JO 2012 - Federer en finale: «Je n'aurai personne à serrer dans mes bras»
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JO 2012 - Federer en finale«Je n'aurai personne à serrer dans mes bras»

Au terme de sa demi-finale épique qui l'a vu assurer la première médaille suisse aux Jeux, Roger Federer a raconté les émotions vécues face à Juan-Martin Del Potro.

par
Oliver Dufour
Londres
Le match de tennis le plus long de l'histoire olympique a laissé Federer et Del Potro à bout de forces.

Le match de tennis le plus long de l'histoire olympique a laissé Federer et Del Potro à bout de forces.

-Quel est votre sentiment au terme de ce match incroyable?

Je suis émotionnellement lessivé. J'ai dû servir tant de fois pour recoller au score. A part une fois où je suis passé passé devant, avant que Del Potro ne me break à son tour. Et à la fin j'ai peiné à conclure. C'était très éprouvant pour les nerfs. Mais j'ai fait le tour de la question dans ma carrière. Je sais gérer ce genre de situation.

-Dans quel état physique êtes-vous après ce marathon de plus de quatre heures?

Là je me sens plutôt bien, mais j'imagine que je vais en ressentir les effets demain (n.d.l.r.: samedi).

-Qu'avez-vous ressenti au moment d'inscrire le point final?

Du soulagement. Mais j'étais aussi mal pour Juan-Martin. Je crois que je ne l'ai jamais vu jouer aussi bien. Et à la fin je lui ai dit qu'il pouvait être fier. J'ai réalisé que j'avais réussi un truc énorme. Et surtout ça m'a mené à la première médaille suisse. J'espère que ça inspirera d'autres athlètes dans les jours à venir.

-L'émotion après une telle victoire se situe-t-elle au même niveau qu'un succès en Grand Chelem?

C'est évidemment quelque chose de spécial que nous avons traversé avec Juan-Martin. C'est tellement cool de faire partie d'un tel match. C'est en effet presque aussi fort que de gagner un Grand Chelem. Mais il ne faut pas devenir surexcité non plus. Il reste un match dimanche. Et là je me trouve dans la même situation que dans un grand tournoi: un gros match avec un jour pour récupérer avant le prochain. On espère juste ne pas se réveiller trop raide.

-Avez-vous craint de tout perdre, durant la partie?

Je me suis parfois demandé ce qu'il se passerait dans ce cas. Comment je me relèverais pour jouer pour le bronze. Rien n'est sûr quand tu repars à zéro après plus de quatre heures de jeu.

C'était très tendu par moments et j'étais nerveux. Plusieurs fois, je me suis vu perdre ce match. Mais à d'autres moments je me suis aussi vu avec des médailles, ce qui a fini par arriver. Et là je ne pourrais être plus heureux, puisque nous n'avions pas encore de médaille.

-Comment vit-on le fait de voir son adversaire en pleurs à la fin d'un match?

Ce n'est jamais agréable de voir quelqu'un au bout du rouleau, surtout quand une victoire représente autant. J'ai été dans cette situations de nombreuses fois, mais on s'en remet généralement et on avance.

-Pensez-vous que tout ce temps passé sur le central de Wimbledon dans votre carrière vous a donné un petit avantage?

Je ne pensais pas vraiment à ça à 15-15 dans le troisième set (n.d.l.r.: il sourit). Mais c'est sans doute vrai que d'avoir été dans ce genre de situation maintes et maintes fois m'a un peu aidé. Mais Juan-Martin a fait tout aussi bien. A un moment donné, j'espérais qu'il craquerait, qu'il se mettrait à mal jouer. Mais ce n'est jamais arrivé.

-Vous êtes quand même un peu dans votre jardin, à Londres...

Oui, je me sens un peu comme chez moi. Après avoir vécu des déceptions olympiques, c'était génial de savoir que le tournoi allait être amené ici, à Wimbledon, où j'ai beaucoup de grands souvenirs.

-Ce troisième set était interminable. Auriez-vous préféré que le règlement impose plutôt un tie-break?

Je ne crois pas. Un long set rend le jeu beaucoup plus excitant. C'est vrai que parfois survient une situation exceptionnelle comme le match Isner-Mahut (n.d.l.r.: le plus long de l'histoire de Wimbledon, en 11h05). Je me souviens m'être dit: «mince, on n'a même pas encore passé le premier jour!». J'espère qu'ils ne seront jamais égalés.

-L'ambiance est très différente entre le public habituel de Wimbledon et le public olympique. Ca vous affecte?

J'ai plusieurs fois entendu des bébés pleurer. Je me sens comme chez moi (rires)! Je crois qu'à Wimbledon, les enfants ne sont pas tolérés en-dessous de 10 ou 15 ans, donc ça change. Mais au fond, ça m'a fait du bien.

-Si vous épinglez ce titre olympique dimanche, sera-t-il comparable à celui en double à Pékin?

Non, je ne crois pas. Je n'aurai personne à serrer dans mes bras, pour commencer. Ce que j'ai réalisé il y a quatre ans avec mon ami Stan, je pense que rien ne l'égalera.

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