«The Artist»: «J'aime être la marionnette des réalisateurs»
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«The Artist»«J'aime être la marionnette des réalisateurs»

Jean Dujardin par-ci, Jean Dujardin par-là... Mais n'oublions pas l'autre joyau de «The Artist»: Bérénice Béjo.

par
Fred Ferrari

Bérénice Béjo et Jean Dujardin se partagent le haut de l'affiche de "The Artist"

L'épouse du réalisateur Michel Hazanavicius, dont elle a eu un second enfant en septembre, s'est éclatée dans ce film muet en noir et blanc dont elle occupe le haut de l'affiche. Rencontre.

– Comment avez-vous travaillé, avec Jean Dujardin, les énergies très différentes de vos personnages respectifs?

- On n'a rien travaillé. Ce sont les personnages qui sont comme ça. C'est Michel qui a créé deux personnalités et deux énergies très différentes. Le personnage de George Valentin, à part au début où c'est une vedette, subit beaucoup la vie. Il est assez passif, puisque déprimé. Et mon personnage, Peppy, est toujours en action, c'est le moteur. Dans toutes les scènes que j'ai eu à jouer, elle faisait toujours quelque chose.

- Y a-t-il des aspects du personnage de Peppy dans lesquels vous vous reconnaissez?

Michel a écrit en pensant à moi, mais mon personnage est complètement idéalisé, fantasmé. Il a une énergie dans laquelle je me reconnais un peu. Je suis argentine, j'aime bien parler, manger, voir des gens… Peppy a un côté très solaire. Après ça reste un personnage que j'ai interprété, je ne suis pas aussi parfaite qu'elle. Parce que quand même, Peppy, on aimerait beaucoup lui ressembler!

- Le fait que ce soit un film muet a-t-il nécessité une préparation particulière?

-Je me suis préparée de la même manière que sur un autre film. Il n'y avait pas d'ingénieur du son, on ne prenait pas le son, mais je parle, même si vous ne m'entendez pas. Ce que je dis, vous le voyez écrit. Donc je n'ai pas appréhendé ça de manière très différente. C'est surtout pour le réalisateur que c'est compliqué. Il a réfléchi chaque scène en images. La musique a une place très importante, elle porte les personnages. Quand Peppy arrive au studio, elle sort du bus, on a l'impression qu'elle vole. Mais c'est la musique aussi qui donne cette impression. Michel avait mis cette musique-là sur le plateau, donc j'avais l'impression de voler. J'ai fait cette scène avec une énergie très positive. Si vous voyez cette scène sans la musique, peut-être que je volerais un petit peu moins.

- Vous jouiez de la même manière?

- Oui. Ce qui change effectivement, c'est qu'on n'avait pas travaillé notre voix. Parfois, je jouais le texte, je finissais la scène, je regardais Michel et je me disais que j'avais été fausse comme pas possible. Mais il me repassait les images... Notamment la scène de l'interview, ma voix partait dans des aigus. Ici Peppy se la pète. Et quand je me la pète, ça part dans tous les sens. Et à l'image, ça passe. Parce que j'étais concentrée que sur ce que je voulais dégager. Mais c'est le seul truc différent: faire confiance à ce que tu pouvais dégager physiquement sans t'inquiéter de ta voix.

- Cette scène d'interview était-elle en français ou en anglais?

- Cette scène-là, je l'ai jouée en Français.

- Vous aviez une consigne de jouer les scènes en français ou en anglais?

- C'est moi qui décidais. Je faisais ce que je voulais. Généralement je jouais en anglais, parce que mon personnage est anglais et que je le sentais ainsi. Mais cette scène-là, elle ne me venait pas en anglais. C'est la scène qui me faisait le plus peur quand je travaillais en amont. Je me suis dit: ne te bloque pas sur l'anglais, et concentre-toi sur ce que tu as envie de faire. Et du coup je l'ai faite en français. Je fais "C'est la vie!". Ou peut-être "That's life"! Je crois que celle-là est en anglais. En fait je passais du français à l'anglais selon la phrase qui me venait le plus spontanément.

- A part la scène de l'interview, quelle a été la scène la plus dure?

- En fin de compte la scène de l'interview n'a pas été si dure. Je l'appréhendais beaucoup, mais elle s'est passée très bien. Le plus dur, c'était de monter le film. Une fois sur le plateau, on a eu 35 jours de tournage, on a travaillé entre 12 et 16 heures par jour, on était très fatigués. Mais ça a été assez agréable. Même très agréable.

- Et le fait de tourner aux Etats-Unis?

