'ai un trou en haut du crâne»

La militante septuagénaire grièvement blessée lors d'une manifestation des gilets jaunes, le 23 mars à Nice, témoigne.

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joc

L'image de cette septuagénaire allongée au sol, une flaque de sang au niveau de sa tête, avait tourné en boucle sur les chaînes françaises d'information en continu. Hospitalisée dans un état inquiétant, Geneviève Legay souffrait de plusieurs fractures du crâne et d'hématomes sous-duraux. Elle a été touchée lors d'une charge des policiers sur la place Garibaldi, où étaient rassemblés les manifestants.

De cette journée dramatique, la militante d'Attac ne garde que très peu de souvenirs. La Française était venue pour défendre la liberté de manifester alors que les autorités avaient prononcé un arrêté d'interdiction à l'occasion de la venue du président chinois. «Je suis naïve. Je faisais rien de mal, je ne m'attendais à rien», assure la dame de 73 ans sur BFM TV. Geneviève Legay se souvient qu'en se retournant, elle a remarqué que «ce n'étaient plus les mêmes policiers» qui les surveillaient.

Septuagénaire blessée par la police

23.03.2019 Une enquête a été ouverte à Nice sur les circonstances dans lesquelles une manifestante septuagénaire, dont la famille va porter plainte, a été grièvement blessée samedi lors d'une charge de la police contre des manifestations de «gilets jaunes», a-t-on appris dimanche auprès du parquet.

«Un coup de matraque derrière la tête»

Lorsque les forces de l'ordre ont chargé, la militante a été projetée au sol. L'enquête a permis de déterminer qu'elle a été poussée par un policier, ce que le procureur de Nice a confirmé la semaine dernière. Impossible cependant de d'établir si le geste était intentionnel ou non. Geneviève Legay, elle, a une idée assez précise de ce qui a pu lui arriver: elle est persuadée d'avoir reçu un coup de matraque derrière la tête, et pense que les images de vidéosurveillance de la ville de Nice pourront le prouver.

«J'ai un trou en haut du crâne. Comment je peux être blessée devant, derrière, me retrouver par terre sans me rappeler? Je pense que j'ai pris un coup de matraque, je suis tombée. J'ai ouvert les yeux aux urgences», témoigne-t-elle. La manifestante affirme en outre que dès le lendemain matin, deux policiers sont venus à trois reprises la voir à l'hôpital pour la convaincre de dire qu'elle avait été bousculée par un journaliste. «J'ai dit non», ajoute-t-elle.

«Il ne sait pas ce que c'est, la sagesse»

Les excuses du policier responsable de ses blessures ne l'ont pas vraiment apaisée. Mais la septuagénaire en veut surtout à sa hiérarchie. «On ne faisait rien. La charge n'était pas justifiée», martèle-t-elle. Aujourd'hui, la militante souffre encore énormément des suites de son traumatisme crânien. Elle a, par ailleurs, le coccyx et cinq côtes fracturées.

Quant aux propos d'Emmanuel Macron, qui lui avait souhaité un prompt rétablissement ainsi qu'«une forme de sagesse», Geneviève Legay les balaie du revers d'une main. «Il ne sait pas ce que c'est, la sagesse. Il ne représente pas du tout le peuple français, il ne comprend rien ou il ne veut pas comprendre», conclut-elle.

Histoire d'amour au sommet de l'enquête

Selon Mediapart, Hélène P., la personne chargée de l'enquête préliminaire, n'est autre que la compagne du commissaire mis en cause dans cette affaire. Chargé des opérations le jour des manifestations à Nice, Rabah Souchi avait donné l'ordre de charger. Le procureur de la République de Nice a confirmé cette information. Il a dit «être tout à fait au courant au moment de l'ouverture de l'enquête préliminaire, des liens de concubinage qui unissent le commissaire Rabah Souchi et Hélène P.» Pour lui, ces liens ne posent pas de problème.

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