30.06.2020 à 20:44

Armée suisse

«J’ai dénoncé mon capitaine pour harcèlement sexuel»

Pendant son service militaire, une jeune femme a subi de nombreuses pressions à caractère sexuel de la part de son instructeur. Elle a fini par le dénoncer.

de
20min
Il aura fallu un an et demi pour que la jeune femme trouve la force et le courage de dénoncer son supérieur (image prétexte).

Il aura fallu un an et demi pour que la jeune femme trouve la force et le courage de dénoncer son supérieur (image prétexte).

Keystone

Un baiser, une nuit dans le même lit, un nombre incalculable de messages: Mona* a été trop permissive avec son instructeur pendant son service militaire, car elle n'avait pas la force de résister. Le capitaine de six ans son aîné a fait ses offres à maintes reprises, raconte la jeune femme de 24 ans. «Le service militaire était strict, j'étais la seule femme. Il était mon supérieur direct et mon instructeur. L’écart de pouvoir était important.»

Elle s'est sentie faible pendant cette période. Mais elle ressentait également une certaine amitié à l’égard de son supérieur. «Il était aussi un soutien pour moi, raison pour laquelle j’ai fait certaines choses que ne je voulais pas faire, comme passer une nuit au lit avec lui.» Au moins, «rien ne s'est passé». «Je pensais que si je dormais avec lui à ce moment-là, j'aurais la paix les semaines suivantes.»

Il aura fallu un an et demi pour que la jeune femme trouve la force et le courage de le dénoncer. «J'ai déposé un rapport pour harcèlement sexuel contre mon capitaine.» Cependant, la décision du tribunal militaire a été un coup dur pour elle: il a bien été spécifié que le comportement de cet homme n’avait pas été correct et qu’il n’avait pas suivi les règlements officiels; mais les incidents ayant été considérés comme des manquements mineurs au devoir ont été classés et ont expiré après douze mois, et l’accusé est resté impuni.

«Longtemps, je ne me suis pas vraiment rendu compte qu’on me faisait du tort. La formation vous amène à repousser vos limites physiques et psychologiques. Lutter contre le harcèlement, voire le percevoir comme tel, n’était pas possible pour moi à ce moment-là. Et quand j’ai finalement trouvé la force et le courage, il était trop tard.»

Porte-parole de l’armée: «Les agressions sexuelles sont rares»

Le porte-parole de l'armée, Stefan Hofer, dément l'existence d'un sexisme structurel dans l'armée. «Au-delà de la question de l’inégalité entre les sexes, l'armée suisse est le reflet de la société. Il y a des agressions ou du harcèlement sexuel, mais ils sont très rares.» Les cas signalés feraient systématiquement l'objet d'une enquête rigoureuse, seraient punis et, dans les cas graves, feraient l’objet de poursuites.

Stefan Hofer ne considère pas que les structures hiérarchiques constituent un obstacle, au contraire: «Les structures hiérarchiques de l'armée suisse permettent de signaler rapidement les infractions qui se produisent aux supérieurs hiérarchiques, ou de prendre les mesures nécessaires. Et s'il y a un problème avec un supérieur, l’autorité dont il dépend est sollicitée.»

Corina Elmer, du service de conseil aux femmes victimes de violences sexuelles à Zurich, insiste toutefois sur le fait que ces situations ne sauraient en aucun cas être «banalisées».

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!