Actualisé 02.02.2015 à 17:20

Allemagne«J'étais un maillon dans la machine à tuer»

Un ex-officier du camp d'extermination nazi d'Auschwitz, aujourd'hui nonagénaire, sera jugé en Allemagne à partir du 21 avril. Décrit comme le «comptable d'Auschwitz», il est accusé de complicité d'assassinat sur 300'000 personnes.

Oskar Gröning, 93 ans, devrait être l'un des derniers nazis à être jugés en Allemagne. Il le sera pour avoir tenu le rôle de «comptable d'Auschwitz» du 16 mai 1944 au 11 juillet 1944, selon le communiqué du tribunal. Durant cette période, quelque 425'000 personnes ont été déportées dans ce camp situé dans l'actuelle Pologne, dont au moins 300'000 ont péri dans les chambres à gaz.

L'accusé était chargé de compter les billets de banque retrouvés dans les bagages des prisonniers et de les transférer aux autorités nazies à Berlin. Il devait également se débarrasser des bagages des déportés afin qu'ils ne soient pas vus par les nouveaux prisonniers.

Selon le Parquet, Oskar Gröning était conscient que les prisonniers déclarés inaptes au travail «étaient assassinés directement après leur arrivée dans les chambres à gaz».

Cinquante-cinq parties civiles, essentiellement des survivants et des familles de victimes, participeront à ce procès, qui se déroulera devant un tribunal de Lunebourg, au sud de Hambourg.

«Maillon de la machine»

En 2005, Oskar Gröning avait indiqué au quotidien populaire allemand «Bild» qu'il regrettait d'avoir travaillé dans le camp d'extermination. Il affirmait qu'il continuait d'entendre les cris venant des chambres à gaz.

«J'ai eu honte pendant des décennies et j'ai toujours honte aujourd'hui. Non de mes actes, parce que je n'ai jamais tué personne. Mais j'ai offert mon aide. J'étais un maillon dans la machine à tuer qui a éliminé des millions de personnes innocentes», avait souligné cet homme qui avait 21 ans lorsqu'il s'est retrouvé à Auschwitz.

Qualification élargie

La justice allemande s'était concentrée après-guerre sur les accusés contre lesquels elle disposait de preuves directes ou de témoignages. La condamnation de l'apatride d'origine ukrainienne John Demjanjuk, à Munich en mai 2011, a élargi la qualification de complicité de meurtre à des personnes ayant des postes même subalternes et sans implication directe dans les crimes perpétrés dans les camps.

Depuis les procès des dignitaires nazis à Nuremberg en 1945-46, environ 106'000 soldats allemands ou nazis ont été jugés. Quelque 13'000 ont été reconnus coupables et la moitié condamnés, selon l'Office allemand chargé des crimes nazis, basé à Ludwigsbourg. (ats)

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