Jacques Chirac lance sa fondation devant un parterre de fidèles
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Jacques Chirac lance sa fondation devant un parterre de fidèles

«Nous sommes tous des ex', mais j'espère qu'ex' veut aussi dire expérience», a lancé lundi Kofi Annan lors du lancement à Paris de la fondation Chirac pour la diversité des cultures et le développement durable.

Quand François Mitterrand ou le général de Gaulle avaient attendu la mort alors que Valéry Giscard d'Estaing rêvait toujours de l'Elysée, Jacques Chirac n'entend visiblement pas, à 75 ans, se contenter de sa confortable retraite, ou de gérer ses multiples ennuis judiciaires.

«Les responsabilités d'un homme d'Etat ne s'achèvent pas avec ses mandats publics. Par-delà l'engagement politique, demeure l'engagement de l'homme, le sens de ses combats, ce en quoi il croit», a-t-il déclaré d'emblée devant un parterre de fidèles réunis dans «son» musée du quai Branly.

«La crise alimentaire ou l'ébranlement des finances mondiales nous rappellent que notre monde est confronté à une conjonction de périls sans précédent», a mis en garde Jacques Chirac. «Nous devons procéder à (...) une révolution de nos modes de vie. Nous devons le faire maintenant. Demain, il sera trop tard».

La Fondation, qui sera financée par des dons privés (d'entreprises ou d'amis fortunés comme François Pinault), ambitionne de peser sur les débats mondiaux, et de promouvoir des projets apportant «des éléments concrets de réponse» aux grands problèmes du monde.

Ses premières actions porteront ainsi sur l'accès aux médicaments, avec le soutien apporté à un laboratoire de contrôle de la qualité des médicaments à Cotonou (Bénin). Il s'agit de lutter contre la contrefaçon, qui peut atteindre 30% des médicaments mis en circulation dans certains pays.

Alors qu'1,1 milliard de personnes boivent aujourd'hui une eau insalubre, la Fondation soutiendra aussi, au Sénégal et au Mali, un plan sur trois ans destiné à favoriser un accès durable à l'eau potable, en partenariat avec la Banque africaine de développement.

La Fondation agira aussi contre la déforestation et la désertification, et pour la protection des cultures menacées. Une conférence consacrée à la défense des langues menacées était d'ailleurs prévue dans l'après-midi, avec le lancement du programme «Sorosoro» ('souffle, parole, langue', en araki, une langue qui n'est plus parlée que par huit personnes au Vanuatu).

Ce programme vise à mettre en oeuvre une encyclopédie numérique des langues menacées, ainsi qu'une «télévision des langues» sur Internet. «Grâce aux nouvelles technologies, les solutions existent. Mettons-les en oeuvre», a plaidé Jacques Chirac.

«Sur les quelque 6.000 langues parlées aujourd'hui dans le monde, 90% risquent de disparaître au cours de ce siècle», a-t-il mis en garde, en appelant l'ONU et l'Unesco à organiser un sommet sur le sujet.

C'est donc toute la Chiraquie ou presque qui avait rendez-vous lundi matin au musée du quai Branly. A la tribune: l'ancien secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, mais aussi la prix Nobel de la Paix Rigoberta Menchu, l'ancien président sénégalais Abdou Diouf, le prix Nobel de la Paix 2007 Rajendra Pachauri ou le musicien Youssou N'Dour.

Dans la salle étaient présents l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, les anciens ministres Renaud Dutreil, Brigitte Girardin, François Baroin, Catherine Colonna, Dominique Perben, mais aussi le président du Conseil constitutionnel Jean-Louis Debré, le premier président de la Cour des comptes, Philippe Séguin, les ministres Christine Albanel, Xavier Darcos, Nathalie Kosciusko-Morizet et Michèle Alliot-Marie, le président de l'Assemblée Bernard Accoyer ou encore le comique Djamel Debbouze.

Plus surprenant, même Nicolas Sarkozy est venu. Attendu en Bavière pour un conseil des ministres franco-allemand, le chef de l'Etat a fait une apparition éclair en milieu de matinée. «Je préfère ça aux propos tenus il y a quelques semaines», a ironisé le très chiraquien député François Goulard, dans une allusion aux critiquées exprimées récemment par Nicolas Sarkozy à l'encontre de ses prédécesseurs.

Entre les deux hommes -qui ont déjeuné ensemble la semaine dernière-, «nous sommes sans doute dans une bonne passe puisque j'étais samedi au Liban avec le président Sarkozy et qu'il a rendu hommage au président Chirac», a assuré Jean-Pierre Raffarin. «Donc vous voyez tout va bien». Quant aux difficultés judiciaires de Jacques Chirac... c'est «finalement secondaire par rapport à ses engagements», voulait croire l'ancien Premier ministre. (ap)

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