- C'est formidable. On ne remerciera jamais assez Thomas Langmann de nous avoir emmenés là-bas. Forcément c'était un peu plus cher que dans les pays de l'Est. Mais on était dans le cœur même de notre sujet. Ça nous inspirait tous les jours. Moi, un chauffeur venait me chercher tous les matins, je vivais dans une grande maison, un peu comme le personnage dans les années 30, on arrivait à la Warner, toute l'équipe était américaine, on parlait anglais toute la journée.

- Les claquettes, c'est difficile?

- Très difficile. Beaucoup de travail. Six mois de travail, de cours de claquettes, de danse, pour avoir de la tenue….

- Vous en faisiez auparavant?

- Non. Ni danse, ni claquettes. J'étais totalement novice. J'ai pris beaucoup de plaisir à apprendre. Je n'en reviens toujours pas, quand je revois la scène. Dès le départ Michel voulait un plan séquence, il ne voulait pas couper. Donc c'est un vrai cadeau au public. Moi, ma première approche du personnage est passée par les claquettes. Evidemment, 6 mois à l'avance…

- C'est la première fois que vous participiez d'aussi près à la conception d'un film?

- Oui. Et j'ai adoré. Je me suis rendue compte que comédienne ce n'est vraiment rien du tout: on arrive quand tout est prêt. Là, quand on rentrait du tournage j'étais au courant de tout. Au point que Michel me disait : «Il faut vraiment que je te préserve un peu pour que tu te concentres sur le personnage».C'est devenu vraiment quelque chose qu'on a vécu ensemble depuis le tout début. Mais j'ai adoré, j'ai appris plein de choses.

- Cela ne vous donne pas des idées?

- Ah non, je ne réaliserais pas. Et puis Michel est tellement bon, je n'oserais même pas! Je n'ai jamais eu envie de réaliser, en tous cas jusqu'à maintenant. J'aime jouer en fait, être dirigée, être la marionnette des metteurs en scène. C'est vrai qu'aujourd'hui beaucoup d'acteurs se mettent à écrire et réaliser, et parfois quand on ne travaille pas, on se demande ce qu'on pourrait faire d'autre, mais en même temps je ne veux pas me forcer.

- «The artist» jette un regard assez dur sur la carrière d'acteur.

- Dur mais assez juste. Ça raconte qu'on peut dégringoler et revenir. Parfois vous tournez 35 jours pour un film, et le reste de l'année vous faites femme au foyer. Quand je refuse de faire des scénarios parce que je ne les aime pas, je reste à la maison. Je fais des choix qui me correspondent, même si ensuite on peut être déçu par le résultat. Je ne les ai pas faits pour des questions d'argent. Mais ça demande des sacrifices.

- Est-ce difficile de trouver des projets à la hauteur de «The artist»?

- «The artist», c'est un film en costumes, un personnage des années 30, ça m'emmène loin en tant qu'actrice. Je me déguise, c'est très agréable. Maintenant, je ne cherche pas à refaire, ou à trouver la même chose. Je pense que ce film m'ouvre des portes, je lis des scénarios que je n'aurais peut-être pas eu l'occasion de lire.

- Vous allez travailler avec des réalisateurs qui en sont quasiment à leurs premiers films.

- Je vais faire un premier long en décembre. Un petit rôle, mais j'aime tellement le scénario que j'avais envie d'y participer quoi qu'il arrive, comme John Goodman ou James Cromwell dans «The Artist». Je vais faire un petit truc dans «Populaire» de Régis Roinsard avec Romain Duris et Déborah François. Par contre ensuite ce sera un rôle principal dans l'adaptation d'«Au bonheur des ogres» de Daniel Pennac. J'incarne Tante Julia, un personnage très actif. Peut-être que c'est pour ça aussi que ça m'a plu.

- Pennac, c'est un univers très verbal, comme les «OSS»…

-Oui, il faudra que je travaille bien mon texte… Je ne suis plus habituée!

«The artist»

De Michel Hazanavicius.

Avec Jean Dujardin, Bérénice Béjo, John Goodman.

Sortie le 12 octobre 2011.

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Fabuleux hommage au muet

Véritable star à Hollywood dans les années 20, George Valentin (Jean Dujardin) n’arrive pas à s’adapter à l’arrivée du parlant. Une jeune actrice qui l’adore, Peppy (Bérénice Béjo), devient petit à petit une vedette... tout en veillant sur son idole. Avec «The Artist», Michel Hazanavicius tenait à fait un film populaire. Il a réussi un spectacle magnifique, un drame émouvant pimanté d’amour et de comédie. Sûr, «The Artist» n’a pas fini de faire parler de lui.

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