Procès Maudet: «Quand le chef de cabinet parle, c’est le magistrat qui s’exprime»
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Procès Maudet«Quand le chef de cabinet parle, c’est le magistrat qui s’exprime»

Le procès du conseiller d’Etat démissionnaire genevois, accusé d’acceptation d’un avantage, a débuté lundi. Son ancien chef de cabinet et l’ancien chef du Service du commerce ont été entendus dans la matinée.

par
Léonard Boissonnas
Pierre Maudet au premier jour de son procès. 
Pierre Maudet au premier jour de son procès. Marvin Ancian

«Monsieur Pierre Maudet, vous comparaissez en tant que prévenu», a lancé la présidente du Tribunal de police, Sabina Mascotto, en ouverture du procès du conseiller d’Etat démissionnaire, accusé d’acceptation d’avantage. Plus tôt, le magistrat s’était frayé un chemin sans mot dire parmi la nuée de journalistes présents devant le Palais de justice lundi matin. Si les débats devaient être publics, en raison du Covid et des restrictions sanitaires, l’assistance dans la salle d’audience était en grand majorité composée de journalistes et des avocats des cinq prévenus, tous séparés par des parois en plexiglas. Pierre Maudet et son ancien chef de cabinet, Patrick Baud-Lavigne, ont pris place sur le banc réservé aux accusés, tandis que les trois autres accusés, l’homme d’affaires Magid Khoury, son employé Antoine Daher, et l’ancien chef du Service du commerce Raoul Schrumpf se sont assis derrière, aux côtés de leurs défenseurs.

Le volet Escobar

Durant cette première matinée d’audience, les débats ont porté sur le volet du bar l’Escobar, pour lequel Raoul Schrumpf est prévenu d’abus d’autorité. Il est accusé «d’avoir ordonné à ses collaborateurs, le 12 octobre 2017, d’accélérer le traitement du dossier de l’Escobar et de délivrer une autorisation nonobstant un dossier incomplet, relate l’acte d’accusation. Il a ensuite signé l’autorisation d’exploiter le 14 octobre en toute connaissance de cause.» Pour le Parquet, il a agi «pour donner suite à l’injonction du chef de cabinet de Pierre Maudet», à savoir Patrick Baud-Lavigne. Celui-ci est accusé pour ce volet d'instigation à abus d’autorité. Selon l’acte d’accusation, l’ex-chef de cabinet a été contacté par Antoine Daher, après que le dossier de l’Escobar avait été retourné aux exploitants du bar.

«Quand le chef de cabinet parle, c’est le magistrat qui s’exprime»

A Raoul Schrumpf, la présidente du tribunal a demandé s’il avait agi dans le but de faire obtenir à Antoine Daher et aux exploitants de l’Escobar un avantage illicite: «Je n’ai pas voulu procurer d’avantage à qui que ce soit, a rétorqué l’ex-chef du service du commerce, visiblement ému. J’ai voulu obéir à un ordre politique qui venait du chef de cabinet d’un magistrat, c’est-à-dire de tout en haut. Je n’ai à aucun moment pensé commettre un acte illicite.» Le fonctionnaire a ensuite expliqué qu’il manquait deux pièces au dossier, qui devaient être déposées la semaine suivante: «J’ai appelé M. Baud-Lavigne pour savoir si on délivrait l’autorisation sans les pièces manquantes, il m’a dit de la délivrer.» Pour Raoul Schrumpf, la demande d’accélérer le dossier venait de Pierre Maudet: «J’ai été moi-même chef de cabinet, je sais que, quand le chef de cabinet parle, c’est le magistrat qui s’exprime.» «Si vous aviez agi de votre propre chef, auriez-vous considéré avoir commis un acte illégal?» lui a demandé la présidente. «Je ne l’aurais pas fait», a répondu l’ex-chef du service du commerce, qui s’est dit «déçu d’avoir été instrumentalisé»: «J’en veux aux personnes devant moi», en référence à Patrick Baud-Lavigne et Pierre Maudet.

«Je le referai»

Patrick Baud-Lavigne, quant à lui, a déclaré qu’»à aucun moment, je n’ai eu l’impression de violer la loi.» Il a expliqué avoir agi car il s’agissait d’une entreprise qui devait déjà assumer des charges, et subissait ainsi «un préjudice économique». Pour lui, il s’agissait de donner un coup de main à des administrés: «J’ai agi de manière pragmatique, logique, et je le referais. (...) Ce n’est pas parce que c’était Antoine Daher qui m’a sollicité que je me suis adressé à Monsieur Schrumpf. Il y a plein de gens, y compris le procureur général, qui demandent des services. Je suis un peu une tour de contrôle». «Vous sentez-vous redevable à Antoine Daher? lui a demandé la présidente. «Je ne me suis jamais senti redevable de quoi que ce soit à l’égard d’Antoine Daher», a affirmé Patrick Baud-Lavigne. L’audience se poursuit cet après-midi avec la suite de l’audition de l’ancien chef de cabinet de Pierre Maudet et celle d’Antoine Daher.

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