Actualisé 24.03.2011 à 11:00

Frappes en Libye -Serbie«Je n'oublierai jamais les raids aériens»

Les Serbes commémorent jeudi l'anniversaire du début de la campagne de bombardements de l'OTAN contre le régime de Milosevic, sur fond de crise libyenne.

Les frappes aériennes en Libye rappellent de mauvais souvenirs aux Serbes, qui commémorent jeudi le douzième anniversaire du début de la campagne de bombardements de l'Otan contre le régime de Slobodan Milosevic pour le contraindre à relâcher son emprise sur le Kosovo.

«Je m'efforce de ne pas regarder les nouvelles télévisées en provenance de Libye car cela rappelle douloureusement» ce printemps de 1999 passé dans les abris et où l'on évitait soigneusement de s'approcher des cibles éventuelles de l'Alliance, explique un ingénieur en informatique, Petar Marjanovic.

«Même lorsque je tente de raisonner au sujet de ces bombardements, de me convaincre qu'ils ne nous visaient pas, nous les civils, mais les militaires, je n'oublierai pas ces jours de peur et d'angoisse», ajoute-t-il.

Commémoration

Les frappes aériennes en Libye rappellent de mauvais souvenirs aux Serbes, qui commémorent jeudi le douzième anniversaire du début de la campagne de bombardements de l'Otan contre le régime de Slobodan Milosevic pour le contraindre à relâcher son emprise sur le Kosovo.

L'Otan a lancé sa campagne de bombardements, qui ont duré 78 jours - sans l'aval du Conseil de sécurité de l'ONU, contrairement à l'intervention en Libye -, après le refus du président yougoslave Milosevic d'accepter un accord de paix au Kosovo mettant fin aux opérations des forces serbes contre les maquisards kosovars albanais.

Bourde meutrière

Plus d'une douzaine de personnes avaient été tuées le 7 mai 1999, lorsque des avions de l'Otan avaient lâché des bombes à fragmentation qui étaient tombées sur un marché en plein air à Nis, dans le sud du pays. Le drame, l'un des plus meurtriers de la campagne de bombardements, avait été qualifié plus tard de «bourde» par l'Alliance atlantique.

«Les éclats d'obus volaient partout et beaucoup de personnes étaient paralysées par le choc», se souvient Vukasin Dakovic, qui était sur place au moment de la frappe.

«Après le choc initial, les gens ont commencé à se cacher sous les étals, mais pour certains, il était trop tard», ajoute Vukasin Dakovic, qui sortit indemne de cette affaire.

Les traces des bombardements de l'Otan sont encore visibles dans le pays, comme par exemple à Belgrade où se dressent, dans l'une des principales artères de la ville, les ruines des anciens ministères de la Défense et de l'Intérieur.

Souvenirs douloureux

«Je me souviens encore, et je ne l'oublierai jamais, des sirènes hurlantes qui annonçaient le premier raid aérien», le 24 mars 1999, raconte Ana Dimitrijevic, 42 ans.

Cette mère de deux enfants était alors dans un autobus traversant un pont au-dessus de la Save, la rivière qui sépare les quartiers modernes de Belgrade du centre-ville. Ce pont constituait un objectif stratégique par excellence.

«Tout le monde s'est mis à hurler sur le chauffeur, en lui intimant l'ordre d'accélérer. Nous étions terrorisés à l'idée de voir le pont bombardé et de périr tous noyés dans la Save», poursuit Ana.

Cinq cents civils environ ont péri dans les bombardements de l'Otan, selon Human Rights Watch (HRW).

De nombreux morts

Selon les autorités serbes quelque 2.500 civils ont été tués et 12.500 blessés lors de la campagne, qui a duré onze semaines.

En juin 1999, Milosevic ordonnait le retrait de ses forces du Kosovo, territoire qui allait proclamer son indépendance de la Serbie en février 2008.

Autre écho des frappes en Libye

Pour les Kosovars, les frappes en Libye suscitent, sans surprise, un tout autre écho.

«Je ne suis pas sûr que ceux qui ont décidé de bombarder (Mouammar) Kadhafi avaient le Kosovo à l'esprit. Parfois, vous ne pouvez pas convaincre les dictateurs en les exhortant, mais seulement en lâchant des bombes», estime Afrim Rushiti, un commerçant de Pristina de 37 ans.

«Les bombes ne constituent peut-être pas la solution parfaite, mais elles nous ont apporté la liberté, au Kosovo, après tant d'années», dit Vlora Rahmani, 27 ans, militant pour les droits de l'Homme.

«Espérons-le, cela se produira également en Libye», conclut-il. (afp)

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