Zazie: «J'avais besoin d'un nouveau souffle»

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Zazie«J'avais besoin d'un nouveau souffle»

Zazie revient avec un nouvel album réussi. Un opus «solaire et organique» que la chanteuse a enregistré en France, en Grèce et en Islande.

par
Ludovic Jaccard
La carrière de Zazie, 51 ans, a explosé en 1995 avec l'album «Zen».

La carrière de Zazie, 51 ans, a explosé en 1995 avec l'album «Zen».

Après avoir été coach dans la dernière saison de «The Voice», Zazie fait son retour musical le 30 octobre 2015 avec «Encore heureux». Deux ans après la sortie de son précédent opus, «Cyclo», le neuvième album de la Française se révèle moins tourmenté et plus dansant. Il laisse aussi la place aux guitares et à d'autres instruments plutôt originaux…

Les textes de votre nouvel album «Encore Heureux» sont plus lumineux que ceux du précédent, «Cyclo». Pour quelles raisons?

Je pense qu'ils sont quand même aussi énigmatiques. Cet album est surtout plus organique dans le choix des instruments. Il y a beaucoup de guitare. C'est plus solaire, plus lumineux. On est moins dans la retenue de «Cyclo». Dans ce nouvel album, il y a une volonté de sortir du sombre. Mais pour moi, le sombre n'est pas synonyme de tristesse. Poser une question, ce n'est pas triste. «Cyclo» n'a pas été un album triste à faire. Il est vrai qu'on n'a pas les mêmes questions à 20, 30, 40 ou 50 ans. Mais le fait de faire de la musique, c'est l'expression de l'indicible, parce qu'avant de mettre des mots dessus, c'est juste une mélodie. Cela peut provoquer des sensations diverses et variées qui peuvent être troublantes. Je suis donc obligée d'en choisir une et d'illustrer cette sensation comme au cinéma. Parfois, ça peut partir ailleurs. Dans la chanson «Perché», je ne savais pas de quoi j'allais parler. Comme elle est vraiment perchée physiquement, je la chante haut. Il n'y a pas de basse. J'ai donc pensé aux arbres. Je me suis imaginée dans un arbre. C'était comme un déroulé de sensations.

Vous avez enregistré cet opus en France, mais aussi en Grèce et en Islande. Cela vous-a-t-il apporté quelque chose en plus?

Pour les musiques, c'est pas mal, parce qu'il faut aussi jouer avec les autres. On a 12 ans de moyenne d'âge quand on fait des albums! La musique c'est quelque chose de très participatif, partageur, instinctif, animal. C'était donc très intéressant de rencontrer d'autres personnes qui allaient nous apporter leur bout de coeur, leur bout d'expérience et d'histoire. C'était superjoyeux. Les barrières de la langue n'existent pas en musique. Physiquement, c'est aussi bien de se déplacer, de prendre l'air. J'avais enregistré mes deux précédents albums à la maison. On avait donc besoin d'inspiration, d'un nouveau souffle. Inspirer l'Islande, on avait l'impression de débarquer sur la Lune. On voit des paysages changeants.

Après 24 ans de carrière, quel regard portez-vous sur votre parcours?

Je ne regarde pas ma carrière. Je joue, je fais de la musique, je fais les choses que j'aime. Je gagne ma vie avec plus ou moins de réussite. Parfois c'est plus dur. On n'a pas envie de faire de la scène parce qu'on est fatigué. Mais je n'ai pas ce recul par rapport à ce que je fais. Pour moi, les chansons c'est des petits moments photographiques de nos vies. C'est comme des photos qu'on regarde avec tendresse, certaines peuvent être ringardes et d'autres correspondent à une période de notre vie. La seule chose que je m'impose parfois, c'est ma façon de regarder mes anciens clips. Quand je cherche une idée pour le prochain, j'essaie de voir ce que je retiens après toutes ces années. Qu'est-ce qui continue de me toucher dans les petites choses que j'ai pu faire dans mon travail. Le but est d'éviter de refaire la même chose au niveau de l'image.

Dans quelles conditions vous mettez-vous pour écrire vos textes?

C'est très introspectif, très intime. Je peux composer partout: en regardant ma machine à laver ou en faisant à manger à ma fille, tout en finissant d'écrire sur la table. C'est un rendez-vous avec moi. Il faut donc juste que je sois un peu au calme. Mais il m'arrive aussi d'écrire dans un café où c'est le contraire du calme!

On retrouve aussi souvent le thème de l'amour dans cet album, notamment le premier single de l'album «Discold», mais aussi dans «Encore heureux» ou «Pise». Un thème inépuisable pour vous?

Oui, mais je pense que c'est le cas pour tous les artistes, auteurs, compositeurs. On parle tous d'amour. Quand on parle de haine, de colère, de cynisme, de monde, en fait on parle d'amour. On ne fait que ça. On fait tous la même chanson. Regardez Souchon, Cabrel… Il n'y a que ça qui nous intéresse! (rire) Et surtout il y a cette énigme: personne ne connaît la recette de l'amour. Qu'il soit filial, sentimental, ou lié de manière plus générale à l'humanité. On n'aura jamais tort ou raison. Juste notre ressenti du moment.

Pourquoi avoir choisi «Discold» comme premier extrait de l'album?

Elle faisait un peu le pont entre l'album d'avant et les gens qui m'avaient vue à «The Voice».

Dans «Petroleum» vous évoquez notre planète malmenée et polluée par les hommes. C'est quelque chose qui vous inquiète particulièrement?

C'est une récurrence à laquelle je tiens. J'ai un enfant. Je n'aimerais pas lui dire dans quelque temps que la baleine, c'est un truc dont on voit le squelette au musée océanographique. Mais pour moi l'écologie ne doit pas être récupérée par un parti politique. Ça doit être un comportement automatique. Nos enfants seront peut-être moins couillons que nous. Je l'espère. J'ai l'impression qu'ils ont une conscience du problème plus palpable.

On y trouve aussi des instruments originaux tels qu'une mandoline, un orgue, des bodhrans (un instrument de percussion utilisé dans la musique irlandaise) et des flûtes irlandaises. Pourquoi avoir choisi de tels instruments?

Avec ces instruments, je renoue avec quelque chose que j'aime depuis très longtemps: la musique traditionnelle celtique. Avec ce son, j'ai le sentiment de masser les gens avec ce côté un peu troublant, un peu magique. Ainsi, quels que soient les mots qu'on met sur ces chansons, ils sont déjà dans cette tendresse, dans ce vecteur d'émotions et de rêves. C'est donc pas mal d'utiliser des instruments un peu titillants au niveau des fréquences. Les flûtes irlandaises, c'est rassurant. Elles étaient là avant nous et seront là après nous. J'ai aussi choisi les orgues car leur côté messe et musique sacrée me plaît. J'ai découvert la musique par la musique classique grâce à ma mère. C'est aussi le côté non fashion de cet album. J'ai voulu renouer avec des choses qui ne se sont jamais déconstruites en musique, pour moi.

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