Affaire Mila - «J’ai pas réfléchi et j’ai tweeté comme ça», dit un harceleur
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FranceAffaire Mila: «J’ai pas réfléchi et j’ai tweeté comme ça», dit un harceleur

Les treize jeunes qui comparaissent pour avoir menacé en ligne la lycéenne se sont défendus lundi d’avoir participé à un «raid» contre elle.

Le procès des harceleurs de Mila (en rouge sur le dessin) s’est ouvert le 3 juin et doit se terminer mardi. Ils encourent jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45’000 euros d’amende.

Le procès des harceleurs de Mila (en rouge sur le dessin) s’est ouvert le 3 juin et doit se terminer mardi. Ils encourent jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45’000 euros d’amende.

AFP

«J’ai pas réfléchi et j’ai tweeté comme ça»: des jeunes gens, jugés à Paris pour avoir harcelé en ligne ou menacé de mort l’adolescente Mila après des vidéos polémiques sur l’islam, ont assuré lundi ne pas avoir compris qu’ils participaient à un «raid» numérique.

L’affaire Mila suscite un déchaînement de passions en France autour du droit de blasphémer, dans un pays marqué par des attaques islamistes meurtrières contre l’hebdomadaire «Charlie Hebdo» qui avait publié des caricatures de Mahomet ou contre l’enseignant Samuel Paty qui avait montré ces mêmes caricatures à des élèves.

En janvier 2020, cette jeune Française de 16 ans avait été contrainte de quitter son établissement scolaire après avoir publié une première vidéo devenue virale dans laquelle elle qualifiait notamment l’islam de religion «de merde» et le Coran de façon virulente.

Menacée sur les réseaux sociaux, – plus de 100’000 messages haineux et menaces de mort selon son avocat – et placée sous protection policière, elle avait publié une deuxième vidéo mi-novembre, où elle s’en prenait vertement à ses détracteurs. Depuis, la jeune fille est déscolarisée car aucun établissement scolaire ne veut l’accueillir.

Treize prévenus de 18 à 30 ans, pour la plupart sans antécédents judiciaires, comparaissent pour harcèlement, parfois accompagné de menaces, cités par le parquet dans le cadre d’une enquête du nouveau pôle national de lutte contre la haine en ligne.

Parmi eux, Lauren G., étudiante en licence d’anglais de 21 ans qui avait écrit le 16 novembre sur son compte Twitter: «Que quelqu’un lui broie le crâne par pitié.» À la barre du tribunal correctionnel, Lauren G. qui se définit comme athée, convient avoir posté le message mais nie les infractions de harcèlement et de menaces de mort qui lui sont reprochées.

- «Tu mérites de te faire égorger, sale grosse p…»

«J’en avais ras le bol de voir son prénom tout le temps dans mon fil d’actualité alors qu’elle ne m’intéresse pas», justifie Lauren G., pull ample, jean et baskets. «Sur le moment, j’étais pas au courant que (Mila) était harcelée. C’était stupide et j’aurais dû réfléchir.»

Au premier rang, Mila, veste blanche sur robe noire, cheveux bleu-vert coupés au carré, ne cache pas un certain agacement.

«Malheureusement, j’ai réagi. Ça a tourné sur Twitter, c’était en TT», en «Top Tweet», explicite dans son costume bleu sombre Enzo C., autre prévenu de 22 ans, qui a écrit en novembre «Tu mérites de te faire égorger salle grosse pute» avant de supprimer son message. «J’ai réagi à chaud, j’ai dit n’importe quoi […] Il faut toujours réfléchir avant de tweeter», admet le prévenu, chrétien pratiquant.

Plaidant la «bêtise», «un peu honteux» et «forcément un peu inquiet» pour son avenir rêvé en ambulancier, il tient à «présenter (ses) excuses» à Mila. «J’espère que tu pourras reprendre ta vie normale.»

Du blasphème et rien d’autre

Un troisième prévenu, Axel G., 19 ans, athée, dit aussi avoir réagi «à chaud», «en colère» après les propos de Mila qu’il estimait «racistes». «C’était du blasphème et rien d’autre», juge le jeune homme en t-shirt et baskets.

Face à «une petite musique de fond» qui s’installe, le président du tribunal questionne l’un des prévenus: «Est-ce qu’on est moins responsable d’une chose qu’on fait sans réfléchir?»

«Au moment où vous écrivez votre message, vous êtes lucide», demande Michaël Humbert à une autre prévenue, Alyssa K., étudiante en «licence humanité» de 20 ans, en service civique dans une mairie et musulmane, qui affirme qu’elle n’avait pas conscience de la connotation menaçante de son message.

«Donc quand vous dites «qu’elle crève», pour vous ce n’est pas menaçant?» répète le président. «Eh bien, c’est très dangereux de laisser un téléphone portable dans les mains d’une personne comme vous.»

Les prévenus encourent jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45’000 euros d’amende. Fin du procès mardi.

(AFP)

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