Actualisé 05.11.2013 à 08:23

Hélène Ségara

«Je n'ai jamais voulu être connue»

Hélène Ségara adore son métier. Toutefois, le fait d'être exposée aux médias lui est parfois difficile à vivre.

de
Ludovic Jaccard
Discrète, Hélène aurait bien aimé une carrière à la Daft Punk.

Discrète, Hélène aurait bien aimé une carrière à la Daft Punk.

La chanteuse française vient de sortir son nouvel album, «Si tu n'existais pas», en duo virtuel avec Joe Dassin. Très réussi, le septième opus d'Hélène Ségara cartonne dans les charts, en France et en Suisse. Un rêve devenu réalité pour la jolie brune de 42 ans, fan depuis son enfance du chanteur disparu trop tôt. Dotée d'une grande sensibilité, Hélène partage de nombreux points communs avec l'artiste franco-américain. Comme lui, elle est proche de son public et préfère la discrétion au star-system. Confidences...

Vous venez de sortir un album de duos virtuels avec Joe Dassin. Suivez-vous la tendance lancée par la nouvelle génération de chanteurs qui ont repris les tubes de Jean-Jacques Goldman?

Non, ce n'est pas le même travail. Un album de reprises est un travail où on a une liberté totale. Avec mon projet sur Joe Dassin, on part sur des voix déjà existantes avec des tonalités qui ne sont pas les miennes. Il ne fallait pas toucher à certaines instrumentalisations, tout en amenant une certaine modernité qui corresponde à 2013. C'était un vrai challenge. Cela a été l'album le plus compliqué à faire pour moi et Mathieu, mon mari, qui a fait toutes les orchestrations. Il y a des morceaux qu'on a dû refaire jusqu'à cinq fois car je n'arrivais pas à me les approprier. En plus, Joe Dassin a un répertoire très varié. Tout ça a pris un aspect marketing parce que les maisons de disques ont compris que les gens avaient la nostalgie de ces années-là.

Pourquoi avoir eu envie de chanter avec lui virtuellement plutôt que de reprendre ses titres seule, comme l'a fait Jennifer avec France Gall par exemple?

Quand les enfants de Joe Dassin m'ont contactée pour ce projet, ils voulaient un album virtuel à deux voix. Il m'ont choisie car pour eux, j'étais le pendant féminin de leur père. Pour eux, j'étais aussi proche de mon public, populaire comme Joe. C'était un vrai compliment, mais aussi un défi pour moi. J'ai mis trois mois avant de donner ma réponse.

Avez-vous ressenti la présence de Joe Dassin pendant l'enregistrement de l'album?

Je ne veux pas tomber dans le mysticisme, mais il y a eu beaucoup de signes. Ça n'a pas arrêté. Par exemple, à l'étranger, dans plusieurs pays, je rentrais dans un magasin et on diffusait la musique de Joe Dassin. J'allumais la télé et je tombais sur lui. J'ai aussi rencontré un homme qui était le fils adoptif de celui qui a fait la pochette d'un album de Joe, il y a 30 ans. Dans le studio, quand je me mettais derrière le micro, je m'asseyais sur un tabouret et je m'imaginais soit qu'il était derrière moi avec sa main posée sur mon épaule, soit dans la pièce d'à-côté. Et cela a été très porteur pour moi, parce que j'avais cette conviction qu'il était là, à côté de moi, qu'il m'accompagnait.

Pensez-vous qu'il serait content de cet album?

Cette question, je me la suis posée. Cela a été une de mes tortures. Au début de cette aventure, j'avais plein de doutes. Est-ce qu'il aurait aimé ce projet? Comment aurait-il voulu orchestrer telle ou telle chanson? Je sais que Joe adorait les duos. Je crois qu'il aurait beaucoup aimé entendre «Les jardins du Luxembourg» ou «Happy birthday» tels qu'on les a faits. Je pense que c'était quelqu'un qui aimait vraiment les rencontres artistiques.

Pensez-vous pouvoir faire découvrir Joe Dassin à la nouvelle génération grâce à cet album?

Oui, j'en suis certaine. L'album marche bien en France. J'ai rencontré beaucoup de gens qui m'attendaient à la fin des concerts avec la pochette de cet album pour que je la leur signe. Et à ma grande surprise, il y avait beaucoup de jeunes parmi eux ! Comme Joe Dassin, je me rends compte que je touche toutes les générations. Mais il y a vraiment des très jeunes qui viennent.

Quels points communs pensez-vous avoir avec Joe Dassin?

