«Je m’épuise pour Smood, qui m’exploite»

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Suisse romande«Je m’épuise pour Smood, qui m’exploite»

Des livreurs romands ont manifesté contre les conditions de travail de la plateforme de livraison de repas. Des améliorations sont prévues, mais la méfiance règne.

par
David Ramseyer

Unia et les livreurs ont imaginé une mise en scène pour dénoncer les pratiques de Smood.

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Certains masqués par crainte de «subir des pressions», d’autres le visage marqué et des panneaux à la main, tous avec la boule au ventre, une septantaine de livreurs de Smood ont dénoncé leurs conditions de travail au sein de l’entreprise, samedi à Genève. Une manifestation qui a fait écho aux nombreux mouvements contre la plateforme de livraison à domicile de repas, qui ont eu lieu partout en Suisse romande depuis novembre dernier et une grève à Yverdon (VD).

Heures de travail «volées»

Appuyés par le syndicat Unia, des employés genevois, vaudois, valaisans, neuchâtelois et fribourgeois ont crié leur colère. «Une fois, j’ai attendu plus de trois heures devant un restaurant, avant d’enfin enregistrer une commande. Ces heures d’attente ne sont jamais payées par Smood, mais on doit rester disponible pour l’entreprise. Elle nous vole nos heures de travail», a dénoncé un livreur lausannois. Acquiescement général parmi les protestataires. «On ne touche pas non plus de défraiement lorsque l’on utilise notre propre véhicule, selon un autre collaborateur. Notre employeur ne respecte pas ses obligations légales.»

Un collègue du bout du lac a finalement explosé: «C’est de l’exploitation! Je m’épuise tous les jours pour Smood. Tout travail mérite salaire!» Tous ont aussi critiqué le manque d’écoute de leur employeur. Avocat des livreurs en grève, Christian Dandrès – par ailleurs conseiller national genevois (PS) – a fustigé le «mépris» d’une entreprise «qui considère son personnel comme de la m…!»

Un pas dans la bonne direction, mais…

Alors que les discussions sont «au point mort» et qu’Unia a fustigé de récents licenciements – notamment d’un employé impliqué dans les tractations avec la direction – la société genevoise a promis des améliorations (cf. encadré). Le syndicat les a saluées, mais les juge insuffisantes. «Il ne faut pas s’emballer. Ils vont payer les jours fériés? Et bien heureusement, c’est une obligation légale…», a ironisé Helena Verissimo de Freitas, secrétaire syndicale. Celle-ci dit attendre «ces prochains jours» les recommandations de la Chambre des relations collectives de travail.

Responsable de la branche logistique et transport d’Unia Suisse, Roman Künzler a pour sa part relevé que des points centraux posaient toujours problème malgré les propositions de Smood. «Le salaire à la minute, qui ne rétribue pas les heures d’attente, restera de mise. Cela peut représenter jusqu'à 60% de manque à gagner au regard du temps que les livreurs consacrent effectivement à leur employeur.» Le syndicaliste a aussi estimé que  le paiement des frais de véhicule ou de téléphone continuera à être «largement insuffisant». Unia entend actionner la justice dans tout le pays pour réclamer le dû du personnel.

L’Etat sollicité

Roman Künzler a enfin évoqué l’utilisation d’un sous-traitant qui emploie des milliers de livreurs. Ainsi, il s’interroge sur l’autorisation d’exercer de Simple Pay, qu'il qualifie de société «fantoche», et sur les obligations de cette dernière vis-à-vis de Smood. «Nous demandons notamment à l’Etat de Genève qu’il vérifie la situation, prenne des mesures contre l’ubérisation de ce secteur d’activité et qu’il protège des employés très vulnérables.» 

Les promesses de Smood

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