Fribourg: Jaussi accusé d'avoir mis en scène son agression
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FribourgJaussi accusé d'avoir mis en scène son agression

Une procédure pénale a été ouverte contre le patron de Swiss Space Systems pour induction de la justice en erreur, incendie intentionnel et faux dans les titres.

par
Frédéric Nejad et Mirko Martino
Pascal Jaussi avait prétendu à la police avoir été forcé à se rendre dans une forêt avec son véhicule, puis aspergé d'essence par deux individus.

Pascal Jaussi avait prétendu à la police avoir été forcé à se rendre dans une forêt avec son véhicule, puis aspergé d'essence par deux individus.

Keystone

Une mise en scène: c'est ce que semblent indiquer des éléments de l'enquête sur l'agression subie par Pascal Jaussi, le 26 août dernier (lire encadré). La justice fribourgeoise, se basant sur les traces ADN récoltées, l'examen du téléphone, des conclusions de la médecine légale et la reconstitution de l'incendie, a ouvert une enquête pour induction de la justice en erreur, incendie intentionnel et faux dans les titres contre le patron de la société en faillite Swiss Space Systems (S3).

Le Ministère public souligne dans son communiqué que la police fribourgeoise continue ses investigations tant sur l'agression que sur «le volet financier en lien avec la société S3». Il indique toutefois que ce second aspect «fera ultérieurement l'objet d'une demande de reprise de for auprès du Ministère public vaudois».

Contacté par «20minutes», le procureur Raphaël Bourquin précise qu'une deuxième personne est poursuivie pénalement dans le volet financier de la société S3, mise en faillite. «L'investisseur iranien Amin Forati est d'ores et déjà prévenu, déclare le magistrat fribourgeois. Nous avons de forts soupçons sur sa garantie bancaire annoncée de près de 29 millions de francs.»

Le Dr Amin Forati est un médecin quadragénaire à la tête d'une société qu'il a fondée à Dubaï, où il vivait jusqu'à l'an passé, avec un pied à terre à Payerne (VD), dans une demeure appartenant à l'entreprise S3 selon une interview du «Matin» en 2016. Il a désormais disparu sans adresse connue et serait aussi recherché à l'étranger pour diverses affaires.

Quant à l'agression du 26 août 2016, le Ministère public fribourgeois a la conviction que le patron de S3 a mis en scène les faits. «Je ne pense pas que le prévenu se soit volontairement auto-mutilé, déclare Raphaël Bourquin. Mais je soutiens la thèse qu'en boutant le feu à son propre véhicule pour induire les enquêteurs en erreur, Pascal Jaussi a subi un retour de flamme qui l'a brûlé.» Pour le procureur, l'entrepreneur a tenté d'attirer des capitaux pour sa société en se retrouvant ainsi sous le feu des projecteurs.

A la suite de cette annonce, Pascal Jaussi a contacté «20 minutes» par e-mail. Il conteste les faits qui lui sont reprochés. Il se dit «confiant dans le fait que l'enquête pénale apportera la démonstration de sa totale innocence».

Retrouvé brûlé avec sa voiture

Le 26 août 2016, la police avait retrouvé Pascal Jaussi dans une forêt d'Aumont (FR). Sérieusement blessé par l'incendie de sa voiture, il était conscient mais présentait des brûlures au thorax et au visage, ainsi que des lésions au cou. Il avait été immédiatement héliporté au CHUV à Lausanne. Entendu par la police le lendemain, Le patron de S3 avait prétendu avoir été forcé à se rendre là-bas puis aspergé d'essence par deux individus, dont un qu'il avait rencontré le matin même au siège de sa société. Les prétendus agresseurs auraient ensuite bouté le feu à l'entrepreneur et à sa voiture. Soigné pour ses brûlures, il avait pu quitter l'hôpital le 6 septembre.

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