Quand Joe rentrait chez lui, il enlevait totalement son habit d'artiste. Il redevenait un papa, un mari, un homme normal. Je suis aussi comme ça. Chez moi, il n'y a pas de disques d'or sur les murs. Je ne regarde pas mes passages à la télé, je n'écoute jamais mes disques à la maison. Chez moi, je suis la maman de mes enfants, l'épouse de mon mari, la super cuistot (rires). Je suis tout sauf la chanteuse et je trouve que c'est bien de compartimenter. Sur scène, je me donne, j'appartiens à mon public. Je leur donne toute l'énergie et la tendresse que je peux. A la maison, je me donne à mes proches.

Y aura-t-il une tournée spéciale pour cet album?

Oui, elle démarrera en mars 2014. On a commencé à y travailler ces derniers jours. On veut suggérer la présence de Joe dans les mises en scènes, mais de manière délicate, pas grossière. Ca sera très joli, très émouvant. J'espère venir chanter en Suisse !

Vous êtes très active sur Facebook. Ne pensez-vous pas qu'une star devrait éviter d'être trop accessible à son public, au risque de briser une part de mystère?

Être mystérieuse, ce n'est pas moi. Si je m'amusais à faire ça, cela serait fabriquer quelqu'un que je ne suis pas. Moi je suis quelqu'un de limpide. On a toujours lu en moi comme un livre ouvert. Par contre, je préserve mon intimité, ce qui est autre chose que le mystère. Mon mari, mes enfants, cela n'appartient qu'à moi. Je pense être quelqu'un de mystique, mais ce n'est pas quelque chose que j'ai besoin de partager avec mon public. Je sais lire dans les lignes de la main par exemple, mais je ne le fais qu'avec mes proches. Mon métier, c'est de chanter. Je suis comme un oiseau : j'ai deux ailes pour voler. L'une est mystique et l'autre cartésienne. Il me faut les deux. C'est un équilibre. Si on ne croit qu'aux choses irréelles, on est complètement paumé, et si on ne croit qu'à ce qu'on voit au bout de son nez, on est perdu aussi.

Comment faites-vous pour vous protéger des critiques négatives à votre égard sur le Net?

Il n'y a pas de recette de protection. Il y a des jours où ça ne m'atteint pas car je suis plutôt quelqu'un d'heureux et équilibré. Mais il y a aussi des jours où l'on est plus affecté que d'autres. J'ai été très affaiblie ces derniers temps. J'ai changé physiquement à cause d'un traitement que j'ai dû cacher pendant des mois. Quand j'ai vu que j'étais attaquée sur mon physique, j'ai trouvé terrible de devoir me justifier. Parce que je suis carrément partie à l'étranger pour cacher ma maladie. Je n'avais pas envie d'avoir une espèce d'empathie. Je voulais qu'on écoute mon travail dans lequel je me suis investie à 100%. Qu'on parle de mon album et non de ma santé, qui est de l'ordre de l'intime, et qu'on ne souhaite partager qu'avec ses proches.

Votre fils, Raphaël, a participé dernièrement à «The Voice». L'encouragez-vous à persévérer dans la musique?

Pas du tout. Mon fils, Raphaël, a participé à cette émission pendant que j'étais absente, sans me le dire. Si je l'avais su, je pense que je ne l'aurais pas encouragé parce que je trouve que cet un exercice périlleux. Je ne sais pas s'il a les épaules pour ce genre de compétition. Même si je trouve qu'il a bien chanté, je pense qu'il a perdu tous ses moyens. On en a discuté après. Je ne l'empêcherai pas de faire de la musique, mais je ne le pousserai pas non plus, parce que c'est un métier très difficile. Il faut être solide pour le faire et mon fils est encore un peu fragile.

Pourtant, vous ne regrettez pas votre carrière, non?

Non, car j'ai eu beaucoup de bonheur. Mais il ne faut pas oublier que c'est un métier où l'on est exposé. On peut donc prendre des coups terribles par moment. Et si on est affaibli physiquement ou moralement quand ça arrive, c'est très douloureux. Et je crois que personne n'est préparé à ça. Moi j'ai choisi de chanter et non d'être connue. Un carrière à la Daft Punk, derrière un casque, ça m'irait très bien! L'exposition, je n'y étais pas habituée.

Qu'auriez vous fait si vous n'aviez pas été chanteuse?

J'aurais aimé faire des émissions culinaires, car j'adore cuisiner, ou des émissions radio où l'on écoute les gens. Faire partie du jury de «The Voice», ça serait magnifique aussi. Ça a failli se faire. Ils ont essayé de me joindre pour participer à la première saison, mais j'étais en tournée. Je trouve chouette l'idée de juger à l'aveugle. On est dépourvu de nos préjugés.

Regardez le dernier clip d'Hélène Ségara, «Et si tu n'existais pas», en duo avec Joe Dassin:

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