Genève: «Je me sens concerné, cela pourrait aussi m’arriver»

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Genève«Je me sens concerné, cela pourrait aussi m’arriver»

La distribution alimentaire organisée par la Caravane de solidarité ne serait pas possible sans la générosité des Genevois qui ont répondu en nombre à l’urgence.

par
Maria Pineiro
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Samedi, tôt le matin, selon des témoignages, la file d’attente pour obtenir une aide alimentaire à Genève s’étirait du centre sportif des Vernets à la pointe de la Jonction (GE). C’est dire le nombre de personnes démunies qui se trouvent aujourd’hui dans une situation de détresse et qui ont besoin de l’aide fournie par l’association Caravane de solidarité. Avant la désormais habituelle distribution de samedi, ses bénévoles ont recueilli les dons vendredi après-midi. «Quelque 70% de ce dont nous disposons provient des dons des particuliers, a souligné Silvana Mastromatteo, présidente de la Caravane de la solidarité. C’est sur ce principe d’échange entre donateurs et bénéficiaires que nous fonctionnons.» Il y a une semaine, 800 Genevois s’étaient déplacés afin de déposer des denrées. Vendredi, «ça n’a pas arrêté, a confié Tiziana, bénévole postée à l’entrée du parking afin d’accueillir les gens. Ils viennent en voiture, à vélo ou à pied. C’est très mélangé, j’ai vu passer des voitures de luxe comme de petites autos.»

Une ruche en activité

Le flux est canalisé jusqu’à l’entrée de la patinoire. Là, dans un ballet bien ordonné, les coffres sont vidés et les sacs emmenés à l’intérieur. Léonore est venue à vélo. Elle a acheté pour 70 fr. de denrées. «Cela ne fait pas beaucoup de produits. La vie est chère», a-t-elle soupiré. Pourquoi est-elle venue plutôt que de faire un don monétaire? «Je voulais me rendre compte par moi-même de ce que représentent les besoins. c’est impressionnant.» Pour Brice et Leika, colocataires, il s’agissait d’aider concrètement. «Je fais déjà du bénévolat, a précisé Leika. Là, j’ai embarqué mon coloc!» Sur le parking, les bénévoles ne chôment pas, les donateurs arrivent seuls, en famille, par grappes ou au compte-gouttes. Il faut faire la circulation, compter, aiguiller et remercier. Après avoir déchargé leurs sacs, Francisco et son épouse s’apprêtent, émus, à remonter dans leur voiture. «Je me sens concerné, a précisé le mari. Cela pourrait m’arriver à moi aussi.» Le couple, qui a d’autres expériences de bénévolat, n’est pas étonné par la situation. «Nous avons aidé au Réveillon de la solidarité, il y a avait beaucoup de monde.»

La récolte de dons s’est déroulée jusqu’à 20h. Elle a occupé quelque 120 bénévoles, se relayant toutes les quatre heures. A l’intérieur du bâtiment, les denrées sont triées, regroupées par types pour permettre de confectionner des cornets de nourriture et de produits de première nécessité. L’activité est débordante, le ballet incessant. «Cette semaine, nous pensons pouvoir offrir 2000 portions de denrées de base telles que pâtes ou conserves de thon. Grâce aux maraîchers genevois, nous allons également pouvoir distribuer 2000 autres portions de légumes frais», s’est réjouie Silvana Mastromatteo (Au final, ce sont 2600 sacs qui ont été distribués. Malgré l’affluence, tout le monde a pu être servi, indiquait l’ATS samedi après-midi). Cet élan de générosité des Genevois ne l’a pas surprise. «C’est le contraire qui m’aurait étonnée», a conclut la présidente, relevant que les donateurs se montrent très touchés par le sort des plus démunis. Ils nous disent que c’est très dur, certains pleurent. Nous tenons à tous les remercier.»

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