Afrique du Sud: Jacob Zuma devient le quatrième président post-apartheid
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Afrique du SudJacob Zuma devient le quatrième président post-apartheid

Jacob Zuma a prêté serment samedi comme nouveau président de l'Afrique du Sud.

Il est le quatrième président de l'Afrique du Sud post-apartheid. Ancien combattant de la lutte contre la ségrégation raciale et premier zoulou à accéder au sommet de l'Etat, Jacob Zuma a prêté serment samedi, après être sorti vainqueur d'une lutte de pouvoir au sein de son parti, le Congrès national africain (ANC) et avoir survécu à une série de scandales financiers et sexuels.

«Les rêves et les espoirs de tous les gens de notre pays doivent se réaliser», a lancé Jacob Zuma, 67 ans, applaudi par des dizaines de milliers de personnes lors de la cérémonie d'investiture à Pretoria. «Il n'y a pas de place pour la complaisance, pas de place pour le cynisme, pas de place pour les excuses».

«Les combats et les sacrifices de tant des nôtres depuis tant de décennies ne seront pas vains. Au contraire, ils devront nous inspirer pour mener à bien la tâche pour laquelle tant de sang a coulé, et tant de souffrances ont été vécues», a-t-il ajouté.

L'ANC, au pouvoir depuis 15 ans et les premières élections multiraciales de 1994, a remporté haut la main 65,9% des suffrages, soit 264 des 400 sièges du Parlement, aux élections législatives du 22 avril, ouvrant la voie à la désignation de son candidat par le Parlement.

Mercredi, ce dernier a élu Jacob Zuma président par 277 voix, contre 47 à son rival Mvume Dandala, du Congrès du peuple (COPE), nouveau parti issu d'une scission anti-Zuma au sein de l'ANC.

Charismatique et haut en couleur, Zuma est aussi populaire que Nelson Mandela, le premier président de l'après-apartheid, et aussi riche que lui en combats. Il lui faudra bien ça pour s'attaquer aux défis d'un pays où au moins un quart de la population active est officiellement au chômage, et où le SIDA fait un millier de morts chaque jour. Et ce à l'heure où la première économie d'Afrique commence à sentir les effets de la récession mondiale.

Lors de la cérémonie d'investiture, un griot zoulou, portant le costume traditionnel de peaux de bêtes, a chanté les louanges de Zuma. Des hélicoptères ont survolé la foule en déployant le drapeau sud-africain. Une fanfare a joué l'hymne «Dieu bénisse l'Afrique». Et le nouveau président a fait un salut militaire tandis que des avions de combat traçaient dans le ciel des lignes de fumée colorée.

Il s'est également agenouillé, en signe traditionnel de respect, devant Nelson Mandela, figure tutélaire du pays. Le désormais fragile «Madiba», 90 ans, était arrivé en voiturette de golf à la cérémonie, salué par un tonnerre d'applaudissements et de vivats.

Le nouveau président étant polygame, les spéculations allaient bon train ces derniers jours sur l'identité de la future Première Dame. Les trois épouses actuelles de Zuma étaient présentes à la cérémonie de samedi, mais une seule est montée sur scène avec lui: Sizakele Khumalo, sa première femme.

Avant de remporter la présidence, Zuma avait dû sortir vainqueur de ses démêlés judiciaires: les poursuites pour corruption dans une affaire de trafic d'armes ont été tout récemment abandonnées, bien que les procureurs fassent état de pressions politiques, lui ouvrant la porte de la magistrature suprême. Et auparavant, en 2006, un procès pour viol, ultra-médiatisé, s'est terminé par son acquittement.

Malgré ses excès, de par ses combats et son parcours, Jacob Zuma, né au coeur du pays zolou, incarne les espoirs des plus défavorisés d'Afrique du Sud, qui se reconnaissent en lui. Son père, policier, meurt quand il est petit. Sa mère est bonne à Durban, et Jacob Zuma doit renoncer à faire des études pour travailler et subvenir aux besoins de sa famille.

Il rejoint l'ANC en 1959, et à 21 ans, est arrêté pour avoir tenté de quitter le pays illégalement. Il passe dix ans en prison à Robben Island, aux côtés de Mandela et d'autres figures de la lutte anti-apartheid, période qui lui tiendra lieu d'université.

En 1975, il quitte l'Afrique du Sud, pour 15 années d'exil entre Swaziland, Mozambique et Zambie, où il devient chef des services de renseignements de l'ANC. Après la levée de l'interdiction de l'ANC en 1990, il sera l'un de ses premiers dirigeants à revenir au pays.

Nommé vice-président en 1999 par Thabo Mbeki, ce dernier le limoge lorsque Zuma se retrouve impliqué dans une affaire de corruption. Mais c'est Zuma qui finira par remporter la lutte pour le pouvoir au sein du parti, obligeant Mbeki à céder la place à un président par intérim, Kgalema Motlanthe, avant d'y être nommé lui-même. (ap)

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