Genève: «Je n'ai pas eu de doutes: il fallait l'aider à mourir»
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Genève«Je n'ai pas eu de doutes: il fallait l'aider à mourir»

Condamné pour avoir permis à une aînée en bonne santé de décéder, le vice-président d'Exit a campé sur ses positions, à son procès en appel.

par
David Ramseyer
Pierre Beck (à gauche), vice-président d'Exit en Suisse romande, et son avocat Yves Grandjean (à droite), juste avant l'ouverture du procès en appel du médecin. Ce dernier a été condamné pour avoir aidé une octogénaire à mourir avec son mari.

Pierre Beck (à gauche), vice-président d'Exit en Suisse romande, et son avocat Yves Grandjean (à droite), juste avant l'ouverture du procès en appel du médecin. Ce dernier a été condamné pour avoir aidé une octogénaire à mourir avec son mari.

Keystone/Martial Trezzini

«Avez-vous outrepassé les critères d'Exit?» demande le juge au vice-président pour la Suisse romande de l'association d'aide au suicide. «J'étais à la frontière», admet Pierre Beck. Après une courte pause, il ajoute qu'il «devait aller au-delà, dans ce cas précis.» Après sa condamnation en octobre 2019 pour avoir aidé C., une octogénaire en bonne santé, à s'en aller avec son époux mourant, en 2017 (voir encadré), le médecin retraité avait fait appel du verdict.

«Pas de regret»

Ce jeudi, devant la Cour, alors que «les associations médicales se dérobent et qu'aucune loi ne réglemente» l'assistance au suicide dans la situation de C., il a rappelé ses choix. «J'ai considéré, après avoir consulté un tiers, que la défunte avait toute sa capacité de discernement. Elle voulait mourir pour ne pas souffrir de la perte de son mari; et à 86 ans, elle avait eu une vie accomplie». Pierre Beck s'est aussi dit «blessé» que la justice lui ait reproché un «manque d'humilité» dans son acte. «J'ai été affecté par l'accomplissement des volontés de C. Mais je n'ai pas de regret, j'ai agi selon ma conscience».

De son côté, l'avocat de l'ex-praticien a attaqué un verdict basé sur une définition «étroite et lapidaire» de la situation. Par exemple, la justice a estimé que nul ne pouvait appréhender avec certitude à quel point la défunte allait souffrir de la disparition de son époux; et personne ne pouvait être certain qu'elle irait ensuite jusqu'à se tuer par ses propres moyens, comme elle l'avait juré, si Exit ne l'aidait pas. «C'est un non-sens, s'est ému Me Yves Grandjean. C'est comme si l'on considérait qu'une mère qui sait son enfant en fin de vie ne pouvait pas souffrir avant le décès de celui-ci. Par ailleurs, à 86 ans, sa vie était accomplie.»

Bref, pour le conseil de Pierre Beck, les juges n'ont pas pris en compte la «complexité» du cas «très particulier» de C., ni «son droit à mourir dignement». Et ce, alors que plusieurs décisions judiciaires ailleurs en Suisse et à l'étranger montrent une évolution dans ce domaine, selon Me Grandjean. Lequel a réclamé l'acquittement de son client.

«Ne pas faire n'importe quoi»

Le Ministère public s'est quant à lui étonné que Pierre Beck a jugé «lettre morte» les réglementations qui ont conduit la Cour à estimer que les conditions de l'assistance au suicide - en particulier les directives de l'Académie suisse des sciences médicales - n'étaient pas remplies. Au contraire, «les dispositions sont claires et Pierre Beck ne les a pas respectées», a lâché le procureur Frédéric Scheidegger.

Si ce dernier a reconnu que «des débats étaient en cours sur l'évolution des dispositions actuelles, il n'y a pas encore de règles reconnues». Le représentant du Ministère public a alors résumé à l'attention de Pierre Beck qu'en l'état, «on ne peut pas faire n'importe quoi».

Le verdict de l'appel sera rendu ultérieurement.

Couple uni pour l'éternité

La défunte l'a dit, par oral et par écrit, à plusieurs reprises, pendant des années: "Je partirai avec mon mari". En 2017, à 86 ans, C. s'est éteinte aux côtés de l'amour de sa vie. A la différence de son époux, mourant, l'octogénaire était en bonne santé, vu son âge. Dans ces circonstances, pour l'avoir aider à s'en aller, Pierre Beck a été condamné à 120 jours-amende avec sursis. La justice a considéré que les conditions d'un suicide assisté n'étaient pas remplies. Le vice-président d'Exit pour la Suisse romande a fait appel du verdict.

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