Actualisé 15.05.2011 à 15:53

Arrestation de DSK

«Je crois que sa carrière politique est finie»

Les graves accusations d'agression sexuelle pesant sur Dominique Strauss-Kahn vont-elles lui coûter sa carrière politique?

Sans doute le plus en vue des présidentiables socialistes, très apprécié des milieux d'affaires, l'actuel directeur général du Fonds monétaire international (FMI) sait que même s'il parvient à être innocenté, le calendrier tant judiciaire que politique lui sera de toute façon très défavorable. Pour le journaliste Philippe Martinat, auteur de «DSK-Sarkozy, le duel» (Ed. Max Milo), il est possible que cette affaire signifie la fin de sa carrière politique. «Il traîne derrière lui l'affaire Piroska Nagy», cette économiste du FMI avec qui il a eu une liaison en 2008. «Il traîne derrière lui d'autres affaires qui ont été plus ou moins étouffées, et donc je vois mal comment aujourd'hui il peut remonter la pente: hélas pour lui si c'est une machination et tant pis pour lui si, effectivement, il s'est livré à ces faits-là. Je crois que sa carrière politique est finie», a-t-il dit dimanche à AP Television News.

Cette réputation de séducteur, «c'était le talon d'Achille, on le savait, de Dominique Strauss-Kahn. On savait qu'il avait une fragilité de ce côté-là», a poursuivi le biographe. «On disait qu'en général, on ne le laissait jamais seul dans un hôtel. Là, visiblement, il était seul et il y a eu cet incident qui reste encore une fois à démontrer. Mais il y a eu quelque chose, semble-t-il, de grave qui s'est passé», a-t-il noté en référence aux accusations de la femme de chambre du Sofitel de Manhattan.

L'affaire éclate à un mois et demi de l'ouverture du dépôt des candidatures pour les primaires du PS, le 28 juin. Toujours donné par les sondages comme le socialiste le mieux placé pour l'emporter en 2012, DSK, tenu au devoir de réserve, n'avait pas encore dit s'il serait bien candidat mais une annonce était attendue dans les prochaines semaines.

Sans vouloir donner l'impression de participer à la curée, François Hollande s'est refusé dimanche à dire si cet épisode lui offrait un boulevard pour les primaires, lui dont la cote se rapprochait peu à peu de DSK. «Peut-être que cette affaire peut se dénouer très vite si l'on apprend qu'il n'y a finalement aucune charge sérieuse et que ce qui a été dit par cette femme n'est pas vrai, et nous le souhaitons tous», a voulu croire le président du conseil général de Corrèze.

L'arrestation de Dominique Strauss-Kahn à New York, un «coup de tonnerre» selon l'expression de Martine Aubry, risque malgré tout de porter un très sérieux coup à une carrière assez brillante. Après un passage très remarqué au ministère de l'Industrie (1991-93), DSK avait vu sa cote de popularité exploser avec sa nomination de ministre de l'Economie de Lionel Jospin en 1997. Brillant, polyglotte, capable de porter la contradiction dans un débat tout en répondant à ses courriels sur son PDA, l'homme affiche un copieux CV: HEC, Science-Po, licencié en droit public, professeur d'économie, consultant à l'ONU.

Mais il restera moins de deux ans et demi à Bercy. Mis en cause dans l'affaire de la MNEF, il est contraint de quitter le gouvernement en novembre 1999, avant d'être relaxé en novembre 2001. Durant cette période, Dominique Strauss-Kahn disparaît quasiment de la scène politique. Il tente bien un retour en septembre 2000, mais il est rattrapé par l'affaire Jean-Claude Méry. Accusé d'avoir détenu la célèbre «cassette» du collecteur de fonds présumé du RPR, il nie l'avoir visionnée et affirme l'avoir perdue.

Réformiste «radical», DSK est parfois suspecté au PS de social-libéralisme échevelé. C'est lui qui avait convaincu Lionel Jospin de faire le choix résolu de l'euro en acceptant le Pacte de stabilité européen ou d'ouvrir le capital d'entreprises publiques telles que France Télécom ou Air France. Il ne s'est pas non plus privé de critiquer les conditions d'application de la réforme des 35 heures, au grand dam de Martine Aubry, et a mordu plusieurs fois la ligne du projet rédigé par le PS pour 2007.

Celui qui a vu le jour le 25 avril 1949 à Neuilly a fait son entrée au PS en 1976, avant d'être élu député du Val-d'Oise dix ans plus tard, dirigeant également un temps la mairie de Sarcelles. Porte-parole du candidat Jospin à la présidentielle de 1995, il s'était lancé à son tour à l'assaut de l'Elysée fin 2006. Son credo: être «le meilleur rempart contre la droite» et l'«homme des solutions» sur une ligne «social-démocrate» pour «casser la machine à faire des pauvres».

Fort de sondages encourageants, déjà, Dominique Strauss-Kahn pensait remporter la primaire du PS. «Lui qu'on disait dilettante, brillant dans l'agitation d'idées mais manquant de détermination, a pris depuis quatre ans son marteau piqueur et creuse», assurait alors son épouse, la journaliste Anne Sinclair. Mais il sera retoqué par les militants socialistes, qui lui préféreront Ségolène Royal.

Séducteur et épicurien, ce père de quatre enfants, marié trois fois, a parfois cédé aux sirènes «people», mettant en avant son couple ou se faisant opérer d'une paupière tombante. On lui reproche parfois son côté «gauche paillettes», resurgi récemment avec sa gaffe commise en montant dans la Porsche Panamera de son conseiller Ramzy Khiroun.

Après sa défaite aux primaires socialistes pour 2007, c'est à l'étranger que DSK avait trouvé un poste à sa mesure. En novembre 2007, il est nommé directeur général du FMI, soutenu par l'Union européenne, notamment par Nicolas Sarkozy, qui y voit un moyen d'éloigner un rival dangereux.

Loin de Paris, Dominique Strauss-Kahn gagne une stature internationale et une popularité qui s'envole en France. La crise financière qui éclate peu après son arrivée à la tête du FMI lui offre un rôle de choix dans les efforts pour assainir et relancer l'économie mondiale. Il est encore en première ligne lors des crises budgétaires en Europe, pour négocier les plans de secours à la Grèce, à l'Irlande et au Portugal.

Mais il lui aura fallu d'abord surmonter l'affaire Piroska Nagy. En octobre 2008, le conseil d'administration du FMI l'avait blanchi d'accusations de favoritisme qui pesaient sur lui après la révélation d'une relation extraconjugale avec cette ancienne responsable du département Afrique du FMI. L'enquête avait conclu que cette brève liaison était mutuellement consentie et que le patron du FMI ne s'était pas rendu coupable de harcèlement sexuel, de favoritisme ou d'abus de pouvoir. L'homme avouera néanmoins une «erreur de jugement» de sa part.

Le directeur général du FMI, qui soignait depuis son image de présidentiable, aura sans doute cette fois du mal à s'en sortir indemne. (ap)

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