Attentat de Nice: «J'ai vu son corps tomber de mon côté»
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Attentat de Nice«J'ai vu son corps tomber de mon côté»

«Libération» a mis la main sur des témoignages exclusifs qui permettent de retracer la cavalcade meurtrière du 14 juillet.

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Un détenu suspecté de participation à l'attentat de Nice s'est donné la mort en prison. (Mardi 12 juin 2018)

Un détenu suspecté de participation à l'attentat de Nice s'est donné la mort en prison. (Mardi 12 juin 2018)

AFP
Le procureur de Nice Jean-Michel Prêtre a donné une conférence de presse, durant laquelle il a annoncé que les plaintes sur la sécurité de la Promenade des Anglais, provenant de familles de victimes des attentats de Nice, avaient été classées. (Jeudi 19 janvier 2017)

Le procureur de Nice Jean-Michel Prêtre a donné une conférence de presse, durant laquelle il a annoncé que les plaintes sur la sécurité de la Promenade des Anglais, provenant de familles de victimes des attentats de Nice, avaient été classées. (Jeudi 19 janvier 2017)

AFP
Vingt-deux personnes intervenues pendant l'attaque de Nice ont reçu dimanche la Légion d'honneur. (1er janvier 2017)

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AFP

Soixante-neuf impacts de balles sur le camion de 19 tonnes qui vient de tuer 86 personnes et en a blessé 434 autres. Dix balles retrouvées dans le corps du terroriste, Mohamed Lahouaiej Bouhlel, un Tunisien de 31 ans. Et au moins 4 héros civils: Romain, un grutier de 31 ans qui tente d'entraver la course du camion-bélier à vélo; Christophe, qui le pourchasse sur son scooter; Michel 54 ans, et Eric, informaticien de 46 ans qui tenteront d'intervenir en vain. Sans compter les héros dont c'est le métier: Simon, agent de la Brigade spécialisée de terrain (BST), qui vide son chargeur de 15 cartouches et Elodie, probablement l'auteure du tir qui sera fatal à l'assassin, qui tire «plusieurs fois par l'habitacle». Voici quelques-uns des enseignements de l'enquête que «Libération» publie ce 4 octobre 2016, après avoir accédé en exclusivité aux témoignages recueillis par la police.

«Je me suis dit que je pouvais rattraper le chauffeur alors j'ai continué à courir», raconte Romain qui a posé son vélo pour «essayer à trois ou quatre reprises d'ouvrir la porte (du camion)» qui était néanmoins verrouillée. Le grutier de 31 ans lâche la porte. C'est au tour d'un autre civil de tenter le tout pour le tout: Christophe qui, «depuis un kilomètre» note Libé, le poursuit en scooter, arrive enfin à la hauteur du véhicule à pleine vitesse. Il témoigne: «Je n'avais qu'une idée en tête: stopper ce camion. Je me suis immédiatement lancé à sa poursuite, qui continuait à zigzaguer entre la chaussée et le trottoir. [...] Je criais de rage en voyant ce camion foncer sur la foule.»

«J'ai vidé mon chargeur»

Christophe parviendra à se hisser sur le marchepied du véhicule côté conducteur et affirme avoir asséné des coups de poing au terroriste. Mohamed Lahouaiej le frappe avec la crosse de son arme. Christophe tombe. Dans l'intervalle, Michel, 54 ans, est parvenu à s'approcher de la cabine dans l'intention d'intervenir mais il renonce en voyant le canon de l'arme du terroriste par la fenêtre du véhicule.

Trois policiers de la BST arrivent. Lahouaiej a changé de siège. Il est côté passager et fait feu de toutes parts. Simon est l'agent situé du côté conducteur: «J'ai vidé mon chargeur de 15 cartouches. Alors que je venais de changer de chargeur, j'ai pu voir dans la cabine que le chauffeur était affaissé». Sa co-équipière, Elodie, est de l'autre côté du camion. Avant de faire feu, peut-être a-t-elle eu une fraction de seconde d'hésitation. Eric, un informaticien de 46 ans, qui tente d'intervenir, raconte: «Je l'ai vue hésiter ou peut-être tenter de se protéger avant de tirer, je lui ai demandé de me donner son arme pour tirer moi-même». Un élément qu'Elodie a confirmé: «Il y avait un civil sur le marchepied droit qui me disait de buter le conducteur et me demandait de lui passer mon arme, ce que je n'ai pas fait évidemment».

Le portable du tueur n'arrête pas de sonner

Elodie passe son bras par la fenêtre et tire «plusieurs fois par l'habitacle». «Je me suis un peu retirée et un peu décalée et j'ai vu son corps tomber de mon côté avec du sang qui coulait de sa tête», raconte la policière.

Il est 22h46. Un périmètre de sécurité est établi. Les démineurs sont alertés. Bernard, du centre de déminage des Alpes-Maritimes, arrive à 23h20. C'est lui qui découpera le bermuda bleu du terroriste et s'assurera que sa chemisette noire ne cache aucun explosif. Ses vérifications durent une cinquantaine de minutes, durant lesquelles le portable de celui qui vient de tuer 86 innocents, n'arrête pas de sonner. Son épouse, dont il est séparé, H. a tenté de l'appeler jusqu'au lendemain matin.

(NewsXpress)

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