Actualisé 11.07.2007 à 10:01

«J'aime explorer le côté noir de l'être humain»

NEUCHATEL – Le Festival du Film fantastique, le NIFFF, propose une rétrospective du réalisateur phare sud-coréen Park Chan-wook.

Son film «Old Boy» a reçu le Grand Prix du Jury à Cannes en 2004. Ce long-métrage très violent s'est retrouvé au centre d'une polémique. «Old Boy» se trouvait en évidence dans la chambre du tueur d'origine sud-coréenne qui a abattu sur le campus américain de Virginia Tech en avril dernier 32 personnes, avant de se suicider.

– On vous accuse d'avoir inspiré le tueur de Virginia Tech avec «Old Boy», un film dans lequel un homme séquestré pendant quinze ans se venge sanguinairement. Que répondez-vous à ces critiques?

– Certains disent que sans «Old Boy», il n'y aurait pas eu ces crimes. Mais je ne pense pas que l'action de cette personne soit imputable à un seul élément. Cela fait plutôt partie d'une multitude de facettes de sa personnalité. «Old Boy» fait malheureusement partie du vécu du tueur. L'idée de penser que mon film ait pu contribuer à ce drame me rend profondément triste.

– Le film Elephant s'est inspiré du massacre de Columbine. Pourriez-vous faire un film sur ce qui s'est passé à Viginia Tech?

– Non, jamais. Et je pense de toute façon que le rôle que mon film a pu jouer dans ces crimes a été éxagérement mis en épingle par certains médias.

– Pourquoi la vengeance est-elle aussi présente dans vos films?

– Mon intérêt va vers le côté sombre et haineux de l'homme. Le côté lumineux, et le thème du pardon sont admis par la masse. C'est un peu facile. Moi, j'aime explorer le côté noir de l'être humain, un côté qu'il faut savoir regarder en face. J'aime imaginer ce que pourrait être le pire qui puisse arriver à un être humain. En tant que père, je me suis dit que ce pire pouvait être du mal fait à son propre enfant. Dans le film « Sympathy for Mister Vengeance », j'ai posé le fait d'un enfant kidnappé, et ensuite j'ai construit l'histoire à partir de là, et je regarde comment l'adulte gère ce mal qu'on lui a fait.

- Vos premiers émois cinématographiques, de votre jeunesse, asiatiques ou occidentaux?

- Je me souviens des films de James Bond 007. J'étais à l'école primaire. J'ai apprécié ce monde idéalisé dans lequel ces films ont lieu. Les prises de vues sont assez spéciales. Quand j'écris mes films et que j'imagine les prises de vues, je pense encore souvent à ces films. Dans les films de James Bond, il y a une sorte de prologue où l'on voit le héros plongé au cœur d'une situation violente a priori inextricable. Avec mon cœur d'enfant j'ai été fasciné par cela. J'avais l'impression que le destin d'une vie pouvait être chamboulé d'un moment à l'autre.

- On a pu lire que « Sueurs froides » d'Alfred Hitchcock avait joué un rôle de clé dans votre vie de cinéaste ?

- C'est effectivement à la vision de ce film que j'ai décidé de devenir réalisateur de cinéma. Tous les films de Hitchcock ne m'ont pas fasciné. J'apprécie surtout dans « Sueurs froides », ce côté surréaliste. Dans mon propre sens de l'esthétique, j'ai ce côté un peu surréaliste. « Sueurs froides » est une référence pour moi.

- Pourquoi est-ce que vous faites du cinéma ?

- Je suis assez torturé ou préoccupé par des questions éthiques ou morales. Le cinéma est pour moi une façon d'interroger les autres, à travers mes films, peut-être en quête d'une certaine réponse qui pourrait m'arriver. C'est en tous cas une façon de dialoguer sur mes propres questionnements.

- Le thème de la jeunesse est très présent dans vos films. Votre parcours personnel inspire-t-il vos scénarios ?

- Non, je peux presque dire que ma propre biographie a été tellement insignifiante et ordinaire, sans histoire, que peut-être cela a fait que je me suis créé plein de scénarios pour justement inventer quelque chose, en réponse à ma vie ordinaire.

- En clôture du festival c'est votre dernier film « I'm a Cyborg but that's OK» qui sera projeté, un film plutôt lumineux par rapport au reste de votre filmographie ?

- J'ai un peu l'impression que j'ai été trop longtemps submergé dans le côté noir de l'homme, dans ses profondeurs sombres. J'avais vraiment besoin d'émerger, de prendre une bouffée d'air, de me baigner un petit peu dans la chaleur du soleil. J'espère que maintenant je peux plonger encore plus dans les profondeurs noires…

- Savez-vous de quoi sera fait votre avenir immédiat ?

- Mon avenir se résume à quelque chose de très proche. Un réalisateur ne voit jamais plus loin que son prochain film. Actuellement j'écris dans cet hôtel (N.d.l.r.: le Beau-Rivage à Neuchâtel, face au lac) pour mon prochain film. Je suis déjà plonger dedans.

- Est-ce que cette atmosphère environnante helvétique vous inspire ?

- Non cela n'a pas une influence proprement dite sur ce que je suis entrain d'écrire. Pourtant j'ai eu des liens avec la Suisse dans mes films. Dans « Joint Security Area » figure un militaire suisse, un personnage très important. Dans « I'm a Cyborg but that's OK », il y a un yodler suisse un peu fou. Maintenant que je suis dans cet hôtel, je suis frappé par l'opposition entre l'environnement paisible qui m'entoure et le jeu intimiste mais très perturbant de mon prochain scénario.

- Un mot sur ce prochain film ?

- Un vampire figure dans ce film, et je peux vous dire que ce type de vampire est très éloigné du cliché du vampire tel que vous le connaissez en Europe.

Nando Luginbuhl

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!