Agnès Jaoui : «Je me sens féministe depuis que je suis née»
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Agnès Jaoui «Je me sens féministe depuis que je suis née»

L'actrice-scénariste-réalisatrice est venue en Suisse romande ce week-end, dans le cadre des Rencontres 7e art.

par
Marine Guillain
A 54 ans, Agnès Jaoui est la femme la plus récompensée aux César.

A 54 ans, Agnès Jaoui est la femme la plus récompensée aux César.

MaG

Vendredi à Lausanne, Agnès Jaoui est venue présenter «Le Goût des autres», sa première réalisation. Succès critique et public, cette excellente comédie sortie en 2000 lui a rapporté quatre César. Presque vingt ans après, la réalisatrice-actrice l'aurait-elle écrit différemment? «Le changement majeur de ces vingt dernières années, ce sont les réseaux sociaux et les portables, a réagi Agnès Jaoui lors d'une discussion avec le public à l'issue de la projection. La manière de communiquer, plus facile, modifie la dramaturgie. Par contre, le snobisme, les castes et les préjugés sont toujours les mêmes.»

La Française de 54 ans a révélé qu'au départ «Le Goût des autres» devait être un polar: «On (ndlr: Jean-Pierre Bacri et elle) a travaillé pendant trois mois avant de se rendre compte qu'on n'y arrivait pas. On aimerait partir dans une toute autre direction, faire un film d'action ou autre, on essaie à chaque fois je vous assure, mais on n'y arrive pas!» Agnès Jaoui a encore confié qu'elle espérait écrire «jusqu'à son dernier souffle». Nous l'avons rencontrée en tête à tête peu après la projection pour causer comportement humain, discrimination et féminisme.

La majorité de vos films épingle avec humour le comportement humain. Les défauts que vous mettez en avant sont-ils graves à vos yeux, ou les pardonnez-vous facilement?

Ce sont plutôt des défauts que je pardonne, car je les ai aussi. Il y en a quand même plein qui me rendent folle, et c'est pour ça que j'ai besoin d'en parler!

Quel défaut vous insupporte le plus?

L'arrogance, qui va souvent avec l'incapacité à se mettre à la place de l'autre.

Et la qualité qui vous touche le plus?

La bienveillance.

Vous scrutez les travers humains de manière très précise: est-ce quelque chose que vous avez toujours fait, ou que vous avez travaillé?

Je pense que je l'ai toujours fait. Il faut dire que j'ai été élevée dans une famille de psy. Ça vient beaucoup de ma maman car je l'ai suivie dans des groupes de thérapie quand j'étais petite. Je rencontrais des gens très particuliers, qui avaient fait un travail sur eux et qui étaient dans une dynamique très progressiste et positive. Ensuite j'ai moi-même fait une thérapie pendant 25 ans, que je vais d'ailleurs reprendre dans pas longtemps. Tout ça m'a fait une grille de lecture et la meilleure école de scénario qui soit!

La bande-annonce de «Place publique»:

Bande-annonce «Place publique»

Bande-annonce «Place publique», d'Agnès Jaoui

Avec six distinctions, vous êtes la femme la plus récompensée aux César: ça compte pour vous?

C'est mieux que de se prendre des baffes, c'est sûr!

Vous avez dit vendredi que la journée des droits des femmes était absurde: dans quel sens?

Dans le sens où ça prouve à quel point la femme n'a pas encore les mêmes droits que l'homme, autrement on n'aurait pas besoin de cette journée.

Les mouvements qui éclosent de plus en plus ces dernières années sont-ils utiles selon vous?

Ce qui bouge vraiment, c'est la conscience des jeunes femmes. C'est tout à fait remarquable. Pour ma part, je me sens féministe depuis que je suis née. Mais, il n'y a pas si longtemps, de nombreuses femmes trouvaient ces inégalités tout à fait normales. Les choses sont tellement ancrées, ce sont des siècles de domination et d'histoire, c'est long à changer. Et aujourd'hui, beaucoup de jeunes garçons se sentent attaqués, ils ne comprennent pas pourquoi on leur en veut.

Avez-vous déjà subi la discrimination dans votre métier?

En tant qu'actrice, j'ai subi tous les trucs dont on parle, tous les clichés qu'ont vécu toutes les actrices. J'ai dû dire «Non, je ne serai pas nue dans ce film» ou «Non, je ne veux pas me faire peloter pour cette audition». En plus, j'ai voulu être actrice à partir de 15 ans, donc un âge compliqué pour se défendre. J'ai tenu, mais ça a été très lourd.

Et en tant que réalisatrice?

Ça m'a paru presque facile car on n'attendait rien de moi. Mais en réfléchissant bien... Comme toutes mes consoeurs, je n'ai pas été nommée comme meilleure réalisatrice. C'est peut-être un hasard, mais je pense qu'il y a quelque chose, peut-être de très lointain et très inconscient, qui fait qu'on n'y songe pas, comme c'est le cas dans la politique par exemple.

Filmographie express

(Tous ces long métrages ont été coécrits par Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri)

1993 : «Smoking / No Smoking» d'Alain Resnais

1993 : «Cuisine et Dépendances» de Philippe Muyl

1996 : «Un air de famille» de Cédric Klapisch

1997 : «On connaît la chanson» d'Alain Resnais

2000 : «Le Goût des autres» d'elle-même

2008 : «Parlez-moi de la pluie» d'elle-même

2013 : «Au bout du conte» d'elle-même

2018 : «Place publique» d'elle-même (photo)

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