Racisme en Chine: «Je n'ai jamais senti une telle haine dans le regard»
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Racisme en Chine«Je n'ai jamais senti une telle haine dans le regard»

La Chine a largement endigué l'épidémie de Covid-19. Mais reste sur le qui-vive face aux personnes arrivant de l'étranger, susceptibles de provoquer une deuxième vague. Sur place, cela prend parfois l'allure d'une «chasse aux étrangers».

par
Côme Gallet

Etrangers interdits d'hôpitaux.

«Jamais de ma vie, je n'ai senti autant de haine dans le regard des gens». Samuel*, 33 ans, est amer et inquiet. Cet entrepreneur français originaire d'Afrique de l'Ouest* vit dans le sud de la Chine* depuis trois ans. Et pourtant, depuis quelques semaines, sa situation, comme celle de nombreux expatriés, s'est fortement dégradée. Et ce n'est pas uniquement une question de couleur de peau, même si être noir semble constituer un facteur aggravant (voir plus bas).

Depuis que le pays lève petit à petit la quarantaine dans les principales villes touchées par le nouveau coronavirus, une vague de racisme s'est emparée de la population chinoise. Dimanche, Pékin a annoncé 97 nouveaux «cas importés» de contamination, c'est-à-dire dus à des personnes arrivant de l'étranger, un niveau jamais atteint. Comme la Chine a fermé ses frontières fin mars à la quasi-totalité des étrangers, les nouveaux cas importés sont principalement des Chinois qui rentrent chez eux. Toute personne entrant dans le pays se voit par ailleurs imposer une quarantaine de 14 jours.

Quand Samuel prend le métro, même bondé, il y a une sorte de «bulle sanitaire» autour de lui

À Pékin, un grand nombre d'étrangers ont eu la surprise dimanche de constater que la couleur de leur «code de santé» était brusquement passée pendant quelques heures du vert (aucun problème) à l'orange (quarantaine obligatoire chez soi). Ce code QR sur smartphone, généré par une application mobile officielle, est attribué en fonction notamment des déplacements dans des zones à risque. Un code «vert» est nécessaire pour pouvoir entrer dans certains bâtiments. De nombreux codes sont finalement repassés de l'orange au vert dans l'après-midi, semblant indiquer qu'il s'agissait apparemment d'un problème informatique et non d'une volonté délibérée de Pékin de placer en quarantaine les étrangers de la ville.

Refoulés des hôpitaux et pharmacies

La thèse du problème informatique ne peut cependant pas être appliquée à tous les cas de discrimination envers les étrangers. En effet, plusieurs expatriés ont été refoulés des hôpitaux, comme le montrent plusieurs vidéos (voir ci-dessus) publiées sur les réseaux sociaux.

Une situation corroborée par Samuel, captures d'écran à l'appui (voir ci-dessous). Tour à tour un médecin puis une clinique lui demandent clairement d'aller ailleurs s'il a les symptômes du Covid-19, à savoir tousser et avoir de la fièvre. «Je suis là depuis 30 jours, si j'ai le virus cela veut donc dire que je l'ai attrapé ici, et je ne tousse pas», précise le Français. «Nous n'avons pas le droit de prendre en charge des patients qui toussent», lui répond le médecin... Idem avec une clinique située non loin de chez lui.

Enfermés chez eux

Dans le sud de la Chine et plus particulièrement à Canton, le traitement de la population africaine a été dénoncé. À tel point que, sous forte pression diplomatique, la Chine a rejeté lundi tout «racisme» et promis «d'améliorer» la situation, relève l'AFP. Plusieurs Africains de Canton, particulièrement nombreux dans cette métropole de 15 millions d'habitants de la province du Guangdong (sud), ont déclaré être victimes d'expulsions arbitraires et d'interdictions d'entrer dans des commerces.

Ils ont raconté avoir été chassés de leurs logements, puis refusés dans des hôtels. Certains disent ainsi avoir été contraints de dormir dans les rues. Ces incidents sont survenus après que cinq Nigérians de Canton, testés positifs au Covid-19, se furent échappés de leur quarantaine. L'affaire avait déclenché un tollé et provoqué un déluge de commentaires xénophobes sur internet.

D'autres personnes sont carrément enfermées chez elles (voir vidéo ci-dessous) pour cause de mise en quarantaine forcée. Une situation d'autant plus étonnante quand elles se trouvent dans le pays depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

«Pourquoi mes voisins peuvent sortir acheter de la nourriture mais pas nous?» Une famille avec bébé enfermée chez elle

Famille avec bébé enfermée chez elle

La Chine a largement endigué l'épidémie de Covid-19. Mais reste sur le qui-vive face aux personnes arrivant de l'étranger, susceptibles de provoquer une deuxième vague. Sur place, cela prend parfois l'allure d'une «chasse aux étrangers».

Pour Samuel, les circonstances ne sont pas encore dramatiques mais le constat reste humiliant: «Dans ma résidence les gens que je croise tous les jours depuis trois ans ne me parlent plus. Ma seule chance c'est d'avoir le passeport français.»

Messages anonymisés publiés sur un groupe d'expatriés

Le bilan officiel du coronavirus en Chine s'établit à 82 052 personnes contaminées par le nouveau coronavirus dans le pays depuis le début de l'épidémie, et 3339 morts.

*Nom connu de la rédaction

*Certains détails sont volontairement vagues pour préserver l'anonymat de notre source

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